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Prix

Comment les Nobel apprennent la nouvelle

Mis à jour le 11.10.2012

Certains sont prévenus dans un avion, d'autres croient à une plaisanterie, et d'autres encore manquent la sonnerie: les lauréats du prix Nobel apprennent la nouvelle par un appel téléphonique.

Le physicien Robert Lefkowitz dormait lorsqu'il a appris la nouvelle.

Le physicien Robert Lefkowitz dormait lorsqu'il a appris la nouvelle.
Image: Keystone

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Mardi, le physicien français Serge Haroche marchait aux côtés de son épouse quand son portable a sonné. Quand il a vu que le numéro commençait par +46, il a compris que c'était la Suède et qu'il allait vivre une journée inoubliable.

Tiré des bras de Morphée

«J'étais dans la rue, passant à côté d'un banc, et j'ai pu m'asseoir immédiatement», a-t-il raconté au jury. Quant au physicien Robert Lefkowitz mercredi, il dormait comme le font souvent les lauréats américains, vu le décalage horaire. «J'étais profondément endormi et le téléphone a sonné. Je ne l'ai pas entendu. Je dois vous avouer que je porte des boules Quiès, et donc ma femme m'a donné un coup de coude: téléphone pour toi. Et voilà. Un choc et une surprise totale», a-t-il rapporté.

Les académies tâchent traditionnellement d'appeler les lauréats une demi-heure avant l'annonce officielle. Dans les sciences dures, pour lesquelles les trois prix de 2012 ont déjà été remis (médecine, physique et chimie), les chercheurs savent en général s'ils sont «nobélisables» ou non. Mais impossible de prévoir en quelle année tombera la consécration.

Un appel qui se fait attendre

Après leur découverte révolutionnaire de 1983 attribuant les ulcères à une bactérie, et non au stress comme le voulait la croyance populaire, les Australiens Barry Marshall et Robin Warren ont institué une tradition de se retrouver au pub le jour du Nobel de Médecine. Pour se consoler de l'attente.

«Une fois par an je le convainquais d'aller manger un 'fish and chips' et boire des bières», allait raconter Marshall ensuite. Et puis en 2005, Stockholm appelle. Selon lui, «on est tétanisé. C'est le genre de chose dont on ne peut pas vraiment dire que ça provoque beaucoup d'émotions».

Le Suisse Richard R. Ernst prenait l'avion le jour du Nobel de Chimie 1991. «Le capitaine est venu me voir et m'a dit que j'avais gagné le prix. Je suis allé dans le cockpit et j'ai parlé à la radio suisse et à ma famille», a-t-il dit.

Un gag ?

Une aventure plus cocasse est arrivée au pharmacologiste américain Louis Ignarro en 1998. Il va embarquer dans un avion à Nice quand un employé de l'aéroport lui passe un téléphone portable. Au bout du fil, un collègue à la réputation de plaisantin lui annonce qu'il a gagné le prix. «Puis la ligne a été coupée. Et je devais embarquer pour Naples. Donc je n'ai jamais vraiment su si je l'avais gagné. J'ai pensé que peut-être si j'avais vraiment gagné, ma photo serait dans les journaux, donc j'ai regardé autour de moi. J'ai songé que peut-être les gens me reconnaîtraient. Mais non», se souvient-il.

A l'arrivée, un professeur de l'université où il se rendait vient l'accueillir avec le communiqué du comité Nobel. «C'était en suédois mais j'ai vu le mot Nobel. Je me suis littéralement jeté par terre, tellement j'étais surpris et je jubilais». Ce communiqué, l'économiste britannique James Mirrlees, Nobel en 1996, avait envie de le voir: au téléphone, «j'ai suggéré que c'était possible que ce ne soit pas vrai et que j'avais besoin d'une preuve».

Elle est venue quand il a parlé à un membre de l'Académie royale des Sciences suédoise qu'il connaissait personnellement. A l'inverse de cette lucidité, l'écrivaine autrichienne Elfriede Jelinek a avoué avoir été complètement abasourdie par l'appel en 2004: il lui a «donné l'impression d'avoir un trou noir dans la tête».

Enfin, il y a ceux qui ne recevront jamais ce coup de fil de toute une vie. La lauréate en littérature de 2007, la Britannique Doris Lessing, et celui en économie de 1994, l'Allemand Reinhard Selten, ont su la nouvelle quand ils ont trouvé un groupe de journalistes devant leur porte en rentrant des courses. (afp/Newsnet)

Créé: 11.10.2012, 10h46

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