Le magazine «Playboy» dit adieu au nu intégral

PresseSi le corps dénudé de la femme semble devenu ringard sur papier glacé, il demeure un enjeu sur Internet

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Poser nue pour le magazine Playboy? Tellement XXe siècle… N’en déplaise aux stars en mal de publicité, la direction de la licencieuse revue vient de signer l’arrêt de mort du nu intégral sur papier glacé, 62 ans après sa naissance. Ringardisées Marilyn, Ursula, Kate et consorts. Le nu ne ferait-il plus recette?

Au contraire, le corps n’a jamais été aussi disponible sur le Net. N’importe quel adolescent n’est qu’à une caresse d’écran tactile de ses fantasmes. Désormais, l’image crapuleuse se consomme virtuelle et ne se planque plus sous un matelas. Selon The Economist, PornHub, le géant ricain du pixel classé X, comptabilise 80 milliards de vidéos reluquées rien que sur l’année 2014. Dans le même temps, en France, le site Jacquie et Michel, numéro un hexagonal, a vu son chiffre d’affaires grossir de 25%. Comparativement, Playboy quitte la zone rose pour la zone rouge: la revue qui ne se lit qu’à une main a perdu 2,6 millions d’euros l’an passé. Autrefois avant-gardiste, elle tire désormais péniblement à 800 000 d’exemplaires, bien loin des 5,6 millions du temps de sa gloire en 1975.

Playboy n’est pas le premier à faire le choix du cache-sexe. Il y a une tendance générale à bouter la nudité féminine hors de la presse généraliste. Le Sun en Grande-Bretagne a renoncé à sa page de femme nue, et le magazine Lui en France a aussi rhabillé ses modèles, versant plutôt dans l’érotico-chic sur papier glacé. Dans un monde où le moindre téton est accessible en deux clics, cette décision inattendue de supprimer ce qui a fait la gloire du petit lapin peut surprendre. Christophe Colera, anthropologue et auteur de "La nudité, pratiques et significations", préfère y lire «le résultat d’une économie de marché qui segmente les activités humaines et les comportements. Playboy se trouvait ghettoïsé dans le domaine de l’exposition de la nudité. Cela le coinçait sur un marché où il était directement en concurrence avec la pornographie gratuite, ce qui n’était pas commercialement porteur, et cela le privait d’une diffusion sur des réseaux sociaux comme Facebook.»

Car en autorisant un tel revirement, Hugh Hefner, fondateur de Playboy, n’est pas sous l’effet d’une révélation morale ou mystique. L’homme d’affaires au peignoir sait pertinemment qu’en faisant une croix sur les appas de page centrale, il octroie à son magazine le sacro-saint «PG-13 – Parents Strongly Cautioned», l’équivalent américain de «l’accord parental recommandé». Ce précieux sésame lui ouvre désormais les portes des très pudibonds royaumes de Twitter, Instagram et Facebook, grands pourvoyeurs de clics devant l’Eternel.

Comme l’assure Scott Flanders, l’actuel boss de Playboy, dans les colonnes du New York Times, «la bataille pour la libération des corps a déjà été gagnée». Certes, sur le papier, Playboy a vaincu, sauf que le terrain de jeu a changé: la guerre du téton se déroule aujourd’hui derrière les écrans. Facebook et consorts cachent ce sein que l’on ne saurait voir. «C’est un souci de respectabilité, et la respectabilité passe par le respect des minorités, poursuit Christophe Colera. C’est-à-dire par le respect de groupes très attachés au respect des règles de pudeur, à la protection de l’enfance etc. Donc les réseaux «respectables» comme Facebook s’alignent sur un «plus petit dénominateur commun» des usagers, donc commun aussi à ces minorités intransigeantes. Ce qui exclut la nudité, y compris dans les œuvres d’art.» Le marketing de presse estime que pour «rajeunir» son image et être présent sur le Net, il faut rajouter du tissu; qu’importe si ces dames prennent ensuite des poses tout aussi suggestives que lorsqu’elles sont nues. Inutile d’y lire en filigrane une réflexion générale sur la représentation médiatique du corps de la femme…

Présentée comme une conquête de la liberté sexuelle dans les années 60-70, la nudité féminine possède aujourd’hui une connotation machiste. «Une ringardisation du nu paradoxale puisque les jeunes pratiquent de plus en plus la nudité dans la vie domestique et dans les milieux naturistes, ajoute Christophe Colera. Ils accordent souvent à la nudité une valeur positive.» La décision de Playboy n’annonce-t-elle pas la disparition de la presse de charme, celle qui fleurissait sur les cabines des routiers? Les responsables affirment qu’en août dernier, après avoir expérimenté l’abolition de la nudité, le site aurait quadruplé le nombre de visites, passant de 4 millions de visiteurs uniques à 16, tout en rajeunissant son audience, de 47 ans à 30 ans. Merci Facebook! (TDG)

Créé: 16.10.2015, 18h12

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.