Treize tonneliers différents pour ses cuvées

BordeauxA Bordeaux, De Mour jongle avec différents tonneaux pour les crus de ses châteaux. Dégustation comparée.

Le chai du Château La Croizille, à Saint-Emilion, un des domaines où travaille Jean-Michel Garcion.

Le chai du Château La Croizille, à Saint-Emilion, un des domaines où travaille Jean-Michel Garcion.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

«Le bois doit être le meilleur ami du vin, le révéler, pas s’imposer par-dessus.» Jean-Michel Garcion dirige depuis un quart de siècle la vinification des vins du groupe belge De Mour, cinq châteaux entre bordeaux supérieur, margaux et saint-émilion. Et il pousse très loin son travail sur l’élevage en barriques puisque, année après année, il travaille avec treize tonneliers différents pour ses cuvées qu’il assemble ensuite selon leurs caractéristiques. Chaque cépage de chaque château est ainsi élevé dans cinq à sept fûts différents, à parts égales. L’élevage terminé, un collège de dégustateurs va peaufiner un assemblage entre ces différents «ingrédients» dont ils prendront une partie pour le 1er vin du domaine, le reste servant au 2e vin, voire à être revendu en vrac. Venu présenter ses crus non assemblés à l’invitation de Divo, l’œnologue raconte: «Quand j’ai commencé ici, avec le millésime 1992, j’avais choisi trois tonneliers avec qui j’ai commencé à travailler. C’était une nouveauté à Bordeaux. Je me rappelle des remarques moqueuses de l’œnologue de Château Palmer qui était fier de ne travailler qu’avec un seul fournisseur.» Pour Garcion, chaque tonnelier est d’abord un partenaire, avec qui il construit une relation. Comme le rappelle son assistant Cédric Guigné, «un type de barrique pourra faire merveille sur le merlot du Château Haut Breton Larigaudière, un margaux au sol sablonneux, et moins bien convenir au Château La Croizille, un saint-émilion au terroir très argilo-calcaire. De même, un fût ira bien sur un millésime solaire et chaud mais apportera moins à une année pluvieuse.»

Documenté

Jean-Michel Garcion a ainsi constitué une véritable base de données au fil des années, croisant millésimes, tonneliers, chauffes, cépages et terroirs. «Une année solaire, un tonneau de chez Bossuet à chauffe plus faible (le bois est moins «brûlé») conviendra bien mais nécessitera un élevage plus long.» Les commandes se font déjà en juillet, avec une bonne orientation de ce que sera le millésime, mais la chauffe ne sera décidée qu’une fois le raisin dans les cuves.

«Bien sûr que ça me complique la vie, rigole Garcion. Bien sûr que cela nous coûte cher. Mais cela nous permet d’affiner nos vins sans les détruire.» Des dégustations ont lieu régulièrement pour suivre chaque cépage dans chaque contenant, jusqu’à l’assemblage final où l’on choisira que retenir de chacun.

L’équipe de Divo avait été épatée par les différences qu’on note à la dégustation d’un même vin élevé dans des barriques différentes en rendant visite à Jean-Michel Garcion, dont elle commercialise les vins en Suisse. Pour fêter les 80 ans du club, elle a donc convié cette semaine l’œnologue à venir présenter des échantillons de sept vins élevés dans différents bois à différents sommeliers et journalistes.

Différences énormes

La dégustation est en effet passionnante, particulièrement sur les merlots plus souples et plus sensibles au bois que des cabernets francs. Les écarts entre les mêmes vins après quatorze mois d’élevage sont énormes. Prenez les sept merlots du Château Tour Baladoz, un saint-émilion argilo-calcaire. Le chêne de l’Allier de Bossuet révèle un côté fruit alors que celui des Vosges de Francis donne un côté toasté et une trame tannique très fine. On a trouvé un peu de sécheresse en bouche avec le Nadalié du centre de la France, une tendance alcooleuse avec l’américain Quintessence, beaucoup de maturité grâce au fût de Marc Kennel, une jolie complexité avec le chêne tronçais de Sylvain et beaucoup de discrétion chez Vicard.

Ce qui est intéressant, c’est que le même fournisseur donnera d’autres sensations sur un autre vin. Le même Bossuet apporte des tanins un peu granuleux au merlot du Haut Breton Larigaudière, alors que le Quintessence y révèle un côté animal.

«C’est une palette passionnante pour l’œnologue au moment de faire son assemblage final, assure Jean-Michel Garcion. Mais il s’agit bien de préserver au mieux ce que la nature nous a donné, pas de fabriquer un vin, à la différence des maisons de champagnes qui composent des assemblages pour qu’ils soient pareils chaque année. Nous, nous voulons révéler le terroir et le millésime.»







(TDG)

(Créé: 12.02.2016, 12h49)

Mots-clés

Un jeune octogénaire

Divo (Défense et illustration des vins d’origine) est né en 1916 à l’initiative de Constant Bourquin, un homme de lettres et journaliste genevois passionné de vins qui voulait défendre les vins de terroir et lutter (déjà) contre une standardisation des goûts. Huitante ans plus tard, le club compte 20 000 membres dans toute la Suisse, réunis autour de sa base à Penthalaz, et offre environ 600 vins dans son catalogue, français, italiens, espagnols, portugais, allemands, autrichiens et suisses. Chaque mois, des dégustations d’une vingtaine de crus, parfois avec leurs producteurs, sont également organisées. «Cela nous permet de rajeunir notre clientèle, qui est heureuse de découvrir de nouvelles choses», affirme la directrice Claudia Heine, qui va céder sa place à Barbara Pokorny pour cause de troisième maternité. Pour son jubilé, Divo va organiser une dégustation hors norme le 2 juin à Penthalaz.

www.divo.ch

A noter que le club propose un carton découverte avec cinq bouteilles d’échantillons pris en cave et une bouteille de l’assemblage final du Château Haut Breton Larigaudière 2014 (189 fr.)

Publicité

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Rousseff destituée
Plus...