Ses volailles n’ont pas de germes résistants

SantéBerne s’intéresse aux méthodes d’un éleveur thurgovien. La viande de ses poules ne contient pas de bactéries multirésistantes.

Plutôt que des poules hybrides, Guido Leutenegger a choisi d’élever des races anciennes.

Plutôt que des poules hybrides, Guido Leutenegger a choisi d’élever des races anciennes. Image: G.S.

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Quel est le secret des poules de Guido Leutenegger? Alors que 68% de la viande de volaille vendue en Suisse contient des bactéries multirésistantes aux antibiotiques, l’agriculteur thurgovien s’enorgueillit du bilan de santé étincelant de ses volatiles: leur chair ne contient aucune trace de ces germes décriés. Des centaines d’analyses réalisées par un laboratoire zurichois – et publiées sur le site de l’entreprise de Guido Leutenegger, Natur Konkret – en attestent. Fier de ses résultats, l’éleveur les a communiqués à Berne.

Il y a trois ans, le Thurgovien a décidé d’étendre son élevage de vaches et de porcs à la volaille. Il ne se doutait pas que le modèle choisi donnerait de tels résultats. Le choix qui semble avoir été déterminant? Avoir misé exclusivement sur des volailles de race ancienne. Une exception dans le secteur aviaire, dont les poulaillers sont peuplés essentiellement de poules hybrides. «Je voulais être indépendant des quelques multinationales qui fournissent les éleveurs», explique l’agriculteur engagé, ancien député Vert au Grand Conseil thurgovien et ex-municipal à Kreuzlingen.

Des races anciennes

Un vœu d’indépendance qui s’est révélé bénéfique. C’est l’hypothèse du professeur Roger Stephan, directeur de l’Institut pour la sécurité alimentaire et l’hygiène de l’Université de Zurich, qui a analysé la chair et des déjections des volatiles de Natur Konkret. «Les ESBL (ndlr: bêta-lactamases à spectre étendu, ces enzymes peuvent rendre les bactéries résistantes) se transmettent des parents à l’œuf, puis au poussin. Or, la production de masse de poules hybrides, aux mains d’une poignée de multinationales, a longtemps protégé ces animaux reproducteurs avec des antibiotiques. Cela a conduit à la sélection de germes résistants et à leur transmission à un nombre très important de poulets.» Aujourd’hui, peu importe qu’un éleveur renonce à l’usage d’antibiotiques: les bactéries multirésistantes se sont installées dans la pyramide de production de poules hybrides. Les volatiles de race ancienne, eux, sont épargnés par le phénomène.

Le modèle de stabulation choisi par Guido Leutenegger lui permet de diminuer les chances d’une contamination future. Ses poules sont élevées en petits groupes, réduisant les risques de transmission de maladies à un grand nombre de congénères. Elles déménagent également toutes les quatre à six semaines, évitant ainsi un contact prolongé avec un sol qui pourrait être infecté. «Celles-là sont là depuis vendredi», indique l’éleveur en garant son 4x4 en bordure d’un champ d’Ermatingen (TH). Des gauloises bleues, des géantes de Jersey et des malines picorent dans cinq enclos séparés. Au centre de ceux-ci, un cabanon de bois mobile, qui fait office de poulailler et de camionnette de déménagement.

Une productivité moindre

Guido Leutenegger en est conscient: son élevage n’est pas adapté à une production de masse. Les poules de race ancienne coûtent cher et sont difficiles à trouver. Leur productivité est aussi moindre: les pensionnaires de sa ferme vivent en moyenne 6 mois avant d’être transformés en filets, contre 30 jours normalement. Cela se ressent sur le prix. Un kilo de viande coûte environ 80 francs. «Mais le potentiel est là et il est possible de le développer pour, peut-être, faire baisser les prix, plaide l’éleveur. La présence d’antibiotiques dans la viande de volaille n’est pas une fatalité! Il existe des solutions concrètes.»

Alors que la résistance aux antibiotiques a été identifiée comme un danger majeur de santé publique, le Thurgovien espère apporter sa contribution au combat lancé par les autorités. L’automne dernier, il a écrit au ministre de la Santé, Alain Berset, pour attirer son attention sur les résultats des analyses de son élevage. L’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires lui a dit son intérêt à en savoir plus sur cette approche «novatrice». Il pourrait visiter la ferme de Guido Leutenegger prochainement. (TDG)

Créé: 21.04.2017, 07h12

L'antibiorésistance, une menace sanitaire

Selon le rapport 2015 de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), 66% des poulets suisses contiennent des bactéries multirésistantes aux antibiotiques, contre 86% des poulets étrangers. Quel est le risque pour l’homme? En règle générale, ces germes sont désactivés par la cuisson de la viande et ne présentent donc pas en soi de danger. Mais dans le cas contraire, ces bactéries s’installent dans le tube digestif et transmettent leur gène de la résistance aux autres bactéries présentes dans notre corps.

C’est le recours excessif aux antibiotiques pour traiter les volatiles qui contribue à la création de bactéries résistantes. Le Conseil fédéral a adopté en 2015 une stratégie nationale pour combattre cette menace sanitaire majeure qui pèse sur le domaine vétérinaire, mais aussi médical, agricole et environnemental. Une série de mesures qui a notamment permis une baisse des ventes d’antibiotiques à usage vétérinaire de 10% sur un an, comme l’a annoncé Berne en novembre dernier.
G.S.

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