«La Suisse est un véritable paradis pour l'industrie du tabac»

Prévention du tabagismeLe député européen français Gilles Pargneaux est invité vendredi à Berne par la Ligue pulmonaire. Il détaille les enjeux de la future loi suisse sur les produits du tabac.

Gilles Pargneaux sera à Berne ce vendredi dans le cadre d’une manifestation organisée par la Ligue pulmonaire suisse.

Gilles Pargneaux sera à Berne ce vendredi dans le cadre d’une manifestation organisée par la Ligue pulmonaire suisse. Image: LIONEL BONAVENTURE/AFP

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Engagé dans la lutte anti-tabac, le député français au Parlement européen Gilles Pargneaux sera à Berne ce vendredi dans le cadre d’une manifestation organisée par la Ligue pulmonaire suisse. Alors que la révision de la loi sur les produits du tabac, proposée par le ministre de la santé Alain Berset, s’annonce très disputée au Conseil des Etats, en juin prochain, Gilles Pargneaux dénonce les pressions exercées par l’industrie du tabac à l’égard du monde politique. Des pressions à l’œuvre, assure-t-il, tant au sein de l’UE qu’en Suisse. Interview

Votre venue à Berne, comme parlementaire européen, n'est-elle pas une forme d'ingérence dans le débat démocratique helvétique?

Non. En tant que parlementaire européen, je peux être présent avec la société civile pour dire à l’opinion publique: attention, il y a un certain nombre de mesures à prendre pour contrer cette influence beaucoup trop forte et qui nuit à la santé des citoyens. En Suisse, 25% de la population fume. Cela fait 1,7 million de personnes. Cela veut dire 25 décès par jour. Vous êtes dans la mauvaise moitié du classement européen. Il ne s’agit pas de faire de l'ingérence, mais de mettre en avant ce que nous avons développé au sein de l’UE.

Justement, les pays de l’UE sont en train de mettre en œuvre une nouvelle directive européenne, plus restrictive à l’égard des produits du tabac. Où en est-on aujourd’hui?

La directive a été adoptée il y a deux ans, et les pays de l’UE doivent la transposer d’ici le 20 mai 2016. J’ai pu constater depuis un an un certain nombre de tactiques employées par l’industrie du tabac pour éviter que cette transposition soit aussi forte qu’on l’aurait voulue. En Italie et en Allemagne par exemple, elle exergue un véritable chantage à l’emploi. L’industrie du tabac essaie aussi de peser sur la complexité des processus décisionnels, en soulignant le caractère disproportionné des mesures annoncées, en invoquant aussi la difficulté de respecter la liberté économique ou en appelant à la culture du compromis pour obtenir une attitude plus complaisante à son égard. Toutes ces tactiques sont à l’œuvre tant dans l’UE qu’en Suisse, où la future loi en discussion s’inspire de la directive européenne.

Quels sont les points qui fâchent le plus l’industrie du tabac?

Le point le plus sensible, c’est l’obligation d’avoir des avertissements sanitaires qui couvrent les deux tiers du paquet de cigarettes, pour indiquer qu’il s’agit d’un produit qui tue. Dans certains pays, comme la France et le Royaume-Uni, on va même adopter le paquet neutre, comme c’est déjà le cas en Australie. On a vu que le tabagisme a fortement reculé avec cette mesure. Il y a aussi d'autres dispositions qui fâchent, par exemple l’interdiction des packagings très attractifs, comme des paquets de cigarettes qui ont la forme de rouge à lèvres. Et bien sûr il y a la question des cigarettes à bas prix. Là, on est hors de la directive européenne, il s’agit d’une responsabilité des Etats-membres pour que le prix du tabac soit dissuasif, notamment pour le tabac à rouler qui attire de nombreux jeunes, en raison de son prix très attractif.

En Suisse, un des points qui fait débat, c’est la présence des cigarettiers dans les festivals. Qu’en pensez-vous?

Il est très intéressant de voir que la Suisse accueille en son sein l’Organisation mondiale de la santé, mais aussi les trois principaux industriels du tabac. C’est certainement l’un des pays d’Europe où l’industrie du tabac est très influente. On voit que la publicité existe partout, alors que dans bon nombre de pays de l’UE, elle a disparu car elle est interdite. L’industrie finance plusieurs festivals de musique, comme Paleo et le Montreux Jazz Festival. Art Basel, l’une des premières manifestations d’art contemporain au monde, est financée par la marque de cigarettes Davidoff. Japan Tobacco International subventionne les plus grands théâtres et musées genevois. La Suisse s’affirme comme un véritable paradis pour l’industrie du tabac qui déploie sa philanthropie et son lobbying sans les contraintes juridiques que l’on a en Europe. C’est très important que la nouvelle loi sur le tabac puisse mettre fin aux partenariats financiers avec l’industrie du tabac.

(TDG)

Créé: 19.05.2016, 15h27

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