Le WWF délocalise son personnel discrètement

EmploiL’organisation écologiste se restructure sans tapage. Cent emplois sont touchés à son siège international à Gland.

Le WWF International est installé dans cette ancienne usine 
depuis trente-six ans.

Le WWF International est installé dans cette ancienne usine depuis trente-six ans. Image: Keystone

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Délocalisations surtout. Licenciements aussi. Sur un effectif de 170 employés au siège du WWF International à Gland, plus de 100 seraient touchés. Certains ont déjà reçu leur lettre de congé, d’autres ont compris qu’ils devraient déménager ou qu’on n’aurait plus besoin d’eux à l’avenir. Mais aucune contestation n’est venue troubler le très officiel «processus de consultation» qui s’est terminé vendredi, en toute discrétion, après une année de discussions entre la direction et le personnel.

«Les employés qui sont venus nous voir l’ont fait de manière individuelle, pas en tant que représentants de la commission du personnel»

Tout juste si quelques employés inquiets ont rendu visite au syndicat Unia ces derniers jours pour collecter des informations d’ordre général. «Nous n’avons pas été mandatés officiellement pour intervenir, précise Fabrice Chaperon, secrétaire syndical d’Unia à Nyon. Les employés qui sont venus nous voir l’ont fait de manière individuelle, pas en tant que représentants de la commission du personnel. Dès lors, sans légitimité déclarée, nous ne bougeons pas.»

Visiblement, une restructuration avec délocalisations et licenciements ne provoque pas les mêmes effets lorsqu’il s’agit d’une ONG qui vise la protection de la nature dans le monde que lorsqu’il s’agit d’une multinationale qui produit des médicaments. Ce qui se passe aujourd’hui au WWF n’a rien à voir avec les événements qui avaient secoué le personnel, la population et le monde politique vaudois lors de la menace de fermeture du site Novartis à Prangins en 2011.

Manque de transparence

Il faut avouer que le processus s’est déroulé en catimini. «Nous n’avons jamais été informés de cette démarche, qui a pourtant commencé il y a une année, regrette le syndic, Gérald Cretegny. Les informations que nous avons sont celles parues dans la presse.» Daniel Rossellat, en charge de la promotion économique au sein du Conseil régional du district de Nyon, est plus sévère. «Le WWF n’est pas un modèle de transparence», lâche le syndic de Nyon, qui espère quand même que l’organisation conservera, à long terme, son siège international à Gland. «Il s’agit d’un acteur atypique qui contribue à la diversité économique de notre région», ajoute-t-il.

«Une structure plus décentralisée, plus proche du terrain nous permettra de mieux atteindre les objectifs de notre mission»

Mais pourquoi cette importante délocalisation des emplois? Selon la direction du WWF, l’ONG doit évoluer au regard des défis auxquels la planète doit faire face aujourd’hui. «Une structure plus décentralisée, plus proche du terrain nous permettra de mieux atteindre les objectifs de notre mission», a déclaré aux médias la chief operating manager par intérim, Maria Boulos. On parle de délocalisation des employés à Nairobi (Kenya), à Singapour ou en Amérique du Sud. Le processus est prévu sur une période de douze à dix-huit mois. Quant au siège lui-même, il sera maintenu à Gland, avec la direction générale.

«Je n’ai pas reçu de lettre de congé. Mais on m’a averti que mon poste allait être délocalisé»

Employé à Gland, ce Romand père de famille fait partie des déçus. Il sait qu’il sera bientôt licencié, comme d’autres personnes de son département. «Je n’ai pas reçu de lettre de congé. Mais on m’a averti que mon poste allait être délocalisé et que je devais m’attendre à perdre mon emploi.»

Cette issue ne l’a pas totalement surpris. «Le projet de restructuration était dans l’air depuis deux ou trois ans, et je soupçonne qu’on a engagé le nouveau directeur pour le piloter. Il ne faut pas se leurrer, ces mesures sont prises pour faire des économies sur la masse salariale.» Il divise les employés – très cosmopolites – en trois catégories. Il y a ceux qui sont aveuglément dévoués au WWF, prêts à travailler pour l’ONG partout dans le monde; il y a les personnes résignées sur leur sort, et quelques-unes seulement qui luttent pour maintenir leur poste. «Les employés du WWF sont bien formés et ont donc de bonnes chances de retrouver un travail», analyse Daniel Rossellat. Des raisons qui expliquent peut-être pourquoi il n’y a pas eu un mouvement massif de contestation.

(TDG)

Créé: 11.04.2016, 07h50

Le WWF en chiffres

4,7 En millions, c’est le nombre de membres que compte le WWF à travers le monde, dont 260'000 dans les 23 sections cantonales en Suisse.

96 Nombre de pays où le WWF est opérationnel en proposant 12'000 programmes de protection de la nature.

6200 C’est le nombre d’employés de l’ONG environnementaliste à travers le monde.

10 C’est, en milliards de dollars, ce que le WWF a investi depuis sa fondation dans 13'000 projets de conservation dans 150 pays.

Historique

Le panda, enseigne mondiale

L’idée de créer un World Wildlife Fund naît en avril 1961 parmi quelques membres de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), alors basée à Morges. Ces Anglais bien nés, dont l’ornithologue Sir Peter Scott, fils de l’explorateur polaire, bientôt rejoints par le biologiste Luc Hoffmann, descendant de la pharma bâloise, voulaient une organisation plus efficace pour récolter de l’argent et agir sur le terrain pour la conservation de la nature et des animaux sauvages.

A la fin de l’année était fondée la branche suisse, troisième organisation nationale du WWF. Dans les années 70, les militants ne s’inquiètent plus seulement de la survie du rhinocéros ou du tigre. La crise pétrolière, la catastrophe de Seveso et la problématique des déchets nucléaires font craindre pour l’avenir de la planète. Le nombre de membres du WWF passe à 100'000.

Le développement de l’ONG implique la recherche de locaux plus grands. A défaut de trouver un siège à Genève, ce sera Gland, alors petit bourg devenu dortoir, où elle achète une usine désaffectée. Le WWF y inaugure son siège mondial en 1980, en présence du prince Philip, duc d’Edimbourg. Dans les années 80, l’ouverture de la pensée vers la protection des ressources et le développement durable fait que le WWF change son nom en World Wide Fund For Nature. Créations de réserves naturelles, instauration du label FSC pour les forêts, sensibilisation des populations se succèdent pour l’organisation à l’emblème du panda.

Contrairement à Greenpeace, qui fonctionne au coup d’éclat et refuse tout compromis avec les dirigeants, l’ONG, fondée par des personnalités à particule et de grands banquiers, ne s’est jamais gênée d’approcher têtes couronnées, industries, milliardaires et gouvernements pour récolter des fonds et faire avancer sa cause. Elle a su, au fil des décennies, imposer son sigle et devenir aussi connue que l’ONU.

«Le contexte a évolué»

Biologiste et homme de terrain avant de devenir directeur général du WWF, entre 1993 à 2005, le Bâlois Claude Martin revient sur l’évolution de l’ONG.

Que vous inspire cette restructuration du WWF?

J’ai été surpris par ce remaniement du WWF International. On peut se poser la question de sa fonction. C’est l’organisation mère, qui a fondé les organisations nationales et a un rôle de coordination. Nous avions déjà décentralisé nos actions dans les années 90, avec une bonne capacité d’actions sur une centaine de pays.

Cela veut-il dire que les méthodes de l’ONG vont évoluer?

Cela a pris 43 ans depuis le rapport du Club de Rome jusqu’à l’accord tombé à Paris en décembre dernier, avec la COP 21, pour que le monde prenne conscience du changement climatique. Il y a donc un progrès, même s’il est tardif. Si on y ajoute la convention sur les forêts tropicales, on peut estimer qu’il n’est plus nécessaire aujourd’hui de convaincre sur le changement climatique, comme nous avons dû le faire en influençant les contextes gouvernementaux. Cela pourrait conduire à un changement d’orientation du WWF, mais qui doit garder une équipe convaincue, en lien avec les décideurs et le public, pour défendre la nature et les ressources essentielles à la survie de notre planète.

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