Un rapport dévoile les risques du terrorisme «low cost» en Suisse

SécuritéLa Confédération publie son troisième rapport sur les mesures pour lutter contre les attaques djihadistes.

Michael Lauber, procureur de la Confédération, fait partie de la task force qui lutte contre le terrorisme djihadiste.

Michael Lauber, procureur de la Confédération, fait partie de la task force qui lutte contre le terrorisme djihadiste. Image: Keystone

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«Il a 24 ans quand il prend le volant d’un semi-remorque et le précipite dans la foule d’un marché de Noël en plein cœur de Berlin, tuant 12 personnes et faisant de nombreux blessés.» La première phrase du troisième rapport TETRA rappelle que le risque d’attentats est toujours au cœur de l’Europe, et que la Suisse ne fait pas exception. TETRA? C’est le nom de cette task force créée par la Confédération pour lutter contre le terrorisme djihadiste.

Dans ce rapport, les spécialistes s’inquiètent de l’émergence d’un terrorisme low cost. «Il peut frapper n’importe qui, n’importe où, n’importe quand», explique Nicoletta della Valle, directrice de fedpol, l’Office fédéral de la police. Car ce qui s’est passé à Berlin rappelle les drames de Nice ou de Saint-Etienne-en-Rouvray. «Un camion, un couteau, ce sont des attaques faciles à organiser et qui ne coûtent pas cher. Cette méthode diminue les possibilités pour les autorités de détecter les signes avant-coureurs d’un attentat. La durée de préparation d’une attaque devient extrêmement courte.»

La septantaine de pages du rapport détaille les mesures prises pour lutter contre le terrorisme à motivation djihadiste. Elle pointe aussi du doigt les lacunes. Le manque de base légale pour pouvoir prendre des mesures coercitives afin d’empêcher des jeunes de quitter la Suisse pour faire le djihad, par exemple; ou les difficultés d’échanger des informations avec l’étranger lorsque des soupçons pèsent sur des comptes en Suisse soupçonnés de financer le terrorisme. Le rapport montre également l’ampleur du phénomène.

497 internautes surveillés

Fin 2016, 497 internautes étaient sur les radars du Service de renseignement de la Confédération (SRC). Certains ont diffusé du matériel prônant l’idéologie djihadiste. D’autres sont dans le viseur du SRC parce qu’ils communiquent avec des individus qui partagent ce genre d’idées. Mais attention, ces personnes ne représentent pas nécessairement une menace pour la sécurité. «Nous allons bientôt produire des statistiques sur les personnes à risque», précise Markus Seiler, directeur du SRC.

Lorsque des éléments concrets laissent apparaître une radicalisation, le SRC organise des auditions, qui peuvent ensuite conduire à des mesures allant parfois jusqu’à l’expulsion lorsqu’il s’agit d’étrangers. Le SRC compte aussi sur la nouvelle loi sur le renseignement qui renforcera ses pouvoirs d’investigation. «Quand une personne apparaît sur les radars, il est souvent déjà trop tard, souligne toutefois Nicoletta della Valle. Il faut donc empêcher la radicalisation dès ses prémices.» Un plan d’action nationale contre la radicalisation et l’extrémisme violent est en cours d’élaboration.

Après une forte progression ces dernières années, ce chiffre est stable. Depuis 2001, et jusqu’à aujourd’hui, le SRC a dénombré 83 voyageurs du djihad. Qui sont ils? Le SRC refuse de détailler leur profil. Ce que l’on sait, c’est que parmi eux, une trentaine a le passeport suisse (dont 18 binationaux). Les pays de prédilection choisis par ces mercenaires sont avant tout la Syrie et l’Irak, mais aussi la Somalie, l’Afghanistan et le Pakistan. Certains sont encore sur place, d’autres – près d’un quart – sont décédés.

«Nous n’avons pas encore observé une vague de retour, précise Markus Seiler, directeur du SRC. Mais nous l’attendons.» Se posera alors la délicate question de la réhabilitation.

60 procédures pénales

Actuellement, 80 enquêtes policières sont ouvertes. Parmi elles 70 ont donné lieu à une procédure. Des affaires menées par fedpol, et qui ont conduit dans 60 cas à une procédure pénale, menée par le Ministère public de la Confédération (MPC). On reproche à ces personnes d’être liées à des groupes terroristes.

A ce sujet, la loi fédérale qui interdit les groupes Al-Qaida et Etat islamique ainsi que les organisations apparentées doit être prolongée. Entrée en vigueur au 1er janvier 2015, elle est limitée à quatre ans et prendra fin au 31 décembre 2018. «La peine minimale appliquée est aussi en discussion», ajoute le procureur de la Confédération, Michael Lauber. Pour le Ministère public de la Confédération, une peine minimale de 5 ans, ce n’est pas suffisant. (TDG)

Créé: 14.03.2017, 19h20

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