Cabinets médicaux: Berset me mâche pas ses mots

SantéLe ministre fédéral de la santé analyse pour la première fois à tête reposée la fin du moratoire sur les cabinets médicaux.

Alain Berset ne croit pas aux tarifs différenciés par régions.

Alain Berset ne croit pas aux tarifs différenciés par régions. Image: Patrick Martin

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Il dit qu’il n’est plus fâché. Pour autant, le conseiller fédéral Alain Berset ne mâche pas ses mots pour évoquer la responsabilité des acteurs de la santé et des élus de la nouvelle majorité bourgeoise. Le 18 décembre dernier, le Conseil national a mis à la poubelle un outil qui aurait dû permettre aux cantons, dès juillet, de gérer l’offre des médecins sur leurs territoires, remplaçant la fin du moratoire sur les cabinets médicaux. Genève et Vaud sont parmi les plus concernés. Interview.

La décision du Conseil national est un très gros revers pour vous. C’est une manifestation de pouvoir de la droite ou un désaveu politique?
C’est d’abord un grand revers pour les assurés qui paient des primes. Le secteur ambulatoire, c’est 40% des coûts à la charge de l’assurance de base. Et c’est pourquoi nous cherchions une solution pour permettre aux cantons de piloter l’offre médicale. Le parlement a rejeté le compromis qu’il avait lui-même élaboré. Une solution plus faible que le projet du Conseil fédéral, mais que je soutenais car elle me semblait praticable. Il faut savoir maintenant que, dans certains cantons, cela aura des conséquences très importantes pour les assurés qui paient des primes, on l’a vu en 2012.

Le PLR vous reproche de vous être entêté et de ne pas avoir assez analysé d’autres solutions…
Cette critique ne tient pas la route. En 2012, le moratoire est tombé. Il y a eu tout de suite des conséquences très importantes dans les cantons, qui ont demandé qu’on agisse très vite. J’ai proposé une procédure en deux temps. Remettre tout de suite un instrument de contrôle limité dans le temps, pour calmer le jeu. Et utiliser ces trois années pour mener une discussion de fond. Cette discussion a vraiment eu lieu. J’ai invité tous les acteurs à deux tables rondes, en septembre 2013 et en février 2014, pour discuter des propositions que je leur avais demandé de nous soumettre. Nous les avons examinées ensemble dans le détail. Avec tous les acteurs, nous sommes arrivés à la conclusion qu’il fallait un mécanisme qui permette aux cantons d’agir. Le parlement, lui, a rejeté son propre compromis. Il faut que chacun assume ses responsabilités!

Vous êtes très énervé…
Non, je ne suis pas énervé. Dans le domaine de la santé, nous essayons de trouver des solutions praticables et majoritaires. J’ai à cœur de représenter l’intérêt des patients et des gens qui paient des primes. Je ne veux pas surinterpréter ce qui s’est passé. Simplement, il faut voir comment on peut poursuivre le travail. Si des solutions n’ont pas été assez étudiées, je suis prêt à les reprendre. Je suis toujours disposé à travailler de manière très constructive avec tous les acteurs concernés, mais on a aussi besoin d’une certaine fiabilité des acteurs en question.

Y aura-t-il vraiment un afflux de spécialistes, cette fois?
L’expérience nous montre que c’est ce qui s’est passé en 2012, dans le cadre de la libre circulation des personnes. Si le parlement souhaite refaire l’expérience, eh bien, on peut! Il faut être conscient que les rémunérations versées en Suisse sont très attractives pour les médecins étrangers. Et chaque cabinet qui ouvre génère des coûts supplémentaires d’environ un demi-million de francs à charge de l’assurance obligatoire des soins. La question, c’est: sont-ils utiles ou pas?

Êtes-vous favorable à une nouvelle solution urgente comme les cantons le demandent?
Je soutiendrai tous les travaux qui visent à avoir de la prévisibilité et un contrôle sur les coûts. Si cela passe par une solution à court terme et limitée dans le temps qui permette de revérifier les autres possibilités d’agir, je suis prêt à reprendre le travail. Mais est-ce que le parlement souhaite le faire? On verra.

Pour stabiliser les coûts dans l’ambulatoire, le PLR vous demande d’agir dans le cadre de TarMed par une révision des tarifs médicaux. Vous n’avez pas l’air convaincu. Pourquoi?
La révision générale de TarMed est indispensable. J’essaie d’amener les partenaires tarifaires à faire une proposition qui soit neutre sur le plan des coûts. Pour l’instant, ils n’y arrivent pas. Le Conseil fédéral a fait usage de ses compétences subsidiaires dans le domaine de la médecine de famille, en revalorisant les prestations pour 200 millions de francs – économisés chez les spécialistes. Résultat, les spécialistes semblent avoir corrigé ce manque à gagner par une augmentation des quantités! Agir en force sur l’ensemble de TarMed, en pensant qu’on va pouvoir imposer une solution durable aux acteurs, c’est méconnaître le dossier.

Et les tarifs médicaux différenciés entre les régions?
Il faudrait une révision de loi. Mais, concrètement, ça reviendrait à quoi? A dire depuis Berne qu’il faudrait un médecin de famille à Sainte-Croix. A augmenter les tarifs jusqu’à ce qu’on en attire un. Un médecin s’installe, puis deux, trois. Tout à coup il y en a trop. Alors, on rediminue le tarif pour que l’un d’entre eux s’en aille, mais pas les trois? Est-ce que ça permet de planifier efficacement des services de santé sur le territoire? Ce serait générer un immense appareil administratif en espérant tomber juste.

L’autre grande piste réclamée par la droite, c’est la levée de l’obligation de contracter, et donc la fin du libre choix du médecin. N’est-ce pas le moment de lever ce tabou?
Le parlement a rejeté un projet en 2004. Et, en 2012, le peuple a rejeté à 75% les réseaux de soins, qui contenaient aussi une partie de cette idée. Nous sommes disposés à en discuter. Simplement, personne ne nous a montré comment cela serait faisable et surtout comment cela serait majoritaire. Et, quoi qu’il en soit, c’est un projet à long terme. Cela ne peut pas être une solution pour juillet 2016, lorsque la solution actuelle tombera!

Dans votre parti, on relance l’idée de caisses publiques pour les cantons qui le souhaitent. Une piste à suivre?
L’idée peut être analysée, mais je pense qu’aujourd’hui elle n’est pas majoritaire sur le plan fédéral, et je ne suis pas sûr qu’elle permette de corriger le fond du problème. Vous pouvez avoir 60 assureurs, un ou vingt-six, la question se posera toujours un peu de la même manière. Le vrai défi consiste à contrôler les prix des médicaments, les coûts dans l’ambulatoire et les coûts hospitaliers.

L’énervement est grandissant à propos des lobbies de la santé au parlement. Cela vous préoccupe?
Les représentations d’intérêt y sont fortes, et particulièrement dans la santé, qui représente 60 milliards de francs par an. En soi, ce n’est pas un problème insurmontable pour autant que le travail se fasse d’une manière transparente et que les acteurs qui représentent des intérêts divers et variés soient fiables. Nous avons besoin à la fois d’acteurs forts mais aussi conscients de leurs responsabilités envers l’ensemble de la population.

L’assurance-maladie obligatoire a 20 ans. N’est-ce pas le moment de mettre un coup de pied dans la fourmilière?
Il faut être prudent. Bien sûr, les primes ont augmenté. Mais avant on connaissait des primes différentes entre hommes et femmes, des primes qui augmentaient avec l’âge. Des personnes n’étaient pas couvertes correctement. La LAMal a été un immense pas en avant en matière de santé publique! Le bilan est positif. Mais il faut toujours se battre pour corriger les problèmes et défauts du système.

Le bilan est tout de même très négatif au niveau de l’évolution des primes. Le progrès social dont vous parlez n’est-il pas grignoté par un accès aux soins plus difficile?
Personnellement, j’essaie d’améliorer la prévisibilité sur les primes. La nouvelle loi sur la surveillance des caisses maladie nous y aidera. Elle permet à la Confédération, lorsque les primes sont trop élevées, de les réduire. Ce n’était pas possible auparavant. Mais, soyons clairs, les primes vont continuer à augmenter pour deux raisons principales: le vieillissement de la population et le progrès technique dans la médecine. Mon effort est, avec l’ensemble des acteurs, d’essayer de faire que tout soit autant que faire se peut sous contrôle et que l’évolution des primes soit la plus limitée possible. (TDG)

(Créé: 08.01.2016, 07h25)

Débouté sur le prix des médics

Deuxième coup dur de rang pour le ministre de la Santé: la méthode de contrôle du prix des médicaments devra être revue, suite à un arrêt du Tribunal fédéral publié hier. De 2012 à 2014, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a en effet fait baisser le prix des médicaments de 600 millions de francs par an en effectuant une comparaison entre les tarifs pratiqués en Suisse et ceux en vigueur à l’étranger. Pratiquée depuis 2009, cette méthode est incomplète, dit Mon-Repos, statuant sur le recours d’une entreprise pharmaceutique. Il faut aussi considérer l’efficacité thérapeutique du médicament pour en fixer le prix.

Un revers considérable? Alain Berset ne le considère pas comme tel: «L’arrêt du Tribunal fédéral concerne l’ancien droit. Dans le nouveau droit, en vigueur depuis mi-2015, nous avons anticipé la remarque de la justice puisque nous avons davantage pris en compte la comparaison thérapeutique dans la fixation des prix». Le conseiller fédéral estime par ailleurs que cette décision ne va pas faire «automatiquement remonter le prix des médicaments». Le socialiste rappelle aussi son intention de s’occuper à présent des génériques. «Les prix sont entre 30% et 50% plus élevés en Suisse en comparaison avec l’étranger. Ce n’est pas normal.»
L.BT

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