Berne évaluera l’impact du glyphosate sur notre santé

EnvironnementLe Conseil fédéral rendra un rapport sur les effets de l’herbicide le plus utilisé au monde. Une étude a alarmé les écologistes.

«Les résidus de glyphosate restent faibles en Suisse, mais nous sommes en droit de savoir pourquoi ils sont présents», a déclaré Johann Schneider-Ammann.

«Les résidus de glyphosate restent faibles en Suisse, mais nous sommes en droit de savoir pourquoi ils sont présents», a déclaré Johann Schneider-Ammann. Image: Keystone

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Une fois pour toutes, le glyphosate est-il nocif pour la santé? Le Conseil fédéral est chargé de répondre à cette question controversée. Le National a approuvé mercredi un postulat déposé par la Commission de la science, de l’éducation et de la culture du National (CSEC-N) demandant au gouvernement un rapport complet sur l’herbicide. «L’Europe n’arrive pas à se mettre d’accord sur la question d’une interdiction de cette substance (lire ci-dessous) , souligne Isabelle Chevalley (PVL/VD), rapporteuse de commission. Cette décision doit être prise grâce à des éléments purement rationnels.» En mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’OMS a créé l’émoi en classant le glyphosate dans les «substances potentiellement cancérogènes». En réaction, des élus écologistes et socialistes ont déposé en l’espace d’un an plus d’une quinzaine de questions, de postulats et d’interpellations sur ce thème. Un collectif regroupant Greenpeace, Médecins en faveur de l’environnement (MfE) et les fédérations de consommateurs (FRC et SKS) a également déposé la pétition «Interdire le glyphosate – maintenant!» en février 2016 à Berne, réunissant 25'000 signa­tures.

L’étude vise à rassurer la population, explique Isabelle Chevalley. «Il s’agit d’éclaircir deux questions principales. La première, celle de la toxicité ou non du glyphosate. La seconde concerne les raisons de sa forte présence en Suisse.» Des analyses ont révélé que 40% des échantillons d’urine prélevés en Suisse contiennent des résidus de glyphosate. Soit un tout petit peu moins que la moyenne européenne (44%), alors que la substance est très peu utilisée dans l’agriculture helvétique. L’étude devra explorer plusieurs pistes, notamment celle des importations de blé et de fourrage de pays qui, eux, ont recours au désherbage. «Contaminent-ils ensuite la viande ou le lait des bêtes? s’interroge la conseillère nationale. Nous ne pourrons régler le problème efficacement que si nous répondons d’abord à ces questions.»

Jusqu’ici, le Conseil fédéral s’est refusé à adopter une attitude alarmiste. Il a déjà rejeté deux motions demandant l’interdiction immédiate de la substance. Le gouvernement s’appuie sur l’avis de l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG), qui, lui, fait référence à plusieurs études contradictoires jugeant la substance non cancérogène. Le Conseil fédéral a cependant soutenu le postulat. «Les résidus de glyphosate restent faibles en Suisse, mais nous sommes en droit de savoir pourquoi ils sont présents», a plaidé Johann Schneider-Ammann, en charge du Département de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR).

Un avis partagé par l’association Scienceindustries ainsi que par l’Union suisse des paysans (USP). «Les paysans suisses ont déjà fait de nombreux efforts pour diminuer au maximum l’usage de pesticides. Nous sommes sensibles à la question et en faveur de la transparence, souligne son président, Jacques Bourgeois (PLR/FR). Après, s’il s’avère qu’il faut supprimer le glyphosate, il faudra nous donner les moyens de trouver des alternatives.»

«Inutile et coûteuse»

Malgré ces soutiens, Isabelle Chevalley a passé la matinée à faire du lobbying auprès du camp bourgeois, peu convaincu par la nécessité du rapport. «Des études ont déjà été menées. L’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) a jugé qu’il n’était pas nécessaire de prendre des mesures, souligne Nadja Pieren (UDC/BE), qui précise d’elle-même être présidente de comités d’associations de producteurs agricoles. Cette étude représente une surcharge de coûts inutiles pour l’Administration fédérale.»

Le postulat a été accepté par 106 voix contre 72. «Ceux qui ne voulaient pas de cette étude ont surtout peur de ce qu’elle va découvrir!» conclut, triomphante, Isabelle Chevalley . (TDG)

Créé: 08.06.2016, 21h51

Un débat qui embarrasse l'Europe

Le glyphosate, inventé et labellisé par Monsanto sous le nom de Roundup, est le désherbant le plus utilisé du monde. En Suisse, il est appliqué dans les procédés visant à préserver la fertilité du sol. Son utilisation peu de temps avant la récolte, comme cela se fait à l’étranger pour accélérer la maturité des céréales, n’est pas autorisée. Chaque année cependant, plus de 300 tonnes de glyphosate sont répandues sur nos terres.

De l’avis des organisations environnementales, l’utilisation répétée du glyphosate nuit aux organismes et conduit à une perte de biodiversité. Il serait en grande partie responsable de la mort des abeilles.

La question fait cependant débat. Les scientifiques livrent des études contradictoires. L’Europe, elle, ne parvient pas à décider si elle doit prolonger l’autorisation de l’usage de l’herbicide, dont l’homologation expire à la fin du mois. Lundi, pour la troisième fois consécutive, les Etats membres ont échoué à atteindre la majorité qualifiée requise.

Le comité d’appel se réunira le 20 juin prochain, avec l’espoir de mettre fin au blocage.

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