Initiative populaire
Limiter le nombre d’étrangers? L’initiative qui divise la Suisse
Par Xavier Alonso, Berne. Mis à jour le 18.10.2012 21 Commentaires
L’initiative Ecopop en bref
L’initiative de l’association Ecologie et Population (Ecopop) intitulée «Halte à la surpopulation – Oui à la préservation durable des ressources naturelles» a été lancée au printemps 2011. Elle sera déposée le vendredi 2 novembre prochain à la Chancellerie fédérale.
Ce texte entend inscrire trois principes dans la Constitution fédérale. Primo: la population suisse ne doit pas dépasser «un niveau compatible avec la préservation durable des ressources naturelles». Secundo: la part d’accroissement de la population étrangère ne peut excéder 0,2% par an. Tertio: 10% de l’aide au développement doit être consacré à des projets d’information sur la contraception volontaire.
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«Nous disposons d’environ 103 000 signatures vérifiées et nous comptons atteindre au moins de 110 000 signatures validées jusqu’à la date de la remise à la Chancellerie fédérale, le 2 novembre!» Albert Fritschi, membre du comité directeur de l’association Ecologie et Population (Ecopop) ne cache pas sa satisfaction. La récolte des signatures a connu depuis cet été «une grosse accélération».
Le soutien de Franz et Vera Weber a été déterminant, explique Albert Fritschi. Et d’insister: «Des personnalités importantes et sérieuses nous ont soutenus. Cela a libéré les gens de certains préjugés et ils ont pris contact avec notre association.»
La bataille qui s’ouvre promet d’être terrible, dans un climat qui n’est pas sans rappeler les années septante de James Schwarzenbach. Car d’ici à 2015, le peuple sera convié aux urnes à trois reprises: la très probable votation sur l’ouverture à la Croatie, ainsi que les deux initiatives de l’UDC et d’Ecopop. Techniquement, toutes trois menacent la libre circulation des personnes. Emotionnellement, la question est toujours identique: l’immigration en Suisse? Albert Fritschi le sait: «La deuxième phase de la campagne, celle pour la votation, sera un champ de mines.» Mais la récolte de signatures a permis à l’association de peaufiner son discours. Notamment celui en lien avec les soupçons de xénophobie.
«Peur malsaine»
«J’ai été surpris de la violence des attaques: pas contre moi mais envers Franz Weber», avance Philippe Roch. Ancien chef d’office fédéral de l’environnement, membre de la famille PDC, le Genevois est un de ces soutiens «importants et sérieux» que met en avant Ecopop. «Mais je soutiens avec une certaine distance. Le débat démographique est indispensable! Je sens, pour des raisons idéologiques, une peur malsaine d’aborder cette question démographique. C’est la peur qui est malsaine et non la question.» D’autres figures du PDC, comme le président du parti, Christophe Darbellay, ont, eux, voué aux gémonies le texte d’Ecopop.
Division dans les partis
Cette question démographique provoque ainsi des fractures dans les partis. C’est le cas notamment à l’UDC. Dans plusieurs cantons, le plus grand parti suisse a encarté le texte d’Ecopop dans ses propres envois pour son initiative «Stop à l’immigration de masse!» «Nous soutenons tout ce qui peut limiter l’immigration. Mais notre stratégie est claire: notre initiative sera votée avant celle d’Ecopop. Si nous gagnons, nous la lâcherons. Dans le cas contraire, nous aurons encore une carte à jouer avec l’initiative Ecopop», explique le vice-président de l’UDC Suisse, Oskar Freysinger.
«L’analyse à court terme de la direction de mon parti lui fait considérer cette initiative comme une aubaine, alors qu’elle me paraît mortifère pour l’homme comme pour les valeurs de l’UDC!» Le Genevois Yves Nidegger (UDC) n’hésite pas à comparer la philosophie d’Ecopop à un totalitarisme écolo déguisé en humanisme. «Nos valeurs se touchent à peine sur le constat que l’immigration incontrôlée est source de problème. Mais Ecopop nie les libertés individuelles, d’entreprendre, et celle de l’être humain à se vivre sur cette planète», s’enflamme Yves Nidegger.
Au PLR, la question Ecopop n’a pas encore été débattue, et son président, Philipp Müller, entend consacrer toute son énergie à contrer l’initiative de l’UDC. Mais une personnalité libérale comme la Genevoise Martine Brunschwig Graf, aujourd’hui présidente de la Commission fédérale contre le racisme, qualifie le texte de liberticide!
Toujours à droite, la direction des Vert’libéraux n’a pas non plus pris position – «on est partagés», explique Isabelle Chevalley – mais le parti a mis en évidence le texte d’Ecopop dans sa communication à ses membres. «Veut-on que la Suisse vive à grande échelle ce que la région de La Côte à vécu? Infrastructures ferroviaires et routières saturées. Prix de l’immobilier vertigineux. Mitage du territoire», affirme la conseillère nationale Isabelle Chevalley, favorable aux limitations exigées par le texte d’Ecopop.
Sympathies à gauche?
Et à gauche, certains politiques ne sont pas insensibles aux thèses d’Ecopop. Cette dernière laisse entendre qu’elle aurait aussi des soutiens surprises de ce côté de l’hémicycle. Figure très en vue des Verts, le Zurichois Bastien Girod avait provoqué la polémique par un papier de position d’inspiration Ecopop. «Leurs questions sont justes, mais leur approche trop radicale. Elle met le focus sur les gens et non sur les causes. C’est la concurrence fiscale déloyale qui motive cette croissance économique aux effets incontrôlés pour la population», analyse Bastien Girod. Les Verts sont d’ailleurs prêts avec des argumentaires idoines réalisés en séance de groupe. Leur ambition est de faire glisser le débat vers la question fiscalité des multinationales.
Le PS avoue la même intention. «Quelle croissance et au bénéfice de qui? C’est le sujet de la législature, avoue Christian Levrat. Il y aura des votes sur la Croatie, ensuite sur les initiatives UDC et Ecopop. Aucune ne propose des solutions à la surchauffe. Sans l’opposition active du PS qui la conditionne à des améliorations du droit du travail, de la formation et des infrastructures, ces textes pourraient être acceptés», analyse le président du PS. Débattue au dernier congrès du PS, l’initiative Ecopop a reçu quelques signaux positifs. «Ces sympathies sont ultraminoritaires. Et on attendra d’elles une certaine réserve», souligne Christian Levrat. (TDG)
Créé: 18.10.2012, 07h32
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La rédaction
21 Commentaires
Moi je dis qu'il faut limiter la population mondiale qui continue de croître dramatiquement. Certains pays feraient mieux d'avoir une politique dénataliste ferme et ne pas déverser leur population de trop chez les autres qui saturent. Répondre
Pour une fois que je suis les écolos et à la gauche. Rare. Oui on est trop et la qualité de vie s'en ressent. L'explosion démographique n'est pas une fatalité et il faut arrêter de concentrer autant de monde dans nos régions. Un gros oui, sans hésiter ! Répondre
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