Large soutien à la politique d’asile de Simonetta Sommaruga

Référendum sur l'asileL’accélération des procédures, attaquée en référendum par l’UDC, a été largement acceptée. Un oui net qui fait des malheureux jusque dans les rangs de la gauche.

Des militants d’Opération Libero prennent connaissance des premiers résultats, hier à Berne.

Des militants d’Opération Libero prennent connaissance des premiers résultats, hier à Berne. Image: Keystone

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Un oui à 66,8% et l’unanimité des cantons. Attaquée en référendum par l’UDC, la révision de la loi sur l’asile a été plébiscitée dimanche. Les Suisses ont validé les procédures accélérées. Les communes qui accueillent ou sont destinées à accueillir les plus grands centres du pays ont largement plébiscité le texte, à l’instar de Vallorbe, qui a dit oui à 67,6%, Chevrilles (FR, 5% de oui) ou encore Boudry (NE, 75,8% de oui).

L’UDC, qui s’opposait principalement aux avocats gratuits et au droit d’expropriation de la Confédération prévus dans la nouvelle loi, n’a réussi à réunir qu’un tiers des votants. L’échec est cinglant. «Le Conseil fédéral a créé une machine de propagande et dupé le peuple suisse», dénonce le conseiller national Andreas Glarner, responsable de la politique d’asile au sein du parti. Ce dernier réclame à présent que l’accélération des procédures s’accompagne de l’application effective des renvois (lire ci-contre).

«La révision de la loi sur l’asile est le fruit de cinq ans et demi de travail, s’est réjouie la ministre socialiste»

Pour la conseillère fédérale en charge du dossier, Simonetta Sommaruga, le succès est total. «La révision de la loi sur l’asile est le fruit de cinq ans et demi de travail, s’est réjouie la ministre socialiste. Cette votation ne met pas fin aux controverses, mais elle représente un encouragement à poursuivre dans la voie choisie.» Les partis bourgeois, eux aussi, jubilent de la défaite de l’UDC. «Il faut que la loi révisée soit mise en œuvre rapidement», appelle Gerhard Pfister, le président du PDC.

A gauche, le PS et les Verts soutenaient la révision de la loi. La conseillère nationale Cesla Amarelle (PS/VD) se réjouit que le peuple suisse «ait saisi les réels enjeux de cette votation»: «Grâce aux procédures accélérées couplées à une garantie juridique pour les requérants, nous pouvons désormais aborder les questions d’asile plus sereinement.»

«Un nouveau durcissement»

Si une majorité des organisations d’aide aux réfugiés se félicitent du résultat de la votation, à l’instar de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR), d’Amnesty International ou d’Opération Libero, un petit front de défenseurs des droits d’asile a mené une contre-campagne. «Nous déplorons ce nouveau durcissement du droit d’asile. C’en est un, cela ne fait aucun doute. Le fait qu’une partie de l’électorat UDC ait voté oui le prouve», argue Pablo Cruchon, permanent politique de SolidaritéS. Les meneurs de la campagne «Sauvegarde du droit d’asile» craignent que la révision n’aboutisse à un état d’urgence permanent. «Le système n’est pas viable, il est trop gourmand en ressources humaines et structurelles. Il est voué à s’effondrer. Au final, nous allons nous retrouver dans la même situation que la Hongrie.» Quant à l’aide juridique, elle n’y arrangera rien, déplore Pablo Cruchon. «Elle ne servira à rien si les requérants ne disposent pas des ressources nécessaires en temps et en énergie pour faire recours contre leur renvoi.»


«L’asile reste un thème central»

La genevoise Céline Amaudruz, vice-présidente de l'UDC, fait le point sur l'échec du référendum de son parti. Interview

Comment interprétez-vous l’échec du référendum?
Aujourd’hui les gens ont voté clairement pour une accélération des procédures. C’est l’argument qui a pris le dessus. Maintenant, l’UDC s’attend et va veiller à ce que les promesses qui ont été faites pendant cette campagne soient tenues.

C’est-à-dire?
L'accélération des procédures est une bonne chose, mais encore faut-il que les renvois soient bel et bien effectués. L'argument de la surprise, d'un système débordé face à l'afflux de requérants ne tiendra pas: nous savons qu'un afflux de 120 000 nouvelles demandes va arriver, il s'agit d'anticiper. L'UDC veillera également à ce que les forfaits des avocats qui défendent les requérants n’augmentent pas, comme promis. Enfin et surtout, il y a la question de l’expropriation. Il serait intolérable que l’on enlève à des gens leur propriété.

L’UDC a mené une campagne assez faible pour ce référendum. Le parti a-t-il mis de l’eau dans son vin depuis l’obtention d’un deuxième siège au gouvernement?
Je ne faisais pas encore partie de la direction du parti lorsque les choses ont été décidées, je ne peux pas répondre à cette question. Maintenant, les moyens ne sont pas illimités, on ne peut pas investir de la même manière pour chaque votation. Lorsque l'on est perdant, on peut toujours remettre en question après coup une stratégie. Mais ce référendum était compliqué dès le départ, il s’agit d’une modification de loi complexe. Ce que j’en retiens, c’est que nous avons pu mettre sur la table et débattre des points importants de cette révision de l’asile.

C’est tout de même la deuxième fois de suite que l’UDC perd une votation, après l’initiative sur l’application effective du renvoi des étrangers criminels. Le parti est-il en perte de vitesse?
C’est difficile de l'emporter à chaque fois lorsque l’on est seul face aux autres partis et au Conseil fédéral. Mais le vrai verdict se fera dans quatre ans, lors des prochaines élections. Nous restons le premier parti de Suisse, qui remporte presque 40% des suffrages.

L’UDC va-t-elle continuer à se concentrer sur le thème de l’asile?
L’asile va très certainement rester un thème central, pas uniquement pour l’UDC, mais pour toute l’Europe! Cette crise continuera de beaucoup nous occuper pour un bon moment encore. (TDG)

Créé: 05.06.2016, 22h08

Commentaire

Un référendum embarrassant

L’acceptation de la révision de la loi sur l’asile, prévisible, met fin à une campagne embarrassante pour l’ensemble de la classe politique. L’UDC, bien qu’habituée à mener seule ses combats, s’est trouvée dans une posture difficile. Le parti a échoué à expliquer à son électorat la raison pour laquelle il s’opposait à un texte visant à accélérer les procédures d’asile. L’UDC le sait pourtant bien, le succès d’un objet dans les urnes est inversement proportionnel à son degré de complexité. L’agenda était également peu favorable. La votation arrive quelques mois après l’obtention d’un deuxième siège au Conseil fédéral. Difficile, juste après avoir promis de tempérer son rôle d’opposition, de se montrer trop offensif.

A gauche et dans les milieux de défense du droit d’asile, le malaise était également palpable. La loi de Simonetta Sommaruga ne faisait pas l’unanimité ni parmi les rangs socialistes et Verts, ni parmi certaines organisations militantes. L’ensemble de la nouvelle loi est jugé bien trop sévère. Une position difficilement compréhensible. Ces opposants-là ont combattu la seule partie de la révision qui prévoit un renforcement de la protection des requérants. Le serrage de vis le plus important ne faisait, lui, pas l’objet du référendum. Au final, le peuple a tranché: quelles que soient les convictions, il s’agira de se contenter des gains de la révison plutôt que de ses pertes.

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