Les cinq défis de la législature 2015-2019 en Suisse

Elections fédéralesVieillissement de la population, Europe, énergie, prospérité, et asile, tels sont les questions-clé du prochain parlement.

Image: Laurent Crottet

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Cliquez ci-dessous pour découvrir les cinq enjeux de la prochaine législature:

  • - Repenser la solidarité entre les générations face au vieillissement de la population
  • - Europe: sortir de l’impasse du 9 février et inventer un avenir aux Accords bilatéraux
  • - Concrétiser le projet de transition énergétique
  • - Assurer une prospérité durable
  • - Accélérer les procédures d’asile et améliorer l’intégration des migrants en Suisse

  • Repenser la solidarité entre les générations face au vieillissement de la population


    La Suisse s’apprête à vivre un choc générationnel. En 2050, on estime que le nombre des centenaires dépassera les 42 000 personnes. La société se déclinera donc de plus en plus à travers quatre générations. Et l’Etat, avec peu ou prou les mêmes ressources financières, devra répondre à leurs besoins. Un défi majeur qui ne pourra être relevé sans réformes.

    Le chantier des retraites

    Chantier prioritaire, la réforme des retraites Prévoyance 2020 est lancée. Le Conseil des Etats a donné son aval au projet qui doit pérenniser l’AVS et le 2e pilier jusqu’en 2030, avec en résumé une hausse des rentes AVS, une baisse du taux de conversion dans le 2e pilier, un financement additionnel par le biais de la TVA et la hausse de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans. Mais la messe n’est pas encore dite. La prochaine législature sera celle de la confirmation – ou non – de Prévoyance 2020 par les Chambres fédérales et celle du passage devant le peuple. Déjà, des voix s’élèvent pour dire que les jeunes seront les sacrifiés de la réforme.

    Professeur et chercheur en sciences sociales, seize ans de Conseil national, Stéphane Rossini (PS/VS) est toutefois confiant sur les chances du projet. Il observe que, face à l’urgence, chaque camp a mis de l’eau dans son vin. Jérôme Cosandey, directeur de recherche pour Avenir Suisse, se montre moins satisfait. Il est, selon lui, un tabou que la Suisse doit briser sur cette thématique: l’âge de la retraite. «En 2035, l’AVS aura 6 milliards de déficit par an, même avec Prévoyance 2020. Ce n’est pas une bagatelle. Augmenter l’âge de la retraite est une mesure qui agit vraiment comme une pompe à oxygène. Et, pour la grande partie de la population, il s’agit de la mesure la moins contraignante. Si ce n’est pas possible dans cette réforme, ce sera nécessaire pour la prochaine.»

    A gauche, on écarte le sujet d’un revers de main. Les syndicats pointent du doigt les prévisions alarmistes qui jalonnent l’histoire de l’AVS. «Il n’y a aucun tabou, mais il faut considérer l’âge de départ réel à la retraite ( ndlr: en moyenne de 64,1 ans pour les hommes et de 62,6 ans pour les femmes aujourd’hui). Cela ne sert à rien de parler de hausse, s’il n’y a pas un mouvement sur la formation continue et le travail des seniors», rétorque Stéphane Rossini.

    Le financement des soins

    Les soins forment une autre thématique urgente à empoigner, selon Jérôme Cosandey: «Le débat politique se concentre sur les retraites et on refoule totalement le côté soins. Or il n’y aura plus que sept actifs pour un octogénaire en 2035, comparé à douze aujourd’hui. Il faudra importer du personnel soignant ou ajuster le niveau de soins.» Pour éviter également que le fardeau de l’évolution des coûts ne grève les jeunes générations, Avenir Suisse propose que chaque personne se dote d’un capital soins afin de financer la santé de ses vieux jours, la plus coûteuse.

    Au parlement, la droite songe à une catégorie de primes pour personnes âgées. Stéphane Rossini y est farouchement opposé. «Nous sommes en train de rejouer, pour les personnes âgées, le catastrophisme sur les retraites que l’on a connu dans les années 1990 à 2000. On se prépare en permanence au défi des soins du 4e âge, puisque 70% à 80% des coûts de la santé incombent déjà à cette catégorie-là.» D’ailleurs, à gauche, pour faire face à la hausse constante des primes maladie, on est beaucoup plus tenté par la fixation de factures selon le revenu. Au centre, le PDC mise sur la gratuité des primes des enfants, afin de soulager le budget des familles.

    La solidarité entre générations

    Un autre thème monte, dans cette société intergénérationnelle et mobile: celui des proches aidants. C’est par exemple le grand-parent qui s’occupe à la fois des petits-enfants et de ses propres parents. «Venu du terrain, ce thème sera l’un des points forts de la prochaine législature. Cela montre que le problème du vieillissement est aussi une chance, un pas concret dans l’intergénérationnel», se réjouit Stéphane Rossini. Pour Jérôme Cosandey, il sera «important de flexibiliser les mondes du travail pour faciliter l’activité des proches aidants».

    Et le congé paternité? Sa mise en place verra-t-elle également le jour lors de la prochaine législature? La gauche et une partie du centre le croient. «Ce ne sont pas deux semaines de congé qui amélioreront la situation, mais davantage l’offre de places d’accueil extrafamilial», relativise Jérôme Cosandey.

    Au final, le défi principal à relever sera donc de consolider les relations entre des générations aux attentes et perspectives différentes. «Toute la question sera de se demander non pas ce que l’Etat peut faire en plus, mais ce qu’il peut faire pour permettre au contrat générationnel privé de se mettre place», souligne Jérôme Cosandey. «Le maillon faible du pacte intergénérationnel est à mon avis la transmission du savoir», juge pour sa part Stéphane Rossini. Il s’explique: «Il y a aujourd’hui un vrai effort à faire au niveau des 15-35 ans pour leur dire pourquoi on a construit cette politique de solidarité et comment. La solidarité doit se toucher: on ne comprend que ce que l’on touche.» Lise Bailat

  • - Repenser la solidarité entre les générations face au vieillissement de la population
  • - Europe: sortir de l’impasse du 9 février et inventer un avenir aux Accords bilatéraux
  • - Concrétiser le projet de transition énergétique
  • - Assurer une prospérité durable
  • - Accélérer les procédures d’asile et améliorer l’intégration des migrants en Suisse

  • Europe: sortir de l’impasse du 9 février et inventer un avenir aux Accords bilatéraux


    Une chose est sûre pour ces quatre prochaines années: la Suisse n’adhérera pas à l’Union européenne! En vingt-cinq ans, la Suisse politique a changé son regard sur l’Europe. Les euroturbos qui tenaient le haut du pavé jusqu’au sommet du Conseil fédéral ont disparu. A part le PS, les partis et le gouvernement ne sont plus favorables à une adhésion. La vraie question qui va occuper le prochain parlement porte sur la sauvegarde des Bilatérales. Et un an et demi après la votation du 9 février 2014 qui a tant fâché Bruxelles, l’heure de vérité approche. Le nouvel article constitutionnel réclame une limitation de l’immigration en Suisse à travers des contingents contraires à la libre circulation des personnes. Et il doit être mis en vigueur d’ici à février 2017.

    Les négociations sont au point mort ou presque. Officiellement, il n’y a d’ailleurs pas de négociations car l’UE s’y refuse. Mais, depuis sa fameuse visite à Jean-Claude Juncker, à Bruxelles, en février, la présidente de la Confédération a réussi à mettre un pied dans la porte. Il y a désormais des «consultations» entre les deux parties pour trouver une issue à la crise.

    En attendant, le Conseil fédéral a présenté cette année son concept de limitation de l’immigration au moyen de contingents. Un plan subordonné au feu vert de l’UE – qui semble pour l’heure très compliqué, voire impossible, à obtenir! Pour accélérer les discussions, le Conseil fédéral a nommé cet été un négociateur en chef en la personne de Jacques de Watteville. A lui de coordonner la stratégie suisse pour dénouer les blocages et arriver à un deal pouvant comprendre des dossiers aussi différents que l’immigration, l’énergie, la science ou l’accès aux marchés financiers.

    Tout se déroule pour l’instant dans le plus grand secret. Mais, schématiquement, deux options dominent: soit un accord avec l’UE sur un «petit paquet», qui réglerait le problème de la libre circulation. Ou alors un «grand paquet», plus ambitieux, qui inclurait également un accord institutionnel pour une reprise dynamique du droit européen. L’UDC y voit une adhésion rampante à l’UE, qu’elle dénonce à grands cris. Et, à l’exception du PLR, les autres partis non plus ne sont pas chauds pour cette option. Tenant de la voie ambitieuse, Didier Burkhalter semble aujourd’hui minorisé au sein du gouvernement.

    Après une période de longue incertitude, le dossier européen devrait s’accélérer dès la fin de l’année. Et atterrir en 2016 sur la table du nouveau parlement tout juste mis en jambes. Cet automne, Simonetta Sommaruga rencontrera à nouveau Jean-Claude Juncker pour faire le point des discussions exploratoires. On verra si un accord minimal avec l’UE sur les contingents se dessine. Y aura-t-il une clause de sauvegarde permanente pour laquelle milite ardemment le PDC? Et si oui, sera-t-elle calculée selon une formule mathématique se basant sur la moyenne de l’immigration dans les pays de l’UE? Tout cela reste encore dans le flou. Simonetta Sommaruga, qui est à la manœuvre sur ce dossier, laisse entendre «qu’il y a encore de nombreuses formules et de nombreux moyens de limiter l’immigration».

    En attendant la présidente de la Confédération ne ménage pas sa peine pour s’attirer les bonnes grâces de Bruxelles. Elle joue les bonnes élèves européennes sur le dossier de l’asile.

    En cas d’accord avec l’UE sur la libre circulation et la sauvegarde des Bilatérales, encore faudra-t-il convaincre le parlement et le peuple. Une votation populaire apparaît presque inévitable, sans doute au début de 2017, afin de sceller l’avenir de nos relations avec l’Union européenne. Si le Conseil fédéral gagne son pari, l’affaire est réglée et la voie bilatérale sort durablement renforcée.

    Quid si l’UDC l’emporte une nouvelle fois devant le peuple? Théoriquement, le paquet des Bilatérales contenant la libre circulation des personnes saute dans les six mois. Mais il faut que l’une des deux parties le dénonce. La Suisse et l’UE pourraient aussi décider de ne pas bouger et de mettre les Bilatérales au frigo. S’ouvrirait alors une ère de glaciation de nos relations avec Bruxelles pendant des années. Un peu comme ce qui s’était passé en 1992 après le rejet de l’Espace économique européen.

    Pendant cette période, le Conseil fédéral devrait adopter une ordonnance pour limiter l’immigration. En 2017, on pourrait aussi voter sur l’initiative populaire RASA, qui sera tout prochainement déposée et qui demande l’annulation pure et simple du nouvel article constitutionnel approuvé le 9 février.

    Même si le thème a été soigneusement mis à l’écart durant cette campagne, le dossier européen va bel et bien dominer toute la prochaine législature. On saura si le balancier suisse va poursuivre son mouvement de repli eurosceptique ou si, après un temps d’arrêt, il prendra la direction inverse et détendra des relations européennes aujourd’hui très crispées. Arthur Grosjean

  • - Repenser la solidarité entre les générations face au vieillissement de la population
  • - Europe: sortir de l’impasse du 9 février et inventer un avenir aux Accords bilatéraux
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  • - Accélérer les procédures d’asile et améliorer l’intégration des migrants en Suisse

  • Concrétiser le projet de transition énergétique


    La question de l’énergie va continuer d’alimenter les débats ces prochaines années, telle une turbine à plein régime. Et pour cause: tout reste ouvert. Certes, le principe de la sortie du nucléaire et le virage en direction des renouvelables ont été décidés en 2011 déjà. Mais, quatre ans plus tard, la Stratégie énergétique 2050 n’a toujours pas encore été approuvée en vote final par le parlement. Et elle ne le sera pas avant 2016, soit la prochaine législature. Les Verts, le PS et les centristes espèrent pouvoir réformer la loi sur l’énergie avec le moins de concessions possible. L’UDC refuse tout en bloc, voulant éviter «une aventure hors de prix qui mettrait en péril l’approvisionnement». Le PLR tient une voie médiane, soucieux de ne pas mettre le marché sous tutelle. «Nous ne sommes qu’au tout début du processus, à ce stade nous essayons juste de tracer des grandes lignes qu’il faudra confirmer et approfondir ces prochaines années», admet le sénateur genevois Robert Cramer (Les Verts).

    Certes, il n’est plus question de construire de centrale atomique en Suisse. Mais aucune date n’est fixée pour débrancher les réacteurs en activité. Là aussi, certains attendaient davantage. A gauche, on se console de cet apparent manque de volonté politique: «Actuellement, les deux réacteurs de Beznau sont à l’arrêt, celui de Leibstadt l’est également pour des problèmes techniques ces jours, les centrales arrivent naturellement en fin de vie. Sans compter que leur exploitation n’est plus rentable, on le voit avec la fermeture de Mühleberg en 2019», souligne le conseiller national Roger Nordmann (PS/VD).

    «Nous sommes au tout début du processus, à ce stade nous essayons juste de tracer des grandes lignes» Robert Cramer Conseiller aux Etats (Les Verts/GE)

    Certes, la Stratégie énergétique prévoit une foule de mesures en faveur de l’environnement: hausse de la taxe pour booster les énergies vertes; aide à l’hydraulique; encouragement à la création et à l’installation d’éoliennes et de panneaux solaires; exigences accrues pour les véhicules ou les bâtiments. Mais, au final, le peuple aura le dernier mot par voie de référendum: en cas de refus, tout serait par terre. Surtout, la deuxième partie du virage énergétique n’a pas encore été initiée: la fiscalité verte. Pas gagné, si l’on considère le sort réservé à l’initiative des Vert’libéraux visant à remplacer la TVA par une taxe verte, refusée à 92% en mars dernier. EconomieSuisse veut y voir un signal pour l’avenir, estimant que la Suisse a «surtout besoin d’un moratoire sur les prix».

    «Les centrales arrivent naturellement en fin de vie. Sans compter que leur exploitation n’est plus rentable» Roger Nordmann, Conseiller national (PS/VD)

    Certes, la Suisse a déjà initialisé son virage écologique, mais l’éventuelle libéralisation du marché électrique inquiète les milieux environnementaux. Le projet mis à l’enquête l’hiver dernier par le Conseil fédéral prévoit que chaque ménage puisse, un jour, choisir son producteur. La droite l’attend avec impatience, la gauche et les syndicats brandissent d’ores et déjà le référendum. Patrick Chuard

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  • - Assurer une prospérité durable
  • - Accélérer les procédures d’asile et améliorer l’intégration des migrants en Suisse

  • Assurer une prospérité durable


    Pas de récession, mais une année 2015 difficile pour l’économie suisse: 3 500 postes supprimés au premier semestre et 40 000 emplois menacés. La crise du franc fort a jeté des doutes sur la solidité à long terme de l’économie suisse.

    A droite, le remède s’appelle déréglementation, et a vu l’émergence d’une alliance – certes fragile – entre UDC, PLR et PDC. Pour le PLR, la priorité porte sur l’allégement des contraintes imposées aux entreprises. Le parti prône un taux unique de TVA et le gel des charges salariales. Le PDC lui emboîte le pas et exige l’abrogation des ordonnances caduques. L’UDC va plus loin et réclame un moratoire sur de nouveaux impôts, sur les dépenses et sur les emplois au sein de la Confédération. Nombre de ces propositions vont occuper les Chambres durant la prochaine législature.

    La gauche n’est pas en reste. Le PS soutient la création d’un fonds souverain servant à cautionner les investissements des PME. Il souhaite aussi mettre l’accent sur la protection des travail­leurs âgés et la formation. Les Verts veulent s’appuyer sur la transition énergétique pour promouvoir l’essor d’une nouvelle économie verte. Une vision partagée par leurs cousins vert’libéraux.

    Le franc fort n’est pas la seule ombre qui plane sur la place économique suisse. Les pressions de l’OCDE et de l’UE pour que notre pays supprime les régimes spéciaux accordés aux entreprises sont un défi tout aussi grand. Comment adapter la fiscalité sans faire fuir les multinationales et sans assécher les caisses de l’Etat? C’est tout l’enjeu de la 3e réforme de la fiscalité des entreprises (RIE III). UBS évalue le scénario du pire – suppression des régimes spéciaux et départ de toutes les sociétés concernées – à une perte de 5 milliards. Afin de rester attractifs, les cantons devront abaisser aussi l’imposition des bénéfices. Les gagnantes pourraient être les entreprises indigènes, qui verront leur compétitivité renforcée.

    Admise comme incontournable par tous les partis, la RIE III n’en polarise pas moins les esprits. La gauche craint que les particuliers ne soient appelés à compenser les pertes de recettes, d’autant que le projet du Conseil fédéral n’en prévoit guère de nouvelles. L’imposition des gains en capital provenant de la vente de titres, qui aurait rapporté 1 milliard, a été abandonnée.

    Dernier défi pour assurer une prospérité durable: la politique d’innovation. Là aussi, tout le monde est d’accord, reste à voir comment et avec quels moyens financiers. Après le Parc d’innovation, le nouveau parlement devra voter la prochaine enveloppe en faveur des Ecoles polytechniques fédérales. Les 9,6 milliards de francs des quatre dernières années seront-ils augmentés ou rabotés? Laurent Aubert

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  • - Accélérer les procédures d’asile et améliorer l’intégration des migrants en Suisse

  • Accélérer les procédures d’asile et améliorer l’intégration des migrants en Suisse


    C’est La préoccupation de cette campagne électorale. D’après le dernier baromètre électoral de la SSR, près d’un Suisse sur deux estime que la migration est le problème le plus urgent que nos politiciens doivent traiter.

    Jusqu’ici, notre pays a été relativement épargné par l’afflux de migrants en Europe. La Suisse devrait recevoir cette année quelque 29 000 requérants (+18% par rapport à 2014). Mais vu la situation, la Confédération et les cantons cherchent des solutions d’accueil, d’autant que la Suisse s’est dite prête à faire un effort supplémentaire. «La loi sur l’asile est basée sur une situation normale, il faudra voir si des mesures additionnelles s’imposent, réagit le conseiller aux Etats Filippo Lombardi (PDC/TI). Sur la base des discussions menées avec l’Europe, Simonetta Sommaruga devra présenter des solutions au Parlement.»

    Des solutions, le Parlement vient pourtant tout juste d’en adopter. La législature qui s’achève aura vu une profonde réforme du système en vue d’accélérer le traitement des dossiers. Mais la révision de la loi sur l’asile mise sous toit lors de la dernière session est contestée par l’UDC qui s’oppose à l’introduction d’un avocat gratuit pour soutenir les requérants. Le référendum lancé par le parti pourrait mettre par terre des années de travaux parlementaires, emportés par la vague d’inquiétude que suscite la crise migratoire européenne.

    Adapter le système actuel

    Ce que l’UDC demande, c’est une remise à plat complète du système, en dehors des Accords de Schengen et Dublin, considérés comme inefficaces voire dangereux! Aucun autre parti n’envisage pourtant d’agir sans l’Union européenne, ni de se passer des Accords de Schengen et de Dublin. Comme le Conseil fédéral, ils considèrent qu’il faut participer à la réforme du système. L’accélération des procédures suffira-t-elle pour gérer un éventuel afflux? «La nouvelle loi est faite pour absorber un nombre important de demandes, estime la conseillère nationale Cesla Amarelle (PS/VD). Mais si tout à coup, la pression devenait intense, il faudrait envisager d’accorder une protection provisoire aux requérants de certains pays comme la Syrie.» Cette solution est défendue par le PLR. L’idée étant que les migrants retournent chez eux une fois la paix revenue.

    Aujourd’hui, la Suisse accorde déjà des admissions provisoires individuelles aux requérants déboutés ne pouvant pas être renvoyés dans leur pays. En réalité, leur majorité reste en Suisse. Après cinq ans, environ 80% d’entre eux sont reconnus comme des cas de rigueur. Mais seule une minorité travaille. Un postulat demande au Conseil fédéral d’améliorer la situation, ce qui s’annonce d’ores et déjà très compliqué.

    Relever le défi de l’intégration

    Le grand défi pour ces prochaines années se retrouvera surtout dans la question de l’intégration. Que faire des milliers de nouveaux venus qui viennent frapper à notre porte? Première priorité, les former et les insérer sur le marché du travail. Premièrement, cette main-d’œuvre potentielle est également intéressante pour notre société vieillissante, surtout depuis le vote du 9 février 2014. Ensuite, il s’agit de décharger les assurances sociales. Durant les premières années en Suisse, 73% des réfugiés touchent l’aide sociale, et 77% des personnes admises provisoirement. Alors que les réfugiés ont le droit de travailler après trois mois en Suisse, seuls 16% le font durant les cinq premières années, 40% après cinq ans, puis près de la moitié après dix ans.

    La question va rebondir au Parlement. En 2013, le Conseil fédéral avait présenté un projet pour encourager l’intégration. Maniant à la fois la carotte et le bâton, il posait notamment des exigences dans la maîtrise d’une langue nationale. Suite au vote sur l’immigration de masse, le gouvernement a revu sa copie et les nouveaux élus devront reprendre l’objet. Celui-ci propose de supprimer la taxe spéciale qui touche les personnes actives relevant du domaine de l’asile et de biffer la nécessité d’obtenir une autorisation pour exercer une activité.

    L’élection du 18 octobre changera-t-elle la donne? Les derniers sondages annoncent une progression de la droite, et notamment de l’UDC qui prône la plus grande fermeté face aux migrants. «Dans la phase actuelle de drame humanitaire, l’UDC peut sembler seule, note le politologue genevois Pascal Sciarini. Mais lorsque les questions pratiques se poseront, elle trouvera certainement des soutiens à droite, en particulier au PLR, comme cela a déjà été le cas par le passé.» Caroline Zuercher

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  • - Concrétiser le projet de transition énergétique
  • - Assurer une prospérité durable
  • - Accélérer les procédures d’asile et améliorer l’intégration des migrants en Suisse
  • (TDG)

    Créé: 30.09.2015, 07h43

    Sondage

    Quel est le premier défi que la Suisse devra régler durant la législature 15-19?

    Le vieillissement de la population

     
    15.5%

    L'énergie

     
    5.6%

    Les rapports avec l'Union européenne

     
    31.8%

    La prospérité et sa répartition

     
    11.6%

    L'asile et l'immigration

     
    35.6%

    1020 votes au total


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