Les avocats des gradés fustigent la justice militaire

ProcèsCinq cadres sont accusés d'avoir monté une affaire de cours de tir sur le dos de l’armée. Ils sont jugés cette semaine à Yverdon.

Deux des cinq militaires à leur arrivée au tribunal, ce lundi matin 19 décembre.

Deux des cinq militaires à leur arrivée au tribunal, ce lundi matin 19 décembre. Image: Keystone

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Le procès qui réunit le tribunal militaire dans l’Hôtel de Ville d’Yverdon a bien failli tourner court, dès son ouverture lundi matin. «Cet acte d’accusation est un Emmental!» clame d’emblée Me Robert Assaël, qui défend l’adjudant d’état-major C., l’un des cinq prévenus. Tous sont des gradés de l’armée, accusés d’avoir détourné du matériel militaire, des munitions et des infrastructures afin d’en tirer profit. Ils sont, entre autres et à des degrés divers, accusés d’escroquerie par métier, d’abus de confiance et de faux dans les documents.

Concrètement, le principal accusé, le lieutenant-colonel B, aurait mis les stands de tir de la Montagne de Lussy (FR) ainsi que celle de l’Hongrin (VD) à disposition de l’association dont il est vice-président. Les cours de tirs ainsi que le prêt des armes et des infrastructures auraient été facturés aux participants. Les sous récoltés ne seraient cependant jamais revenus à ArmaSuisse, mais dans les poches du lieutenant-colonel et ses quatre complices.

Report du procès refusé

En début de matinée, les cinq avocats se liguent contre l’accusation. Ils lui reprochent d’avoir fourni un acte d’accusation trop vague, sans preuve ni pièce à conviction, ni détail précis sur les lieux, les dates et la répétition des faits. Celui-ci date en effet les faits reprochés entre «le 1er janvier 2008 et le mois d’octobre 2013». «Cet acte d’accusation est d’une généralité navrante, charge Me Aebischer, avocat du lieutenant-colonel B. On n’y trouve aucun grief précis, sans que rien ne soit documenté.» Me Wihlem, avocat du lieutenant-colonel H., enfonce le clou: «C’est comme si l’on accusait mon client d’un excès de vitesse entre 2009 et 2013 sur une route non précisée.»

Dans sa robe d’avocat, Me Assaël se chauffe avant l’heure des plaidoiries. «Malgré une instruction mammouth, le juge d’instruction n’a instruit qu’à charge. Il a malencontreusement cru à l’affaire du siècle. Une affaire d’Etat qui implique le gratin de l’armée. Il n’en est rien. Vous avez devant vous de belles personnes, qui ont toujours œuvré dans le bénéfice de l’armée. Ils sont injustement accusés.» En cœur, les cinq hommes de loi réclament le report du procès.

Après ce préambule musclé, l’audience est suspendue pendant trois bon quarts d’heure. Le savon passé à l’accusation semble avoir porté ses fruits. En réalité, il n’en est rien. Le président du tribunal, le colonel Stéphane Mérot, rejette toutes les demandes de la défense. Et enchaîne avec la lecture des procès-verbaux de l’enquête. Une lecture longue et fastidieuse des auditions des témoins, qui font toutefois ressurgir certains éléments: de nombreux civils fréquentaient la place de tir de la Montagne de Lussy, alors que ce type de pratique est normalement prohibé. Toutefois, difficile de distinguer les civils des officiers en formation, pas toujours revêtus d’un uniforme. Deuxièmement, tout semblait marcher à la confiance. «La renommée du lieutenant-colonel B. est internationale, explique un témoin. S’il donnait ses cours à titre personnel, il pourrait faire fortune.»

«Je me suis fait avoir»

Personne ne s’inquiète des bons de munitions, que l’accusation soupçonne d’avoir été falsifiés, ni ne les vérifie. Pareil pour le prêt des armes. «B. n’était pas le roi du réglementarisme épistolaire. A l’armée de surcroît, beaucoup d’ordres se font par oral.» Rien d’anormal n’a donc été décelé.

Pourtant, la présence des membres de l’association du gradé semble souvent ignorée. «B. nous a assuré que ses membres ne tiraient pas. D’ailleurs, ils n’y étaient pas autorisés», commente un témoin. Certains semblent tomber des nues pendant leurs interrogatoires. «Je suis estomaqué par vos questions», lance l’un d’eux. «Je me suis probablement fait avoir», reconnaît un autre.

Reprise de l’audience cet après-midi, avec l’audition des accusés. (TDG)

Créé: 19.12.2016, 14h37

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