Tensions sur la politique suisse face à l’Erythrée

Voyage d'élusDes politiciens remettent en question la position officielle. La gauche s’étrangle.

L’Erythrée est le principal pays de provenance des requérants en Suisse. En 2015, 9966 Erythréens y ont déposé une demande d’asile – 3043 de plus qu’en 2014. Ici, un camp de réfugiés en Ethiopie.

L’Erythrée est le principal pays de provenance des requérants en Suisse. En 2015, 9966 Erythréens y ont déposé une demande d’asile – 3043 de plus qu’en 2014. Ici, un camp de réfugiés en Ethiopie. Image: AFP

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Le voyage de politiciens suisses en Erythrée continue de créer la polémique. Quatre des participants ont écrit à la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, qu’ils souhaitent rencontrer. Ils demandent une mission d’enquête sur la situation des droits de l’homme, l’ouverture d’une représentation permanente suisse en Erythrée, le lancement d’un programme d’aide au développement et un dialogue sur la migration. Seule la conseillère nationale Yvonne Feri (PS/AG), qui était du voyage, n’a pas signé cette lettre. Elle estime dans la NZZ am Sonntag qu’il est trop tôt, au vu de la situation des droits humains, pour légitimer le régime.

«J’ai été en Corée du Nord et pensais que l’Erythrée serait similaire. Ce n’est de loin pas le cas»

Dans leurs impressions livrées à la presse dominicale, les politiciens disent avoir pu se déplacer librement. «J’ai été en Corée du Nord et pensais que l’Erythrée serait similaire. Ce n’est de loin pas le cas», souligne le conseiller national Christian Wasserfallen (PLR/BE). Il précise qu’il est difficile de se faire un avis sur les droits humains et qu’il n’y a pas d’informations fiables sur la persécution de réfugiés. Mais, selon le Bernois, les conséquences de l’objection de conscience ont été décrites de façon bien moins dramatique sur place que dans les rapports officiels.

«Il faut un accord de réadmission»

«Je n’ai jamais eu l’impression de me faire instrumentaliser», a pour sa part souligné la conseillère d’Etat verte argovienne Susanne Hochuli, lors d’une conférence de presse samedi à Zurich. L’élue fait part d’impressions positives, mais souligne que «dès que la discussion portait sur la politique, les Erythréens se bloquaient». Elle précise que le but du voyage n’était pas de juger si un accord de réadmission était possible avec le petit pays de la Corne de l’Afrique.

Ces réactions n’en sont pas moins une aubaine pour ceux qui réclament, UDC en tête, le renvoi des requérants érythréens déboutés. «Elles étayent l’idée qu’il faut un accord de réadmission, s’exclame Luzi Stamm (UDC/AG). Bien sûr, ces élus n’ont pas eu accès à toutes les informations, mais leur voyage est un signe: il montre qu’à gauche comme à droite, on s’intéresse à cette question.» Gerhard Pfister (PDC/ZG) estime que les choses bougent. Il considère, dans la SonntagsZeitung, que le ministre des Affaires étrangères Didier Burkhalter devrait s’occuper du dossier. Et se rendre sur place pour tenter de négocier un accord de réadmission qui garantirait le respect des droits humains. En contrepartie, la Suisse devrait reprendre son aide au développement.

Pas d’accès aux prisons

Interviewé par la RTS, Didier Burkhalter se montre justement réservé sur ce voyage d’élus. S’il salue leur intérêt, le PLR souligne la difficulté de se faire un avis si rapidement et d’aller au fond des choses. Cela ne permet notamment pas de constater ce qui se passe dans les prisons du pays, auxquelles le CICR n’a pas accès, rappelle-t-il.

«Les vrais experts n’ont pas accès à l’Erythrée»

La gauche, elle, est fâchée. La participation d’une socialiste et d’une Verte à ce périple provoque encore des remous, et les intéressées devront certainement s’expliquer face à leurs camarades. «Les vrais experts n’ont pas accès à l’Erythrée, réagit Cesla Amarelle (VD/PS). Envoyer des politiciens pour assister à des défilés de mode, c’est un travail de relations publiques et non d’observation.» Et les renvois? «Dans ce domaine, les erreurs conduisent à la mort d’individus ou à des traitements inhumains et dégradants.» Et la Vaudoise de souligner que le régime d’Asmara «risque d’être traîné devant la Cour pénale internationale pour crime contre l’humanité».

Le SEM: «pas de contradiction»

Pour mémoire, Simonetta Sommaruga s’oppose à ces renvois. La Confédération a effectué plusieurs missions en Erythrée. Suite à un postulat de Gerhard Pfister, le Conseil fédéral prépare aussi un rapport sur la situation sur place.

Selon Martin Reichlin, porte-parole du Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM), les informations données par les politiciens «ne contredisent pas les nôtres». Mais si l’on peut se déplacer relativement librement en Erythrée et parler avec les gens, il est «très difficile d’avoir des informations sur les questions sensibles comme le système judiciaire, le service national ou encore la situation dans les prisons». Pour les procédures d’asile, conclut-il, il faut savoir «si quelqu’un risque des traitements inhumains ou des poursuites individuelles dans son pays d’origine. Jusqu’à présent, nous n’avons pas d’informations que la situation des droits humains s’est améliorée.» (TDG)

(Créé: 14.02.2016, 22h41)

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