Notre eau potable contient trop de pesticides

EnvironnementL’eau potable contient souvent des concentrations élevées de pesticides et de nitrates. L’agriculture est pointée du doigt.

Les nappes phréatiques, qui représentent 80% de nos sources d’eau potable, sont menacées par l’usage de pesticides à leur proximité

Les nappes phréatiques, qui représentent 80% de nos sources d’eau potable, sont menacées par l’usage de pesticides à leur proximité

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Des mesures pour mieux protéger nos sources d’eau potable doivent être prises, et vite. L’appel de la société suisse de l’Industrie du Gaz et des Eaux (SSIGE), relayé par la NZZ am Sonntag, se base sur les dernières mesures publiées par le réseau national d’observation de la qualité des eaux souterraines (NAQUA): un cinquième des échantillons d’eau potable analysés montrent la présence de résidus de pesticide ou de nitrates dépassant le seuil de tolérance. Sur l’ensemble du pays, ceux-ci sont très élevés dans environ 30% des stations de mesure.

C’est principalement dans les agglomérations et les régions fortement agricoles que l’on retrouve des traces de corps étrangers et de substances polluantes dans les eaux souterraines, qui représentent 80% de nos sources d’eau potable, souligne dans son rapport le NAQUA. «Les résidus d’engrais et de pesticides y parviennent après avoir traversé les sols et altèrent durablement la qualité de l’eau», y souligne Miriam Reinhardt, coordinatrice du monitoring national NAQUA.

Selon la SSIGE, cette tendance préoccupante et croissante est due au développement de l’urbanisation, à l’usage intensif de pesticides dans l’agriculture – 2000 tonnes par an –, à la circulation routière ou encore à l’usage de pesticides dans les jardins privés. La société demande une interdiction étendue de l’usage de pesticides dans les zones d’influence des points d’approvisionnement d’eau. Elle appelle également à un meilleur contrôle, par exemple par le biais d’un organisme indépendant.

Enfin et surtout, la SSIGE insiste sur une application plus cohérente des réglementations en vigueur: aujourd’hui, seul 60% des zones d’eau souterraine sont désignées comme zone protégée. Le niveau de protection de ces dernières est lui-même décevant, en raison de la proximité de ces sources avec les routes, l’industrie ou l’agriculture.

Deux initiatives

La démarche de la SSIGE tient cependant davantage lieu de prévention. Les spécialistes se refusent à être alarmistes: «La qualité de l’eau potable n’a jamais été aussi bonne dans notre pays, souligne la société. Il s’agit cependant de se battre pour conserver ce privilège et le protéger pour les générations futures.»

Le rapport de la NAQUA indique pour sa part que l’agriculture devra fournir de «gros efforts» pour éviter de polluer les petits et les moyens cours d’eau. Un plan d’action contenant une cinquantaine de mesures a été mis sur pied, du recours au désherbage mécanique, à la sélection et l’utilisation de nouvelles variétés de plantes plus résistantes aux maladies.

D’autres organisations veulent toutefois aller plus loin. Deux initiatives sont en cours de récolte de signatures. La première, la plus extrême, veut interdire purement et simplement tout usage de pesticide dans la production agricole, la transformation des produits agricoles et l’entretien du territoire. La seconde demande à ce que seuls les agriculteurs qui produisent sans recourir à des produits phytosanitaires et qui n’administrent pas d’antibiotiques à leurs animaux aient accès aux subventions de l’État.

Des associations comme la Fédération suisse de Pêche offrent un soutien appuyé aux deux textes. L’Union suisse des paysans (USP) les rejette fermement. L’initiative pour l’eau potable «rate son but», souligne l’USP dans un communiqué. «Divers systèmes incitatifs récompensent les agriculteurs qui se passent de ces produits.» L’USP estime en outre que des progrès «considérables» ont été accomplis ces dernières années en ce qui concerne la protection des eaux. «L’agriculture est prête à participer au maintien de cette qualité – mais pas au moyen de cette initiative. Elle restreindrait outre mesure la production de denrées alimentaires en Suisse et mènerait à une hausse massive des importations, qui ne seraient pourtant pas concernées par ces exigences.» (TDG)

Créé: 20.06.2017, 12h04

Des idées originales

Il n’existe pas une solution à ce problème complexe, mais une «palette d’idées», souligne la NAQUA. Parmi les mesures prises par l’agriculture pour diminuer la pollution de l’eau, la NAQUA salue l’exemple du Lavaux (VD) et de Dardagny (GE).

Depuis 2016, les vignerons du Lavaux sont passés au régime SPS (sans produits de synthèse). Ainsi, plus aucun fongicide artificiel n’est répandu par hélicoptère sur le site de l’Unesco. Seuls les produits naturels tels que le cuivre, le soufre, des extraits d’algues et de lait sont tolérés.

S’il est encore trop tôt pour mesurer les effets de cette mesure sur les cours d’eau, l’impact bénéfique de l’expérience du ruisseau des Charmilles, à Dardagny (GE), se fait déjà sentir. Afin de préserver les cours d’eau, les viticulteurs utilisent par exemple la méthode de la «confusion sexuelle» pour neutraliser les papillons porteurs des vers ravageurs de la grappe cochylis et eudémis. Le principe consiste à diffuser des substances imitant l’hormone sexuelle féminine de l’insecte en quantité plus élevée que celle émise effectivement par les femelles, afin que les mâles ne puissent plus les localiser et les féconder.

Depuis le lancement du projet visant à éviter au maximum l’usage de produits, certaines espèces sensibles ont refait leur apparition dans le ruisseau des Charmilles de Dardagny.

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