La Une | Samedi 26 mai 2012 | Dernière mise à jour 16:58
Islam

Les musulmans de Suisse veulent parler d'une seule voix

Par Marion Moussadek . Mis à jour le 09.02.2012

A l'instar de la communauté juive ou de l'Eglise, les musulmans souhaiteraient faire entendre leur voix comme un seul homme. Pour couper court à la cacophonie récurrente.

Les deux organisations faîtières des musulmans de Suisse souhaitent rassembler tous les musulmans sous une même bannière pour devenir un seul et même interlocuteur.

Les deux organisations faîtières des musulmans de Suisse souhaitent rassembler tous les musulmans sous une même bannière pour devenir un seul et même interlocuteur.
Image: Keystone

Les musulmans de Suisse

- Entre 350 000 et 400 000 musulmans vivent en Suisse
- 15% d'entre eux ont la nationalité suisse
- Seuls 15% seraient pratiquants
- Plus de 70% des musulmans de Suisse vivent dans les grandes villes
- La communauté compte quelque 300 associations et organisations en Suisse

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Les musulmans de Suisse sont incapables de créer une organisation faîtière, et ils devraient le faire pour parer à la discrimination et l'intolérance exploitées «par l'extrême-droite et les partis populistes», dit en substance le rapport des experts de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) qui rendent ces jours les conclusions de leur visite en territoire helvète fin novembre.

Ça tombe bien car c'est ce que tentent actuellement d'organiser deux associations musulmanes nationales en Suisse, pour préparer un projet à soumettre aux plus de 300 associations musulmanes islamiques cantonales et locales que compte le pays. La Koordination islamischer Organisationen Schweiz (KIOS) et la Fédération des organisations islamiques de Suisse (FOIS) ont lancé des pourparlers en 2009.

5 juristes à pied d'oeuvre

Depuis, «3 juristes suisses de droit constitutionnel et 2 experts du droit islamique planchent sur les statuts de la future plate-forme commune. Ces statuts doivent être en adéquation à la fois avec les constitutions cantonales et la Constitution nationale. Ils seront ensuite soumis à consultation aux quelque 300 associations islamiques suisses qui auront 3 mois pour donner leur avis», explique le président de KIOS, Farhad Afshar.

Dont le sulfureux Conseil central islamique de Suisse (CCIS) de Nicolas Blancho qui déclare, pour l'heure ne pas avoir été consulté et donc ne pas pouvoir se prononcer sur le bien-fondé du projet. Mais le responsable de la communication du CCIS, Qaasm Illi avoue être sceptique sur cette plate-forme en gestation: «Ces deux organisations ne sont pas enracinées sur le terrain et manquent, à mon avis, de contacts de proximité».

Des élections communales puis cantonales

Faux, rétorque Farhad Afshar qui avance que contrairement aux recommandations de l'OSCE, il vise une construction «de bas en haut, pour prendre corps au mieux avec la réalité suisse». Consulter les musulmans dans les communes, puis dans les cantons. Avant de pouvoir envisager de parler d'une seule voix pour tout le monde. «Les délégués seraient élus et contrairement aux désignations existantes dans plusieurs associations, il ne faudrait pas être membre de quoique ce soit pour participer. Juste être musulman et établi en Suisse. Le but n'est pas de prendre la place des structures locales qui sont nécessaires pour garder les spécificités qui albanophones, qui turcophones, qui maghrébines, etc.», explique encore l'homme à la tête du projet.

D'ailleurs, la future plate-forme n'a pas pour ambition de résoudre les dissensions locales. «Avoir une représentation faîtière est une bonne initiative. Pourquoi pas!», réagit le directeur de la Fondation de l'Entre-connaissance à Genève, Hafid Ouardiri. Qui ne compte toutefois pas sur une telle instance pour résoudre les sempiternels problèmes que connaît la mosquée de Genève: «Cela doit être géré par les musulmans qui la fréquentent eux-mêmes». Farhad Afshar confirme: «Le but est double: les Suisses traitent notre religion à égal avec d'autres. Et les musulmans de Suisse doivent pouvoir faire entendre leur voix comme un seul homme, à l'instar de la Fédération suisse des communautés israélites ou de l'Eglise».

«Politisation positive»

Auteur de la première recherche quantitative sur les musulmans de Suisse, et chercheur à l'Université de Genève (UNIGE), Matteo Gianni voit cette initiative d'un bon œil: «C'est une tentative intéressante qui va dans le sens de ce qui se fait dans d'autres pays. Après le vote anti-minarets de 2009, avoir une voix qui soit capable d'interagir avec les pouvoirs publics serait bienvenue. Ce peut être une politisation positive. Et puis, la facilité aurait voulu que cette organisation faîtière soit créée depuis le haut. Or, l'intention est inverse. Cela permettra d'avoir un regard plus fin sur la représentativité.»

(Newsnet)

Créé: 09.02.2012, 12h43


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