Les «capsules santé» de Manor suscitent des haut-le-cœur

ConsommationLe grand distributeur vend des compléments alimentaires qui promettent minceur et énergie. Enquête.

Le «café minceur» de Medicap vendu chez Manor. Le fabricant conseille d’en boire six tasses par jour (deux avant chaque repas) pour bénéficier  de son effet coupe-faim.

Le «café minceur» de Medicap vendu chez Manor. Le fabricant conseille d’en boire six tasses par jour (deux avant chaque repas) pour bénéficier de son effet coupe-faim. Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Achetez trois boîtes de capsules santé (105 unités) et la machine qui permet de les consommer vous sera offerte. Soit 119 francs 70 au lieu de 159 francs 70. En lisant ce prospectus de Manor, on hausse les sourcils. D’autant que le produit en question arbore un nom – Medicap – qui fait furieusement penser à des médicaments. Ce n’est pourtant pas en pharmacie que l’on trouve ces capsules, mais bien au rayon ménager du grand distributeur, à côté des mixers et des aspirateurs.

Energy, Immun, Detox, Bones, SlimDynamics: dans un anglais universel, la gamme de Medicap annonce la couleur. On promet au client de faire le plein d’énergie, de protéger son système immunitaire, de purifier son corps, de tonifier ses os et, bien sûr, d’affiner son tour de taille. Bienvenue dans le monde merveilleux des compléments alimentaires. «C’est un marché porteur et très rémunérateur, constate Barbara Pfenniger, responsable alimentation à la Fédération romande des consommateurs (FRC). Les gens font de plus en plus attention à leur santé, et ils sont prêts à dépenser pas mal d’argent pour cela.»

Bien plus cher qu’une tisane
Les capsules Medicap, développées en Suisse et fabriquées aux Pays-Bas, coûtent 6,6 fois plus cher qu’une tisane classique aux herbes bio, calcule la FRC. Elles sont compatibles avec le système Nespresso. Mais pour les transformer en boisson chaude (ou froide selon les préférences), on peut aussi simplement dissoudre leur contenu dans de l’eau, lit-on sur l’emballage. «Le fabricant vend quand même une machine spéciale: bonjour le gaspillage», soupire Barbara Pfenniger.

La vente de tels produits nécessite-t-elle une autorisation en Suisse? Non, répond l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV). «Toutes les denrées alimentaires sont en principe commercialisables, si elles ne sont ni dangereuses pour la santé ni trompeuses.» Et là, sans grande surprise, les interprétations divergent.

En allemand dans le texte
Manor indique que sa responsabilité consiste «à veiller à ce que la vente des composants utilisés soit autorisée en Suisse, ce qui est le cas ici». La FRC, elle, signale la présence de dioxide de silicium, «un additif récemment mis en cause par des chercheurs zurichois: il favoriserait une réaction inflammatoire de l’intestin».

Mais ce sont surtout les «allégations de santé» qui, selon Barbara Pfenniger, posent problème. En Suisse comme dans l’Union européenne, «seuls des effets prouvés scientifiquement peuvent être mis en exergue sur les emballages et dans les publicités», souligne-t-elle. Ils doivent être formulés de manière très précise et, dans certains cas, accompagnés d’avertissements clairs.

Qu’en est-il des capsules Medicap? Manor affirme, expertise externe à l’appui, que «seules des allégations correspondant aux principes actifs des produits figurent sur les emballages». Les indications sur les paquets de sept unités s’avèrent en effet correctes, mais elles ne sont rédigées qu’en allemand. Il faut ainsi maîtriser la langue de Goethe pour lire que «les compléments alimentaires ne remplacent pas une alimentation variée et équilibrée, ni un mode de vie sain». Ou encore que le glucomannane – présent dans le «café minceur» – comporte «un risque de suffocation en cas de difficultés de déglutition». Gênant, mais légal: «En Suisse, l’utilisation d’une seule langue nationale suffit pour l’étiquetage, regrette la responsable alimentation de la FRC. Nous recevons d’ailleurs souvent des réclamations à ce sujet.»

Indications trompeuses?
Barbara Pfenniger critique aussi et surtout le marketing de Medicap. En particulier les descriptifs déclinés sur le site Internet de Manor: non seulement les recommandations d’usage et les avertissements requis n’y figurent pas, mais ils fourmillent d’affirmations qu’elle estime trompeuses. Comme «perdre du poids facilement», «ralentir le processus de vieillissement» ou «augmenter efficacement la vitalité».

Manor admet ne pas avoir soumis ces descriptifs – fournis par Medicap – à un organisme externe. «Nous approfondirons ce point dans le cadre de la refonte de notre offre», assure le groupe bâlois. Il dit également vouloir faire réévaluer l’utilisation du nom Medicap sur les emballages vendus – en exclusivité suisse – dans ses magasins.

Quant à savoir si ces compléments alimentaires ont de réels bienfaits, on laissera aux intéressés le soin d’en juger. Sur le plan commercial, Manor parle d’un «certain succès» auprès de sa clientèle. Medicap Nutrition, dont le siège est à Vaduz (Liechtenstein), affirme sur son site avoir écoulé 17 millions de capsules depuis novembre 2016, en Suisse et en Autriche. (TDG)

Créé: 14.07.2017, 21h35

Allégations sous la loupe des cantons

Qu’a-t-on le droit de prétendre au sujet de tel ou tel ingrédient? La législation suisse ne laisse guère de marge de manœuvre. L’ordonnance concernant l’information sur les denrées alimentaires contient une liste rigoureuse des «allégations de santé» autorisées et des conditions d’utilisation. Trois exemples de ce que l’on peut dire des substances présentes dans les capsules Medicap:

La biotine contribue au fonctionnement normal du système nerveux.

La niacine contribue à réduire la fatigue et à des fonctions psychiques normales.

Le glucomannane consommé dans le cadre d’un régime hypocalorique contribue à la perte de poids. Cette allégation ne peut être utilisée que «si le consommateur est informé que l’effet bénéfique est obtenu par la consommation journalière de 3 g de glucomannane en trois doses de 1 g chacune, prises avec un à deux verres d’eau, avant les repas». Ce ne serait pas le cas du «café minceur» de Medicap: la Fédération romande des consommateurs y a mesuré une quantité de glucomannane trop faible.

Il appartient aux laboratoires cantonaux d’évaluer si ces règles sont respectées dans le commerce. En l’espèce, celui de Bâle-Ville, puisque Manor y a son siège. Le chimiste cantonal bâlois, Philipp Hübner, dit ne pas pouvoir prendre position sur des cas concrets, en raison du devoir de confidentialité auquel est soumis le contrôle alimentaire.

Articles en relation

Les Suisses mangent peu équilibré

Alimentation Les Helvètes consomment trop de viande et de produits riches en calories comme les sucreries et les snacks salés. Plus...

Alerte sur les produits amincissants dangereux

Santé Swissmedic rappelle que les produits amincissants de source non contrôlée peuveut être très dangereux pour la santé. Plus...

Nestlé cède les marques Powerbar et Musashi

Compléments alimentaires Le géant alimentaire vaudois a cédé ses marques de nutrition sportive haut de gamme Powerbar et Musashi au groupe américain Post Holdings. Plus...

Attention, les vitamines tuent

Médecine Les comprimés vitaminés pourraient tuer jusqu’à 300 personnes chaque année en Suisse, met en garde un médecin bernois. Plus...

Publicité

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.