L’islam est la nouvelle cible du racisme en Suisse

RapportQuelque 240 cas de discrimination raciale ont été recensés l’an dernier. Noirs et musulmans sont des cibles privilégiées.

En un an, les actes de racisme ou de discrimination à l’égard des musulmans ont bondi en Suisse.

En un an, les actes de racisme ou de discrimination à l’égard des musulmans ont bondi en Suisse. Image: Keystone

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En un an, les actes de racisme ou de discrimination à l’égard des musulmans ont bondi en Suisse. Le Réseau de centres de conseil pour les victimes de racisme, qui œuvre sur 14 cantons (dont Vaud et Genève), a recensé 53 cas, soit 11% de plus qu’en 2014. Au total, 400 incidents ont été signalés, et 239 d’entre eux ont fait l’objet d’une intervention directe et ont été enregistrés dans la statistique.

«Désormais une plainte sur cinq enregistrées dans un centre de conseil concerne des musulmans. On verra d’ici deux ou trois ans si cette tendance persiste», note avec inquiétude David Mühlemann, chef du projet conduit sous l’égide de la Commission fédérale contre le racisme (CFR). Ce boom est bien évidemment en lien avec la migration et surtout les actes terroristes de l’EI.

Les Noirs sont les plus stigmatisés

En attendant, ce sont toujours les Noirs qui sont les plus fréquemment victimes d’actes racistes. L’an dernier, 60 incidents ont été recensés, en baisse de 7%. «La couleur de la peau, les vêtements ou les symboles religieux sont visibles et sont souvent les facteurs qui «déclenchent» des actes racistes ou des propos discriminatoires», précise Giulia Brogini, responsable de la CFR, qui note aussi l’apparition d’une nouvelle forme d’infraction préoccupante: le délit de faciès.

Si les discriminations se retrouvent dans toutes les situations de la vie courante – sur le trottoir, dans les relations de voisinage, auprès des administrations ou des régies immobilières –, le lieu de travail est un endroit particulièrement exposé au racisme (47 incidents signalés). Les agressions verbales, insultes ou accusations mensongères constituent les formes de discrimination les plus fréquentes. A noter que les hommes consultent plus fréquemment que les femmes les centres de conseil. Cette statistique n’est d’ailleurs qu’un reflet partiel de la réalité, précise la CFR. «Beaucoup de cas ne viennent jamais à la surface et ne sont jamais traités, parce que les personnes concernées ont honte ou peur de parler de cela», estime Giulia Brogini.

Si la publication du rapport doit permettre de sensibiliser la population et inciter les victimes à porter plainte, sur le terrain, les centres de conseil cherchent, eux, des solutions concrètes (lire ci-contre). «Il arrive parfois que des malentendus soient à l’origine d’un sentiment de discrimination. Le fait de les expliciter et de les dépasser permet de retrouver un sentiment d’équité partagée», se félicite Martine Brunschwig Graf, présidente de la Commission fédérale contre le racisme. Le recours au tribunal, souvent compliqué, est une solution de dernier recours. (TDG)

Créé: 07.06.2016, 22h41

Que font les centres?

Le «Réseau de centres de conseil pour les victimes du racisme» a vu le jour en 2005 comme projet commun de l’association humanrights.ch et de la Commission fédérale contre le racisme CFR. Les deux organisations décident ensemble de la planification stratégique du projet. La CFR participe au financement. Humanrights.ch est responsable de la direction opérationnelle du projet.

Conseils, sensibilisation, médiation: les centres de conseil pour les victimes du racisme ont toute une palette de moyens pour intervenir au quotidien. Avec plus ou moins de succès. Exemples.

Un service social remis à l’ordre Malmenée lors d’un entretien au service social, une famille érythréenne s’adresse à un centre de conseil. Elle aurait été traitée de parasite et de fainéante par l’assistant social, qui aurait commis une erreur dans le calcul des prestations.
Le centre prend contact avec le directeur du service social et organise une rencontre avec tous les protagonistes. Il ressort que l’assistant social nourrit effectivement des préjugés contre les personnes d’origine africaine. Au terme de deux entretiens, la famille est confiée à un autre assistant social.

Une médiation efficace Une femme se fait insulter dans un parking. «Sale Arabe! Si c’est pour continuer à porter ton voile, tu ferais mieux de retourner dans ton pays», lui lance une passante. La victime dépose une plainte pénale, classée faute de témoins. Elle s’adresse alors à un centre de conseil, qui retrouve l’auteure des insultes et lui demande de s’expliquer. Cette dernière s’en veut et affirme avoir cherché le numéro de téléphone de sa victime pour s’excuser. Elle dit que la vue du voile lui a rappelé les djihadistes et l’a mise en colère. Le centre transmet cette réponse à la victime, qui réfléchit à une éventuelle rencontre avec son agresseuse.
J.MT

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