Kaufmann invite l'UE à modérer son dogme de la libre circulation

RéflexionSpécialiste des questions de mobilité à l'EPFL, Vincent Kaufmann publie un essai sur la libre circulation.

Vincent Kaufmann: «La mobilité défendue par l'UE crée autant de problèmes qu'elle en résoud»

Vincent Kaufmann: «La mobilité défendue par l'UE crée autant de problèmes qu'elle en résoud» Image: Philippe Maeder

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Et si la Suisse était un laboratoire démocratique que l'Union européenne avait tout intérêt à observer? C'est le postulat de Vincent Kaufmann. Avec son confrère espagnol Ander Audikana, le directeur du Laboratoire de sociologie urbaine de l'EPFL a consacré un essai sur la mobilité et la libre circulation en Europe et en Suisse. Avec une conclusion forte: si l'UE ne révise pas ses dogmes, elle risque fort de voir pousser des murs et des barbelés un peu partout.

L'exemple du 9 février

Les deux chercheurs reviennent en détail sur l'acceptation de l'initiative contre l'immigration de masse, acceptée le 9 février 2014. Ils mettent en évidence les dysfonctionnements du dogme européen de la mobilité. Un dogme contre lequel souffle un vent de révolte. Ce «regard suisse» se veut une base de réflexion pour les pays qui souhaiteraient se pencher sur la libre circulation et ses travers.

La mobilité est au coeur du projet européen

«Lorsqu'on se penche sur les textes fondamentaux de l'Union européenne, on remarque que les question de mobilité sont au coeur du projet européen, bien plus que les questions économiques. La mobilité apparaît comme la seule manière d'unifier les Etats-nations, de niveler leurs différences en termes de systèmes politiques et de sécurité sociale», observe Vincent Kaufmann. Mais pour lui, l'UE a formulé l'injonction de bouger, sans évaluer les conséquences de cette hyper mobilité sur le développement régional ou sur la cohabitation entre des populations très différentes.

Mais ses effets sont sous-estimés

Le dumping social a également été ignoré. Ainsi, une entreprise européenne pourrait décrocher un mandat pour planter des arbres dans une petite commune suisse, où elle pratiquera des tarifs imbattables pour les entreprises locales. «On favorise la mobilité sans se demander si c'est juste qu'un tel scénario ait lieu. Ce genre de situations est vécu comme totalement injuste par les populations, mais l'Europe a créé un appareil de droit qui l'ignore. C'est à cause de ce genre de mécanismes que la population européenne se soulève, notamment à travers la montée des populismes», souligne Vincent Kaufmann.

Il faut revoir les fondamentaux

Les auteurs postulent la nécessité d'une politique de mobilité qui tienne compte des identités locales. En cela, la Suisse, et son débat démocratique, peut servir de laboratoire utile à l'UE. «Nous pensons que la manière dont les compromis se créent sur les questions de mobilité et de libre circulation pourraient permettre à l'UE de sortir d'un certain nombre d'impasses. Le but de l'UE ne devrait pas être de créer du flux à tout prix, mais d'assurer une certaine justice spatiale dans les déplacements de personnes.»

Le risque d'une Europe des miradors

Et Vincent Kaufmann d'avertir: «Sans une intervention politique forte de l'UE pour changer la situation actuelle, il y a un fort risque que des murs, des miradors et des barbelés fleurissent un peu partout en Europe... au point de la transformer en gated community.»

Note: Vincent Kaufmann et Ander Audikana, Mobilité et Libre circulation en Europe: un regard suisse, Fondation Jean Monnet, Economica - Les Cahiers rouges, Paris, 2017 (TDG)

Créé: 22.02.2017, 09h54

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