Analyse
Johann Schneider-Ammann, l’inutile ministre de l’Economie
Par Xavier Alonso. Mis à jour le 16.05.2012 3 Commentaires
La formation consternée
Mercredi dernier, Johann Schneider-Ammann proposait Roman Bouteiller pour diriger le Secrétariat d’Etat à la formation. Une toute nouvelle entité qui chapeautera filière académique (universités et écoles polytechniques) et formation professionnelle (apprentissage et HES).
Couac majeur et historique au Conseil fédéral qui refuse la proposition de Johann Schneider-Ammann. Car Roman Boutellier est aussi président du Conseil d’administration de l’ancienne entreprise du ministre.
Consternation quasi-générale parmi les scientifiques, les universitaires, les milieux de l’enseignement professionnel et la classe politique qui voient ce beau projet de mini-département de la formation démarrer de la pire des manières.
Johann Schneider-Ammann, impassible, ne voit toujours pas le problème et réfute les soupçons de conflits d’intérêts et de népotisme.
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Un ministre de l’Economie en Suisse, ça ne sert à rien. Beat Kappeler, l’économiste poil à gratter de la pensée libérale, répète cette formule, de chronique en intervention radio, à l’envi depuis des années. Pour le coup, l’actuel conseiller fédéral en charge de l’économie, l’ex-industriel bernois Johann Schneider-Ammann semble illustrer cette proposition iconoclaste avec une rare pertinence.
Aussi, à la lecture des derniers événements économiques qui ont secoué la Suisse, Johann Schneider-Ammann est un bon ministre: inutile. Lors de l’annonce de la fermeture de Merck-Serono à Genève, il s’est plaint de n’avoir appris la nouvelle que par les médias. Tout au plus a-t-il exprimé sa compréhension à la fois pour les employés licenciés de la firme pharmaceutique, mais aussi pour la direction allemande qui lui a motivé sa stratégie.
«Je ne peux pas la commenter. Je n’ai pas les moyens d’agir sur les décisions opérationnelles de Merck-Serono», s’est-il contenté grosso modo d’exprimer à chacune de ses interventions dans les médias. En guise de riposte, il a néanmoins rappelé qu’un autre géant de la pharma, Novartis, investissait massivement dans une nouvelle usine à Stein, dans le canton d’Argovie. Tout comme Nestlé, qui continue à croître grâce à son café en capsule dont une nouvelle unité de production à plusieurs centaines de millions verra le jour prochainement à Romont.
Mais ni sur le pire, ni sur le meilleur, Johann Schneider-Ammann ne semble avoir de prise et d’influence. A cet aune-là, le ministre de l’Economie semble être réduit au rôle de commentateur des événements. «Le voir à l’œuvre est pathétique!», ose ainsi le président du PDC Christophe Darbellay. «Même un ministre libéral sait où il doit donner des impulsions: la formation est primordiale pour ce pays, tout comme les conditions-cadres pour maintenir l’emploi ou l’agriculture. Il existe tout de même des leviers», souligne le président du PDC.
Fâché avec l’agriculture
Effectivement dans ce secteur agricole pour lequel Johann Schneider-Ammann a avoué plus d’une fois son incompréhension, le ministre a réussi à mécontenter tout le monde. Agriculteurs, écologistes, adeptes du protectionnisme comme ceux de l’ouverture du marché. Pour le coup, devant un tel manque de leadership, c’est le Parlement qui a pris la main et accepté une motion du PDC Christophe Darbellay justement. Celle-ci demande de suspendre les négociations en vue d’un libre-échange agricole jusqu’à la conclusion du Cycle de Doha de l’Organisation mondiale du commerce.
Cette conduite du département de l’Economie en double commande semble désormais la règle. Face à l’apprenti politicien Schneider-Ammann, le Parlement, voire d’autres institutions à l’instar de la BNS, se muent en prof d’auto-école. «C’est toujours mieux que de laisser Johann Schneider-Ammann ne rien faire», explique Christian Levrat, le président du PS.
Ainsi sur le dossier du franc fort, en août 2011, le ministre de l’Economie a attendu que la BNS intervienne pour prendre la parole et saluer cette action qualifiée de «nécessaire». Jusqu’alors le ministre de l’Economie avait brillé par sa passivité et un silence assourdissant!
Le Parlement au volant
Idem pour la libre circulation des personnes. L’un des thèmes politiques majeurs de ces derniers mois. Tout d’abord épinglé pour son pilotage insuffisant des mesures d’accompagnement par la commission de gestion (en octobre 2011), le Conseil fédéral s’est vu imposer un tour de vis contre le dumping salarial et les faux indépendants.
La pression de tous les partis politiques d’abord avait contraint le ministre de l’Economie à sortir son tournevis. Prudent. Mais le message du Conseil fédéral lors de son passage devant les commissions puis le parlement a encore été musclé par la volonté des parlementaires. Dans ces conditions, «un porte-parole suffirait au Département fédéral de l’économie!», ironisent sans joie les plus affûtés des spécialistes de l’économie parmi les parlementaires bernois.
La défiance est de mise
A propos de communication, le ministre bernois s’est d’ailleurs séparé quelques mois après son entrée en fonction du chef de la communication de l’Economie, laissé en héritage par Doris Leuthard, le très habile mais romand Christophe Hans. Un fin renard qui avait réussi à faire traverser la crise à la ministre de l’Economie PDC sans trop d’accrocs et n’était pas étranger à l’excellente année présidentielle de Doris Leuthard.
Détails de communication? Non politique de l’image contrôlée qui nourrit la confiance au sein de la population. Johann Schneider-Ammann lui a préféré Ruedi Christen, un apparatchik des organisations patronales recruté chez Swissmem, la faîtière de l’industrie des machines. On est mieux entre nous, semble dire Johann Schneider-Ammann. Une histoire qui n’est pas sans rappeler le couac copinage du Secrétariat d’Etat à la formation (lire ci-contre).
Une bourde AOC
Force est de constater que Johann Schneider-Ammann multiplie les ratés dans sa communication, des ratés qui alimentent le peu de confiance que le ministre suscite. Il a dû s’y prendre à deux fois pour condamner Emmi dans sa volonté de brader l’AOC du Gruyère aux Etats-Unis. Le Bernois avait commencé par approuver une interview où il montrait toute sa compréhension pour le géant du lait suisse qui voulait «délocaliser» la production du mythique fromage au Pays de l’Oncle Sam.
Le sang des Fribourgeois en particulier, mais plus largement de tous les acteurs de la filière du fromage en Suisse, n’a fait qu’un tour. Ne rien faire est une chose. Mais pousser la résignation jusqu’à approuver en est encore une autre. Face au tollé général, Emmi a finalement renoncé. Pour sûr, Johann Schneider-Ammann n’y est pour rien. (Newsnet)
Créé: 16.05.2012, 10h32
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La rédaction
3 Commentaires
En MM.Johann Schneider-Ammann et Ueli Maurer, le CF n'est pas gâté. Nous non plus! Répondre
Un pur produit des marchandages parlementaires, l'exemple sur pieds d'un produit qui restera dans l'emballage lorsque les membres du CF seront élus au suffrage direct. Au placard! Répondre





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