A Saint-Moritz, la parole de Beat Feuz était d’or: il est champion du monde!

Ski alpin Après Patrick Küng, sacré en 2015 à Vail, c’est le Bernois, 3e dans le Colorado, qui s’est emparé de la couronne devant Guay et Franz.

Beaz Feuz, alors que le destin avait tendance à s’acharner sur lui, n’a jamais renoncé. Et son rêve est devenu réalité.

Beaz Feuz, alors que le destin avait tendance à s’acharner sur lui, n’a jamais renoncé. Et son rêve est devenu réalité. Image: KEYSTONE

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Quand plus tard sa fiancée Katrin lui aura donné de beaux enfants, il pourra leur raconter cette très belle histoire. Celle de cet homme incroyable, obstiné, souvent blessé, qui s’est toujours relevé. Il leur dira qu’à leur âge, il avait aussi préféré skier plutôt que de traire les vaches à la ferme de ses parents; qu’il savait jouer aux cartes avant d’apprendre à lire et écrire. Et qu’il avait répété, alors qu’il se trouvait sur la troisième marche du podium en 2015 dans le Colorado à côté de Patrick Küng, qu’il serait lui aussi champion du monde.

Il narrera ensuite le beau conte de fées qu’il a vécu dans les Grisons. «Qu’il n’y avait pas de mot» pour expliquer ce qu’il avait ressenti. Que ce skieur hors du commun, qu’on appelait «Boule de feu», c’était leur père…

C’est un jour après son 30e anniversaire que le Bernois a su rendre banal l’exceptionnel. Que ce dimanche 12 février, à Saint-Moritz, il y avait même l’immense Roger Federer, dans les tribunes, qui a vibré pour lui. Que tout un peuple attendait ce moment-là. Et qu’ils étaient plus de 40 000 spectateurs à l’avoir ovationné quand il a lancé son ski dans le ciel, comme le faisait Didier Cuche à l’époque.

Les nerfs très solides

Beat Feuz leur dira aussi, à ses enfants, combien ce titre était mérité, que dans la vie, il est important de toujours s’accrocher, qu’il y a toujours cru, alors que le destin avait tendance à s’acharner sur lui. Qu’il était un exemple pour beaucoup de gens. Il leur précisera ensuite qu’après s’être déjà imposé deux fois sur cette Corviglia un an plus tôt, qu’après avoir failli dompter la Streif de Kitzbühel et terminé troisième à Garmisch, il était le grand favori. Que comme la Slovène Ilka Stuhec, il avait eu des nerfs très solides, contrairement à Fabienne Suter dans la descente féminine disputée le matin. Que lui n’avait pas craqué sous la pression.

«J’étais bien conscient qu’on m’attribuait partout ce statut, a-t-il avoué après sa sacrée descente. J’étais un peu stressé et dans un gros état de nervosité. Mais en me levant ce dimanche, j’ai décidé d’éteindre mon portable et j’ai essayé de me couper au maximum de l’extérieur. Cela a fonctionné puisque j’étais plutôt détendu, que j’ai pu attaquer, que mon rêve est devenu réalité.» C’était le jour d’un grand seigneur. Son serviceman, Sepp Kuppelwieser, neuf fois champion du monde avec Kjetil Andre Aamodt, avait la recette pour placer des bombes sous les pieds de son champion.

Il revient de très loin

Un jour, il expliquera également à sa descendance que cette course d’un jour pas comme les autres aurait dû se dérouler le samedi. Et qu’à cause d’un drôle de serpent dans le ciel, il n’avait pas pu escalader les 187 marches pour se rendre au départ. Qu’à cause du brouillard à mi-parcours, on avait enlevé la rampe de lancement où les descendeurs auraient dû connaître le grand frisson. Une chute libre avec une accélération de 0 à 100 km/h en quatre secondes. «J’aurais tellement aimé partir de tout en haut», a-t-il regretté, ce qui n’enlève rien à son exploit. Bien au contraire.

Eternel blessé dans l’équipe de Suisse, il sait qu’il est revenu de très loin. Qu’en 2012, un médecin lui avait parlé de fin de carrière, que le ski de compétition c’était terminé pour lui. «Après un mois à l’hôpital, je n’étais pas loin de le croire», s’est-il souvenu alors que cette saison-là il avait échoué de peu face à Marcel Hirscher dans sa lutte pour le globe du classement général de la Coupe du monde. «Depuis cette infection au genou, je dois me concentrer sur les gros événements. C’est ce que j’ai fait pour ces Mondiaux…»

C’était aussi le but de Patrick Küng, le champion de Beaver Creek, mais il a manqué deux centièmes au Glaronais pour se retrouver dans le tiercé gagnant. «Terminer au 4e rang, aux Mondiaux et en Suisse, ce n’est vraiment pas agréable», a-t-il pesté, déçu à plus d’un titre alors que Beat Feuz était dans les bras de ses parents. Hedi et Hans ne regrettent pas aujourd’hui d’avoir renoncé à refaire leur étable de Schangnau, dans l’Emmental, pour investir cette somme de 250 000 francs dans la carrière de ce fiston qui valait son pesant d’or…

(TDG)

Créé: 13.02.2017, 08h09

Le serpent a failli tout gâcher

Il peut être venimeux, à lunettes, à plumes, à sonnette ou de mer. Incarnation du démon qui tenta Eve au Jardin d’Eden, il a rampé ce week-end dans le ciel de l’Engadine pour voler la vedette aux rois de la vitesse. Samedi, c’est un fleuve de nuages qui a envahi cette vallée des Alpes. Comme ce vieux serpent de mer qui revient périodiquement dans cette région de l’Engadine. Ici on l’appelle le Maloja Snake. Cet étirement en bande de cumulus-stratus s’est allongé de Sils Maria à Silvaplana et jusqu’à Saint-Moritz. Phénomène naturel, le spectacle est surtout impressionnant quand on ne suit pas une course de ski au pied de la Corviglia. Les lourdes volutes du serpent blanc, avec un air humide montant, se sont transformées en brouillard au milieu de la piste, devant ce col qui se situe à 1815 m d’altitude, entre la chaîne de la Bernina et de l’Albula. Samedi, à l’heure de la descente des hommes, il s’est mis en place avec la fiabilité d’une montre suisse, propre à l’Engadine, de 12 h à 14 h 15, l’heure de l’annulation. Les nuages voraces se sont engouffrés dans un bain de vent contraire, comme une respiration sourde filant avec la grâce d’un coton douillet.

Selon des vieux sages de la station, ce n’est pas la faute à ce reptile si les 38 000 spectateurs dont dû revenir ce dimanche. Reste que c’est lui qui a privé Beat Feuz de son titre le jour de son 30e anniversaire. Après avoir avalé la couleuvre, le Bernois, en ce jour du Seigneur, ne pouvait pas lui en vouloir…
C.MA

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