Football
Pourquoi Servette a viré l’estimé Joao Alves
Par Daniel Visentini. Mis à jour le 30.12.2011
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Publié le 29 novembre 2011
Le monde du football professionnel a érigé cette loi en dogme: quand les dirigeants estiment qu’une équipe n’a plus le rendement souhaité ou prévu, l’entraîneur est viré. Un nouveau venu arrive alors et le fameux «choc psychologique» secoue le groupe, donnant un nouvel élan et une pléthore de résultats positifs. En tout cas, dans l’univers de Oui-Oui, c’est forts de ces certitudes-là que les présidents de club actionnent le couperet.
Dimanche soir, tard, c’était au tour des pontes servettiens de s’inscrire dans le mouvement (voir notre édition d’hier). Joao Alves a été sacrifié sur l’autel des vérités fragiles, qui veulent que l’immédiateté d’une défaite l’emporte sur le bilan global. Encore que dans le cas de Servette, il faut se demander si d’autres arguments n’ont pas conduit au limogeage de celui qui a ramené Servette en Super League il y a cinq mois.
Le bilan sportif n’est pas mauvais
L’analyse des résultats sportifs est d’abord de mise. Servette est-il si misérable actuellement, au classement notamment, pour que l’état d’urgence induise les mesures les plus radicales? Pas vraiment. En fait, pour un néo-promu dans l’élite, les Grenat sont plutôt bien classés: septièmes, avec 21?points, à une longueur de la cinquième place. Rien à voir avec Lausanne, l’autre néo-promu, lanterne rouge avec 8 minuscules points. Bien sûr, Servette a connu des hauts et des bas. Les deux derniers matches, en championnat et en Coupe, sont là pour le rappeler: deux défaites 3-0. Mais enfin, avec une équipe guère renforcée après sa promotion, un contingent très jeune qui plus est, Servette pouvait-il espérer mieux? L’objectif de la saison est clairement le maintien. Alves, en tirant le maximum de ses joueurs, composait avec les moyens du bord et tenait bon le cap du maintien.
La guerre entre Alves et Costinha
La guerre larvée qui s’est installée entre Joao Alves et Costinha, le directeur sportif, a sans doute pesé lourd. Arrivé cet été pour occuper un poste vacant, l’ex-joueur de Porto ou Monaco a voulu imposer ses méthodes. Elles se sont heurtées à celles de son compatriote, en place depuis l’automne 2009 avec le succès que l’on sait. A cela s’est ajoutée une ambiance délétère, eu égard à certains couacs de fonctionnement. On pense au départ de Kouassi en sélection olympique de Côte d’Ivoire, alors que Servette aurait pu garder son joueur, le tout au grand dam d’Alves qui perdait là son meilleur élément. Le dernier épisode en date, celui de l’hôtel déniché pour préparer le match de Coupe à Bienne, à des prix défiant toute concurrence: la direction de Servette a décliné l’offre et c’est Bienne qui en a profité. Les Biennois en rigolent encore…
Sans oublier toutes sortes de tracasseries. Le règlement interne que Costinha veut imposer aux joueurs, par exemple, qui liste sur plusieurs pages tous les interdits et qui prévoit des amendes et autres retenues sur salaire pour les contrevenants. Les joueurs ne veulent pas signer ce document, d’ailleurs. Bref, dans ce climat si pesant, rien n’était simple à Servette ces derniers temps et cela ressemble à s’y méprendre à un règlement de comptes.
Quand Pishyar actionne le couperet
Majid Pishyar, le président, a donc tranché dans le vif. Il avait déjà tergiversé très longtemps, juste après la promotion, pour finalement prolonger le contrat de Joao Alves à la veille de la reprise du championnat seulement! Et après lui avoir initialement proposé une baisse de salaire de 50%! En virant l’entraîneur dimanche soir, le président sait ce qu’il perd, pas encore ce qu’il gagne.
L’affaire était-elle déjà entendue depuis un moment? Le fait est qu’entre la notification du licenciement à Alves et l’annonce du nom de son successeur, le tout dans la foulée de l’élimination à Bienne, il s’est passé très peu de temps. Suffisamment peu pour croire que la défaite était le prétexte attendu pour changer d’entraîneur. Après tout, qui veut noyer son chien l’accuse de la rage…
Ce petit jeu est dangereux, car dans le monde du football suisse, tout le monde s’accorde à penser qu’Alves a fait un travail remarquable en dépit des circonstances. Il a déniché Kouassi ou Moubandje, titularisé Rüfli, N’Zay, permis aux Baumann, Vitkieviez, Karanovic et autres d’éclore, et il est allé chercher Yartey ou Roderick à Benfica. Manifestement, et avec une promotion en ce printemps, tout cela n’a pas suffi… (TDG)
Créé: 30.12.2011, 16h08
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