Rétrospective
Gérard Castella: «Servette a mérité sa promotion»
Par Daniel Visentini. Mis à jour le 30.12.2011
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Les veillées du souvenir ne brillent pas toutes du même feu. Dans le rétroviseur de l’année 2011 du football suisse, les foyers allumés sont tantôt joyeux, inespérés, étincelles d’une aventure bruyante; tantôt furieux, incontrôlables, promesses d’une désolation brûlante. Peut-on comparer les aventures de Servette et de Lausanne, néo-promus surprises du printemps, aux trajectoires chaotiques empruntées par Xamax et Sion? Et la joie des Bâlois, extraordinaires bourreaux du grand Manchester United? Et l’équipe de Suisse, éliminée de l’Euro, obligée de s’appuyer sur ses plus jeunes espoirs pour rebondir?
A la veille d’une année 2012 qui apportera bien des réponses aux uns et aux autres, il faut savoir regarder avec du recul tous les chemins, pour mieux revivre et analyser ce qui s’est passé. Et pour mieux «lire» cette année 2011, Gérard Castella n’a pas hésité à se replonger dans les faits. Oh, l’effort n’a pas été immense pour lui: il vit le football, il en est l’un des acteurs romands les plus en vue depuis de nombreuses années déjà. L’homme du dernier titre de champion de Servette? C’est lui. Le premier à s’être retrouvé au chevet d’un Lausanne rétrogradé en ligues inférieures? C’est lui et il a ramené les Vaudois aux portes de la Super League.
Alors forcément, s’il en est un qui était aux anges ce printemps, c’était bien lui. Et c’est avec les promotions «lacustres» qu’il faut commencer le tour d’horizon. «Et avant tout, je rappelle une chose, commence d’emblée Gérard Castella: Servette et Lausanne ont mérité leur place en Super League. C’est sur le terrain qu’ils se sont imposés pour revenir dans l’élite. Bien sûr que je n’aurais pas misé sur une promotion de l’un ou de l’autre quand Lugano et Vaduz caracolaient avec 14 ou 13?points d’avance. Mais ces deux équipes se sont effondrées et le mérite du SFC et du LS, c’est d’avoir su y croire jusqu’au bout. Il aura fallu de la chance, oui. Mais des résultats, surtout!»
Lausanne: joie et réalité
Il ne faut pas l’oublier: si les Vaudois sont la lanterne rouge du championnat, ce sont eux qui ont les premiers décroché leur billet pour la Super League en terminant en tête de Challenge League. «C’était beau à voir, lance Castella. Lausanne fait partie des équipes qui ont marqué le football suisse. Comme Servette, le LS a connu des problèmes à cause de mythomanes, ce n’est pas l’aspect sportif qui était en cause. Alors revoir ce club dans l’élite, cela fait du bien. Maintenant, sa situation actuelle… Disons que Lausanne est mal barré comme on dit. A moins d’un retrait de points pour d’autres équipes, ou pire, le LS est le candidat No 1 à la relégation, il faut être lucide. Les raisons? Un problème dans le recrutement sans doute, plus fait dans la quantité que dans la qualité. Mais c’est aussi une question de moyens financiers à ce niveau… Ce sera dur pour Lausanne.»
Servette: bien parti
Servette, c’est le club de cœur de Castella. Cette passion grenat a trouvé son apothéose le 2 juin?1999 lorsqu’il menait son équipe au titre de champion, le 17e de l’histoire servettienne. Six ans après la faillite, Castella a donc vécu des moments forts le 31 mai?2011, en spectateur cette fois, avec la promotion. «Certains pourront toujours dire qu’il y a trop de clubs romands en Super League. Mais Servette a battu Bellinzone en barrage et ne doit rien à personne. Il faut croire que les grands clubs ne meurent jamais!
Après, il faut souligner une chose: Servette a réalisé une magnifique première moitié de championnat en Super League. Parce qu’il ne faut pas oublier que le seul objectif de cette saison, c’est le maintien, rien d’autre, n’en déplaise à ceux qui ne connaissent pas bien la réalité du football. Ce n’est pas un manque d’ambition. C’est de la lucidité.
Malheureusement, Joao Alves n’est plus là. Mais les joueurs ne doivent pas se réfugier derrière ce licenciement pour justifier un rendement inférieur. Et puis cela s’oublie aussi… Je crois que Servette se maintiendra en Super League cette saison. Mais les Grenat doivent faire attention à être plus réguliers. Parce que derrière, il y a Zurich et Grasshopper qui menacent.»
Xamax et Sion: le chaos
Il faut bien parler aussi des «affaires». Du Xamax de Chagaev qui s’enlise et qui est menacé de faillite. Du Sion de Constantin, dans la tourmente, traqué par la FIFA et la SFL, qui fait même planer le pire pour tout le football suisse, rapport aux sanctions que la FIFA pourrait prendre. Castella est un passionné de foot. Pas de tout cela. «Non, tout cela n’est pas bon pour le football helvétique, soupire-t-il. Bientôt, il faudra avoir un avocat avant d’avoir un entraîneur. Le football mérite mieux que tout cela. Alors je n’entrerai pas dans les détails, c’est trop opaque. Ces affaires ont pourri l’ambiance. J’aimerais simplement qu’en 2012, on en finisse une bonne fois et qu’on revienne au terrain, au jeu. Que le foot reprenne ses droits.»
Bâle: un monde à part
Loin des problèmes, loin devant au classement de la Super League, il y a le FC Bâle. Le champion en titre. L’équipe qui a «osé» éliminer le grand Manchester United de la Ligue des champions. Un autre monde en comparaison du reste de la Suisse? «Bâle a acquis une confiance immense, assure Castella. C’est le fruit d’un travail dans la continuité, avec une philosophie et des jeunes qui sont amenés dans l’élite. On sent un plaisir dans le jeu comme rarement. C’est un foot moderne et collectif. La puissance financière est présente et le public aussi. Etre joueur du FCB, c’est quelque chose à Bâle. Alors oui, il y a un fossé entre Bâle et les autres.»
La Suisse sans Euro 2012
Déjà entamés par un début de campagne totalement raté (défaite au Monténégro), les espoirs suisses de participer à l’Euro?2012 se sont éteints définitivement à l’automne, au Pays de Galles. «Depuis 2004, on s’était habitué à participer à tous les grands rendez-vous, lance Castella. Cette fois, il y avait une fin de cycle. Je regrette tout ce qui a pu être dit sur Alex Frei et Streller: on voit ce qu’ils font à Bâle. Mais bon, il y a maintenant un renouvellement nécessaire qui s’est mis en place. Et on retrouve les jeunes Bâlois: Xhaka, Shaqiri, Sommer, Fabien Frei ou Stocker. Des profils très intéressants, encadrés par des «anciens» qui ne le sont pas. C’est très prometteur pour le futur.» (TDG)
Créé: 30.12.2011, 17h37
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