La nouvelle patinoire se fait attendre

Projet du Trèfle-Blanc Depuis la dernière réunion de septembre entre les autorités politiques et les investisseurs, c’est le calme plat. Le processus de vérification prend plus de temps que prévu. Les raisons.

Le complexe du Trèfle-Blanc, avec une patinoire couverte et un bâtiment qui pourra accueillir des bureaux. C’est là le projet initial.

Le complexe du Trèfle-Blanc, avec une patinoire couverte et un bâtiment qui pourra accueillir des bureaux. C’est là le projet initial. Image: DR

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Mère de toutes les vertus, la patience autorise sans doute tous les espoirs. Il faut donc s’en armer, surtout dans le dossier de la nouvelle patinoire du Trèfle-Blanc. Pour être aux normes fixées par la Swiss Ice Hockey Federation (SIHF) et aussi pour grandir, le Genève-Servette Hockey Club a besoin d’une nouvelle enceinte, plus moderne que les Vernets. Cela tombe bien: des investisseurs (canadiens et allemands pour les principaux, dont les représentants des groupes SAP et BMW) se disent prêts, ils ont déjà rencontré les autorités genevoises, déclarent posséder une surface financière très large et irréprochable. Mieux: ils affirment avoir transmis toutes les données attestant leur sérieux économique.

Tout devrait donc être limpide: avec tant d’assurances, le projet du Trèfle-Blanc, à Lancy, devrait déjà être bien avancé. Sauf que depuis la grande rencontre de septembre 2016 entre les investisseurs et les autorités politiques genevoises, le dossier de la nouvelle patinoire semble stagner. Brisons la glace pour y voir plus clair.

Ceux qui veulent investir dans le projet ne sont pas des mécènes. Ils sont apparemment prêts à apporter une somme considérable, ils ont déjà construit des patinoires à l’étranger et attendent un retour sur investissement. Notamment par l’exploitation du bâtiment prévu à côté de l’enceinte, mais aussi par le biais du Ge/Servette, qui est appelé à dégager des bénéfices. Les autorités ont demandé un audit à Ernst Young pour vérifier la solidité financière des investisseurs. Mais elles se penchent aussi sur le ou les business plans proposés.

Les raisons des lenteurs

Première cause des lenteurs observées: si la réunion de septembre passé devait lancer le dossier et se poursuivre par les opérations légitimes de vérification, l’audit n’a finalement commencé qu’au mois de janvier. Pourquoi ces trois mois de retard? Pour plusieurs raisons.

Il se dit que plusieurs demandes contradictoires, émanant de l’Etat, auraient contribué à retarder les choses (protocole de confidentialité d’abord mis en place, puis plus, puis à nouveau…).

Les mouvements à l’interne du club

Il se murmure également que les mouvements au sein même de la direction du Genève-Servette Hockey Club n’ont pas aidé. Le nouvel homme fort du club est désormais Mike Gillis, la chose est entendue. Mais au début, en septembre 2016, Hugh Quennec était encore présent lors de la grande réunion. Il n’incarne plus le projet depuis, pour le soulagement de plusieurs proches du dossier qui évoquent Quennec en soulignant une personne à la «crédibilité très entamée». Mais cette nouvelle donne, qui intervient pendant le processus, a pu surprendre.

Le cas du financement du projet est évidemment un point clé. Au départ, il était question d’une participation publique, l’Etat versant 15 millions et la Ville 5 millions. Sur un coût total, pour le complexe dans son ensemble, qui avoisinerait les 200 millions, voire les 250 millions. C’est considérable. L’apport de 20 millions d’argent public pose une question: les investisseurs sont-ils dès lors tenus de mettre la construction du complexe au concours? Ce n’est évidemment pas du tout la volonté de ceux-ci, qui ont déjà un architecte et un projet à?l’étude.?Des avis de droit ont été demandés sur le sujet. Mais les investisseurs étudient aussi la possibilité d’un financement 100% privé, qui réglerait la question. Avec en plus une patinoire extérieure.

Enfin, il y a la pérennité des lieux à assurer, autrement dit l’entretien annuel et l’amortissement (lire ci-dessous). Le point est crucial. On parle de deux millions à trouver chaque année. Les autorités ne semblent pour l’instant pas totalement convaincues par ce qui est prévu: exploitation du bâtiment (bureaux, etc.), bénéfice avec Ge/Servette (mince et aléatoire) et location de la glace. Sur ce dernier point, en quittant les Vernets, le GSHC libérera de la glace et, de plus, une petite patinoire est prévue aux Cherpines, autant de «clients» potentiels en moins…

Ce qu’ils en disent

Bref, il y a beaucoup de raisons pour lesquelles le dossier de la nouvelle patinoire demande du temps. Afin de ne froisser aucune susceptibilité, toutes les parties en relation restent terriblement discrètes sur le sujet. Peter Gall, le représentant canadien du groupe d’investisseurs, le dit comme cela: «L’instruction du dossier, notamment l’analyse financière du groupe d’investisseurs par le Conseil d’Etat, se poursuit en étroite collaboration avec les autorités compétentes. Une fois cette analyse terminée, le projet deviendra beaucoup plus concret. Il sera notamment suivi de la présentation du plan d’affaires sur lequel notre équipe travaille depuis la mi-septembre 2016.»

Du côté du Conseil d’Etat, Serge Dal Busco rappelle le sérieux du processus: «Le Conseil d’Etat est très attaché au GSHC. C’est la raison pour laquelle il est exclu de se lancer dans l’aventurisme si toutes les données financières du dossier ne sont pas solidement vérifiées et étayées. Cette analyse financière est actuellement en cours avec un mandataire externe.»

A ce jour, cette analyse financière ne serait pas bouclée. En tout cas, le Conseil d’Etat ne l’a pas encore examinée. Chez les investisseurs, même si l’on comprend les lenteurs d’un minutieux processus de vérification, on imagine qu’un signe positif des autorités avant l’été serait le bienvenu. En attendant, il faut être patient…


Ne pas commettre les mêmes erreurs qu’à la Praille

C’est l’exemple d’un Stade de Genève mal né en 2003 qui invite aujourd’hui les autorités genevoises à la plus grande prudence.

A posteriori, ces derniers mois, des mesures logiques ont été prises pour enfin corriger le tir à la Praille (travaux de finition financés, subvention pour le fonctionnement de la Fondation du stade). Mais pour avoir existé en amont, les soucis aperçus à la Praille sont autant d’écueils qu’il faut éviter au Trèfle-Blanc.

Au stade, le financement était mi-privé, mi-public. Mais pour une enceinte à 30 000 places «homologable» pour l’Euro 2008, les droits de superficie payés par le centre commercial (Jelmoli) ont été immédiatement «mangés» pour compléter le budget de base. Résultat: aucune rente annuelle pour assurer le fonctionnement de la Fondation du stade, tant sur le plan de l’entretien des lieux que de l’amortissement.

Se débarrasser de cette «patate chaude» en transférant cette responsabilité à l’ex-président du Servette FC Majid Pishyar pour… 32 ans n’avait rien arrangé, l’Iranien n’ayant évidemment rien entrepris au stade avant de s’en aller en 2012, laissant au passage le Servette FC exsangue. C’est pour tout cela que des subventions ont été votées il y a quelques mois.

Les autorités veulent maintenant des assurances à plusieurs niveaux concernant le projet du Trèfle-Blanc:

- sur la solidité financière des investisseurs

- sur leur volonté d’accompagner le projet sur la durée

- sur la possibilité de dégager annuellement une somme estimée à deux millions, afin d’être en mesure d’assurer la bonne vie du complexe. On parle là de l’entretien et de l’amortissement. Sur ce plan, il faut qu’une solution viable et durable se dégage clairement.

Après les problèmes qui se sont accumulés durant plus de dix ans à la Praille, on peut comprendre les réserves dont font preuve aujourd’hui les autorités politiques, Canton et Ville compris, dans le dossier du Trèfle-Blanc.

Pas de deuxième Stade de Genève qui nécessiterait des mesures d’urgence plus tard, faute d’avoir tout prévu dès le début: c’est le mot d’ordre et c’est aussi pour cela qu’il faut du temps. D.V. (TDG)

Créé: 16.05.2017, 19h34

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