La prochaine Coupe pourrait bien se gagner à la force du jarret

Voile Team New Zealand mise sur des cyclistes pour faire voler son AC 50 en vue de la 35e Coupe de l’America.

Des cyclistes pédalent sur l’eau, où ils sont alignés dans les flotteurs façon contre-la-montre par équipes, afin de produire de l’énergie.

Des cyclistes pédalent sur l’eau, où ils sont alignés dans les flotteurs façon contre-la-montre par équipes, afin de produire de l’énergie. Image: HAMISH HOOPER / EMIRATES TEAM NEW ZEALAND

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On ne sait plus très bien. Est-ce encore de la voile? De l’aviation? Du cyclisme? Non, vraiment, on ne sait plus très bien. Depuis la fin du mois de février, Team New Zealand a semé le doute en dévoilant son AC 50 dernier cri. Avec son aile géante et ses foils, le catamaran de 15 mètres s’inscrit dans la lignée de ses concurrents. A première vue seulement.

Les Kiwis ont fait sensation en baie d’Auckland lors de leurs premières navigations. En lieu et place des grinders habituels, les observateurs attentifs ont découvert quatre cyclistes alignés, façon contre-la-montre par équipes, sur un flotteur. A un mètre au-dessus de l’eau, les cyclistes moulinent tandis que le bateau file à près de 40 nœuds! Un virement de bord, les quatre «pistards» traversent le trampoline pour sauter sur leur monture côté tribord.

Déjà installés aux Bermudes, où auront lieu les régates de la 35e Coupe de l’America, les autres teams n’ont bien sûr pas manqué d’analyser ce coup technologique tenté par les Néo-Zélandais. Dans les colonnes du Figaro, Ian Burns, directeur de la performance d’Oracle, tentait de calmer le jeu. «Nos études montrent que des marins très entraînés ont des puissances au moulin à café assez comparables avec ce qu’on peut développer avec un pédalier, affirme ce responsable de l’équipe américaine. Je ne pense pas que ces vélos vont radicalement changer la donne.» Selon les Kiwis, le gain en puissance est substantiel. Un marin qui mouline avec les bras développe une puissance de 300 watts. Ce chiffre monterait à 400 lorsque c’est un cycliste qui s’y colle.

Dès le lancement du projet, il y a trois ans, Emirates Team New Zealand a intégré l’idée d’installer des pédaliers pour produire l’énergie permettant de faire fonctionner l’hydraulique du bateau. C’est ainsi que les réglages de l’aile rigide et des appendices sont possibles. C’est un véritable défi qui a été relevé par le design team, avec de nombreux aléas technologiques qu’il a fallu résoudre.

Au-delà de l’aspect technologique, c’est toute la préparation de l’équipe qui a été chamboulée. La composition même de l’équipage a été repensée en fonction de ce paramètre que les Kiwis espèrent décisif. C’est ainsi que le pistard Simon Van Velthooven pourrait bien devenir en juin le premier cycliste vainqueur de la Coupe de l’America. De la piste aux Bermudes, il n’y a qu’un pas que ce Néo-Zélandais a franchi sans souci. On ne sait pas si le multiple médaillé mondial du kilomètre, bronzé aux Jeux de Londres en keirin, souffre du mal de mer. On sait en revanche qu’il envoie du braquet.

Une nouvelle dimension

La 34e édition de la Coupe, à San Francisco, avait marqué un tournant dans l’histoire du plus vieux trophée sportif de l’histoire. Près de quatre ans après les régates disputées au large d’Alcatraz, il se confirme que la voile est clairement entrée dans une nouvelle dimension. «Un pas de plus est franchi, témoigne Pierre-Yves Jorand, trois campagnes de Coupe de l’America – dont deux gagnantes, au sein du Team Alinghi d’Ernesto Bertarelli. Dans l’absolu, les quatre cyclistes n’ont pas besoin de savoir naviguer. On leur demande d’être la tête dans le guidon pour produire de l’énergie.»

A l’époque des Class America – les monocoques des éditions 2003 et 2007 – chaque membre de l’équipage avait davantage qu’un simple rôle à jouer. «On demandait aux grinders d’observer le plan d’eau et les adversaires pour mieux anticiper une manœuvre. Et surtout les gars moulinaient pour border les voiles.»

Fin observateur du monde de la Coupe, Pierre-Yves Jorand estime que l’option choisie par Team New Zealand est a priori la bonne. «Sur un plan technologique, c’est clairement une bonne idée, dit-il. Il est évident qu’on produit davantage de puissance avec les cuisses qu’avec les biceps. D’un point de vue aérodynamique, les cyclistes sont plus efficaces également. Maintenant, ce sera peut-être compliqué de passer d’un flotteur à l’autre, d’un vélo à un autre. Je ne connais pas encore tous les règlements de course de cette édition. Mais l’efficacité de la technologie néo-zélandaise pourrait être réduite si le choix des parcours induit de très nombreux empannages ou virements de bord.»

On peut donc faire confiance à Oracle pour trouver la solution afin de mieux gêner son meilleur ennemi.

(TDG)

Créé: 22.03.2017, 21h07

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