La stérilité masculine sous le feu des projecteurs

SantéThomas Wiesel a osé faire un sketch sur ses problèmes de fertilité lors de son spectacle au Palais de Beaulieu en mai dernier. L’occasion de parler d’un sujet trop souvent tabou.

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«J’ai appris récemment que j’étais stérile. J’ai été choqué et étonné. On m’a donné directement des détails médicaux auxquels je n’étais pas préparé (…): «Monsieur Wiesel, vous souffrez d’oligospermie et de tératospermie.» Donc en gros, je n’ai pas assez de spermatozoïdes et ceux que j’ai sont mal formés! Je l’ai assez mal pris car je me considère comme quelqu’un de plutôt intelligent. J’ai fait des études, j’ai des lunettes et mes têtards sont trop cons pour trouver la porte de sortie!»

C’est en ces termes que Thomas Wiesel a eu l’audace de parler de son infertilité. Son sketch de plus de dix minutes sur ce sujet délicat à fait rire aux éclats les nombreux spectateurs venus au Palais de Beaulieu en mai dernier.

Un sujet souvent tabou

Pourtant, ce sujet est souvent tabou, la stérilité étant souvent – à tort – associée à un manque de virilité. Le sujet est si délicat que Thomas Wiesel ne souhaite pas en parler en dehors de son sketch. «L’infertilité touche 15% des couples qui consultent, explique Laurent Vaucher, médecin responsable de la Consultation d’andrologie et infertilité masculine du CHUV. Dans 30% des cas, elle est liée à des problèmes de qualité du sperme.»

Un nombre de têtards insuffisant, pas assez mobiles ou encore mal formés peut mettre en péril la procréation (voir infographie). Laurent Vaucher relativise: «Un homme avec un spermogramme de mauvaise qualité mais dont la femme a une bonne fertilité peut facilement avoir des enfants sans aide médicale. La concentration de spermatozoïdes dans un millilitre de sperme varie fortement d’un individu à un autre et également chez un même homme au cours du temps. Elle est en moyenne de 50 millions par millilitre. On parle d’infertilité lorsqu’elle passe sous la barre des 15 millions.»

Chercher les spermatozoïdes

Des hommes avec très peu voire pas du tout de têtards dans le sperme, Laurent Vaucher en voit trois ou quatre par semaine à la consultation qu’il dirige. Heureusement, aujourd’hui, la science permet de contourner le problème. «Lorsque il n’y a pas de spermatozoïdes dans le sperme, nous devons aller les chercher ailleurs. Nous précédons donc à une biopsie testiculaire pour en prélever. Cette technique permet d’en retrouver chez la moitié des patients. Reste ensuite à les congeler et à procéder à une fécondation in vitro avec les ovocytes de madame.

Une technique qui aboutit à une grossesse dans 40% des cas, alors que lorsque l’on laisse faire la nature dans un couple fertile, ce pourcentage est deux fois moins élevé.»

Inutile toutefois de procéder à ce type d’intervention, ambulatoire et sous narcose complète, si le sperme présente ne serait-ce que quelques petits millions de nageurs. «Dans ce cas, nous allons les récolter directement dans le sperme après éjaculation. Nous privilégions toujours les approches les moins invasives possibles.»

La composition change au fil du temps

Dans son sketch Thomas Wiesel, qui n’a pas encore le projet de concevoir de petits humoristes à lunettes, affirme qu’il s’est rendu compte que quelque chose n’allait pas en regardant l’aspect de son sperme. Une affirmation farfelue selon Laurent Vaucher car: «95% du volume du sperme est fait de liquide prostatique et de liquide produit pas les vésicules séminales. Par ailleurs, sa composition change au fil du temps, en fonction de ce qu’on mange, ce que l’on boit, du désir, etc. Impossible de voir à l’œil nu si on souffre d’oligospermie.»

Les couples qui tentent de faire un enfant depuis plus de douze mois en ayant des rapports fréquents peuvent se rendre dans un centre médical qui traite les problèmes d’infertilité pour savoir d’où vient le problème. «A noter que dans un tiers des cas, on se trouve face à une infertilité de couple que les techniques actuelles d’investigations ne permettent pas d’expliquer», conclut Laurent Vaucher. En d’autres termes, tout semble bien fonctionner chez monsieur et chez madame, mais la grossesse ne vient pas. (TDG)

Créé: 03.06.2017, 17h54

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Proscrire chaleur, cigarette, drogues et emballages

La chaleur modifie la synthèse de la testostérone. Cette hormone indispensable à la spermatogénèse (la fabrication des spermatozoïdes) est synthétisée à une température optimale de 34 °C. Raison pour laquelle les testicules sont entourés d’eau et ne sont pas collés au reste du corps. Pantalons trop serrés portés en permanence, cyclisme pratiqué à outrance (ce qui comprime les nerfs et altère la fonction érectile) ou métiers où le corps reste de longues heures près d’une source de chaleur mettent à mal la spermatogénèse.

En revanche, vingt minutes dans un jacuzzi de temps en temps ne devraient pas avoir d’impact sur la fertilité. Autres facteurs délétères pour les têtards de monsieur: la cigarette et les drogues. Laurent Vaucher explique: «Le cycle complet de création des spermatozoïdes dure 72 jours. Arrêter de fumer aujourd’hui n’aura un impact que passé ce laps de temps.»

En 1992, une étude anglaise et danoise a mis en évidence une baisse de qualité du sperme entre 1940 et 1990. Une tendance qui semble se confirmer et qui serait due aux perturbateurs endocriniens. Ces additifs présents dans les emballages alimentaires agissent comme des œstrogènes.

«Un adulte qui mange un repas chauffé au micro-ondes dans un tel emballage ne risque pas grand-chose. En revanche, un petit enfant dont les récepteurs hormonaux sont très actifs ou un fœtus dont la mère ingurgite ce type de substance pourrait, plus tard, avoir des problèmes de fertilité.»

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