Fin de campagne en surchauffe énergétique

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La Suisse est décidément un pays d’ingénieurs. Alors qu’en France on descend par millions dans la rue pour des sujets de société, comme le mariage pour tous ou l’éducation nationale, ici rien ne nous enflamme plus qu’un bon gros débat technique, bourré de chiffres, de courbes et d’abréviations obscures. Souvenez-vous des avions de combat: pas un dîner de famille où l’on ne s’étripait sur les avantages respectifs du Gripen et de l’Eurofighter, à grands coups de considérations stratégiques, militaires aussi bien que techniques. A croire que l’on travaillait tous dans l’industrie aéronautique.

Et que dire de l’inauguration du tunnel ferroviaire du Gothard. Le couper de ruban a semblé réveiller dans l’imaginaire collectif le souvenir lumineux d’ancêtres morts dans la construction des grands tunnels. Que d’enthousiasme derrière les données techniques de cette traversée alpine certes spectaculaire. Comme si derrière chaque Helvète se cachait un petit garçon fasciné par les trax et les fraiseuses à béton.

Pourtant, tout cela n’était rien en comparaison des débats qui entourent la Stratégie énergétique 2050. Pas un ingénieur – diplômé ou autoproclamé – qui ne nous envoie un courrier de lecteurs des plus détaillés. Les mérites des diverses sources d’énergie sont minutieusement passés en revue. On sait désormais tout de la consommation horaire d’électricité à travers l’Europe, de la Grèce à la Pologne en passant par les pays baltes. Oublié le patient chemin tracé au parlement pour préparer la Suisse à l’inéluctable fermeture de ses centrales nucléaires. La guerre des gigawattheures bat son plein, dans le vacarme assourdissant des pales d’éoliennes prêtes à découper en rondelles nos derniers passereaux.

Les débats actuels sont à des années-lumière de l’union sacrée autour du traumatisme de Fukushima. Aux yeux de bien des Suisses, sortir de l’atome n’est pas un pari sur l’avenir ou une vision de société. Le débat est solidement lesté au ras des pâquerettes et obscurci par autant d’études contradictoires que partisans et opposants se jettent à la figure.

En cette fin de campagne survoltée, le citoyen qui n’aura pas biberonné dès le berceau à la science énergétique peut raisonnablement douter de tout. Faut-il s’attendre à une explosion de la facture d’électricité des ménages? Ou s’en tiendra-t-on aux prudents 40 francs promis par le Conseil fédéral? La surproduction électrique actuelle est-elle durable ou passagère? Les subventions étatiques vont-elles booster la transition énergétique, ou sont-elles au contraire le meilleur moyen de jeter l’argent par les fenêtres? Las, il faudra bien se décider. Sans être sûr d’avoir compris quoi que ce soit aux enjeux.

S’il est un fossé qui coupera la Suisse en deux, dimanche prochain, c’est celui qui séparera ceux qui savent, ceux qui croient savoir, et ceux qui ont fait confiance.

(TDG)

Créé: 19.05.2017, 11h29

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