Quand YouTube ramène sa science

Vie numériqueLes chaînes de vulgarisation se multiplient sur la plate-forme de vidéos. Un concept à la mode.

Créée par Bruce Benamran, un ingénieur logiciel, la chaîne e-penser cumule 800 000 fans.

Créée par Bruce Benamran, un ingénieur logiciel, la chaîne e-penser cumule 800 000 fans. Image: DR

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Fred et Jamy ont pris un sacré coup de vieux. Sur YouTube, les chaînes de vulgarisation scientifique francophones se multiplient, transformant l’émission historique de France 3 C’est pas sorcier en vénérable fossile. «Longtemps, la plate-forme de vidéos en ligne a surtout donné à voir des apprentis humoristes, des chats amusants ou des tutos sur comment faire un nœud de cravate, rappelle Olivier Glassey, sociologue à l’Université de Lausanne (UNIL) et spécialiste des nouveaux médias. Ce qui est intéressant, c’est que nous voyons désormais ce type de format s’ouvrir à des sujets complexes, comme la science, qui passionne une audience de plus en plus large.» La chaîne du Dr Nozman, par exemple, affiche ainsi 1,5 million d’abonnés – un chiffre à comparer aux 9 millions de l’humoriste Norman. Et elle n’est pas la seule à avoir du succès: Micmaths compte 230 000 fans, Dirty Biology 463 000, Nota Bene 480 000 et e-penser 800 000. Au total, la plate-forme de vidéos en ligne agrège actuellement une petite centaine de chaînes francophones dédiées aux sciences (voir les meilleures ci-dessous).

De l’humour avant tout

Mais qui sont ces youtubeurs qui vulgarisent en vidéo? «Il y a de tout, répond Olivier Glassey. Certains sont des chercheurs ou des étudiants, quand d’autres ne possèdent aucun bagage scientifique.» Florence Porcel, qui décrypte l’actualité des sciences de l’univers et du spatial, fait partie de cette dernière catégorie: «J’ai lancé ma chaîne en 2012 parce qu’en tant que spectatrice, j’étais frustrée. Je ne trouvais pas à la télévision les émissions que je souhaitais voir. Alors j’ai décidé de les réaliser moi-même, raconte la jeune femme. Pour autant, si je suis passionnée par la science depuis mon enfance, j’ai suivi un cursus littéraire. Au regard de mes études, je ne suis donc pas forcément la plus légitime pour parler de l’univers.»

Pour autant, pas question de sacrifier l’exactitude: «Je ne balance jamais une vidéo sans l’avoir au préalable montrée à un spécialiste du domaine, pour être sûre d’éviter les erreurs factuelles», précise Florence Porcel. La quarantaine et le bouc grisonnant, Julien Ménielle, lui, possède un profil plus en phase avec son propos. Infirmier pendant dix ans, puis journaliste pour 20 minutes pendant huit ans, il a lancé la chaîne Dans ton corps , DTC pour les intimes, en avril 2016: «Ma carrière à l’hôpital me confère une certaine légitimité pour parler de santé. Mais si j’accepte le terme de vulgarisateur, je me vois davantage comme un sensibilisateur. J’essaie d’éveiller la curiosité des gens, mais après, s’ils souhaitent en savoir plus, ils doivent chercher par eux-mêmes. La promesse de DTC c’est: vous allez rire et, en plus, apprendre deux ou trois choses intéressantes.»

Les universités s’y mettent

Comme c’est la règle sur YouTube, l’humour reste souvent au centre des vidéos scientifiques. «Il existe une sorte de recette pour les vidéos qui fonctionnent sur ces plates-formes, explique Olivier Glassey. Elles doivent être relativement courtes, généralement moins de cinq minutes, et drôles.» Parler face caméra, à l’image des humoristes Norman et Cyprien, est aussi devenu une norme répliquée à l’infini – même dans les sciences. «Ce qui est amusant, note Olivier Glassey, c’est que ce format très balisé est en passe de devenir une matrice pour imaginer la communication et la vulgarisation de demain. Certaines universités commencent à proposer ce type de vidéos pour expliquer leurs recherches.» Vénérable institution fondée en 1530, le Collège de France, par exemple, possède sa propre chaîne YouTube, qui diffuse des vidéos répondant à ces codes – l’humour en moins.

«Les médias traditionnels s’intéressent également à ce phénomène car YouTube permet de fidéliser une grande communauté, ce que la presse écrite ne parvient plus à faire», souligne Olivier Glassey. Florence Porcel, dont la chaîne compte près de 50 000 fans, se voit comme le «chaînon manquant» de la vulgarisation: «A l’école, beaucoup de personnes n’ont pas aimé les sciences et lorsqu’elles s’y intéressent plus tard par le biais des médias, elles trouvent cela trop ardu. Avec mes vidéos, je leur montre que, sans être spécialiste, on peut comprendre plein de choses.» Etonnamment, la plupart de ces chaînes s’avèrent de qualité, même «s’il y a à boire et à manger, note Olivier Glassey. Pour le public, la difficulté est de s’y retrouver parmi une foule de vidéos aux contenus inégaux.» (TDG)

Créé: 03.06.2017, 17h18

Six chaînes YouTube qui rendent (encore) plus intelligent

La plus regardée : Dr Nozman

Cumulant plus de 100 millions de vues, pour 1,5 million d’abonnés, la chaîne du Dr Nozman est sans conteste l’une des plus regardées, du moins dans le domaine scientifique. Au menu: des expériences scientifiques (sur le liquide magnétique), des objets insolites (le hand spinner) ou encore des ateliers bricolage (fabriquer de la pâte à modeler magnétique). Le tout est traité avec beaucoup d’humour. (Image: DR)

La plus éclectique : E-penser

Vous vous demandez pourquoi les astronautes flottent dans la Station spatiale internationale ou pourquoi les feux rouges sont rouges? La réponse se trouve dans les vidéos d’e-penser. Créée par Bruce Benamran, un ingénieur, cette chaîne aborde toutes les thématiques en profondeur, avec des vidéos pouvant durer jusqu’à trente minutes. Un format inhabituellement long qui a déjà séduit 860 000 fans. (Image: DR)

La plus spatiale : Florence Porcel

«De l’humour et du rêve.» Voilà ce que tente d’apporter Florence Porcel. La jeune femme décrypte en vidéo les sciences de l’univers et le domaine spatial. La tête dans les étoiles, donc, mais avec une bonne pincée de rire et une grosse dose de culture. Au menu: «Mars et les Martiens», «Comment vivent les astronautes dans l’ISS» ou encore «Les ondes gravitationnelles». (Image: DR)

La plus malade : Dans ton corps (DTC)

Dans ton corps, c’est Julien Ménielle, ancien journaliste, ancien infirmier, qui répond à toutes les questions de santé que vous vous posez (ou pas d’ailleurs). Toujours drôle, même sur les sujets les plus sérieux (vivre avec un handicap), Julien revendique sa proximité, dans la forme, avec des humoristes comme Cyprien. Sur le fond, les propos s’avèrent précis et bien documentés. (Image: DR)

La plus sérieuse : Science étonnante

«Je me définis comme un Wikipédia pédagogique.» Docteur en physique fondamentale, David Louapre parle de toutes les sciences dans ses vidéos. Et, chose étonnante sur YouTube, sans forcément faire d’humour. Et le résultat est parfois brillant, comme son sujet sur la théorie des jeux. «Je m’adresse à des gens qui ont un niveau lycée en matière de sciences. Après, je les emmène le plus haut possible.» (Image: DR)

La plus pro : Data Gueule

Des chiffres, des infographies et une voix off (toujours la même) pour expliquer des sujets de société comme la démocratie, la financiarisation de l’économie ou encore la vodka en Russie. Data Gueule est sans conteste l’une des meilleures chaînes YouTube pour apprendre. Si le ton est volontiers mordant, le résultat est très pro. Normal quand on sait que ces vidéos sont aussi diffusées sur France 4. (Image: DR)

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