Le Human Brain Project menacé par le coup de froid avec l'UE

ScienceLe monde académique s’inquiète d’une mise à l’écart du nouveau programme-cadre européen qui englobe une partie du Human Brain Project. L’accord n’est pas signé et paraît compromis.

Le financement futur du Human Brain Project serait menacé par la remise en cause des accords bilatéraux.

Le financement futur du Human Brain Project serait menacé par la remise en cause des accords bilatéraux. Image: Keystone

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«Je considère que c’est fichu. L’EPFL va baisser, ils l’auront voulu.» C’est un professeur honoraire de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne qui parle. Le conseiller national Jacques Neirynck (PDC/VD) est inquiet et amer. Car recherche et formation suisses sont étroitement liées aux programmes européens, qui paraissent les plus friables suite à l’acceptation, hier, de l’initiative «Contre l’immigration de masse». «Il y a une réelle et profonde inquiétude de toutes les universités suisses en ce moment. Mais nous ne voulons pas sombrer dans l’alarmisme», confirme un expert du milieu académique qui tient à garder l’anonymat.

Human Brain Project concerné

Concrètement, un nouveau programme-cadre de recherche européen, le 8e, vient de s’ouvrir. Il se nomme Horizon 2020, il est doté d’environ 98 milliards de francs, dont 4,4 milliards promis par la Suisse. L’appel aux candidatures a été lancé le mois dernier à Berne. Le grand projet de l’EPFL, Human Brain Project, qui doit s’installer dans les anciens locaux de Merck Serono à Genève, est concerné. Devisé à 1 milliard d’euros, il a certes débuté sous les auspices du 7e programme européen de recherche. Mais sa poursuite – et les crédits qui y sont liés – est prévue dans le cadre d’Horizon 2020.

Le hic, c’est que la participation suisse à ce programme n’a pas encore été conclue. L’accord devait être signé ces prochains mois avec effet rétroactif au 1er janvier. Peut-il encore être ratifié? «L’objectif de la Suisse reste de faire partie intégrante de ces programmes», a laconiquement déclaré le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann hier, tandis que le secrétaire d’Etat Mauro Dell’Ambrogio était à Luxembourg pour négocier.

L’UE prête au gel

L’Union européenne ne semble pas l’entendre de cette oreille. Elle n’hésite pas à mettre sous pression l’accord Horizon 2020, comme Erasmus +, un programme en cours de négociation, qui doit permettre aux jeunes Suisses de continuer d’aller étudier en Europe. Selon un haut diplomate européen, si la Suisse devait suspendre l’extension de la libre circulation à la Croatie, l’UE ferait de même avec les négociations sur la participation suisse à ces deux programmes de recherche. «Il y a un lien entre ces accords et la libre circulation», estime ce haut diplomate cité hier par l’ATS.

L’Administration fédérale est gagnée par l’incertitude. Mais elle veut encore y croire. «Nous aimerions que tout continue comme avant. Mais nous devons aussi respecter la votation. De manière générale, la marge de manœuvre était étroite avant, elle l’est encore plus», indique une source diplomatique.

La planche de salut, en termes de recherche, pourrait toutefois venir des pays qui travaillent avec la Suisse et profite de son savoir-faire reconnu mondialement. «Dans Human Brain Project par exemple, l’Allemagne est le pays qui reçoit le plus de subventions, tandis que la Suisse est celui qui amène le plus gros financement au prorata de sa population», note une source académique.

Au niveau politique, le conseiller national Jacques Neirynck relaiera son inquiétude ce matin, lors d’un débat spécial en commission. «En matière de recherche comme ailleurs, il y a une concurrence effrénée. Ce vote deviendrait un excellent prétexte pour tenir la Suisse à l’écart. D’autant plus qu’à l’époque des contingents, à l’EPFL, dès que nous avions besoin de chercheurs étrangers, c’était impossible», affirme-t-il. Le professeur ne se fait toutefois pas beaucoup d’illusions. «Le lobby de la recherche et de l’enseignement est faible au parlement par rapport à la pharma ou d’autres branches. Lorsqu’il y aura des quotas, Nestlé sera servi bien avant les universités», conclut le Vaudois. (TDG)

(Créé: 11.02.2014, 12h20)

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Les autres dégâts collatéraux

Outre la recherche et la formation, d’autres accords sectoriels, en cours de négociation, sont directement touchés par le résultat du vote de dimanche.

La rénovation de la voie bilatérale, autrement dit un accord institutionnel, est-il encore possible? Bruxelles souffle le chaud et le froid depuis hier. Le terrain ne serait pas favorable, mais le mandat de négociation pourrait tout de même être délivré cette semaine, selon différentes sources européennes. Incertitude, encore et toujours, par rapport au programme Media, qui concerne le cinéma.

La situation paraît en revanche plus claire sur les questions fiscales. L’accès aux marchés financiers européens, réglé par une directive et non un accord bilatéral, n’est que peu sous pression. Tout comme la réforme fiscale des entreprises III, qui est aussi un thème multilatéral.

La Suisse devrait donc éviter le pilori. L’échange automatique d’information se négocie davantage au niveau de l’OCDE qu’au seul niveau européen. Reste deux domaines dans lesquels la Suisse peut s’attendre à un dialogue plus difficile suite au vote de dimanche: la régularisation des avoirs au noir. «Les Européens pourraient se passer le mot pour durcir le dialogue», indique un connaisseur du dossier. Les débats sur l’imposition des frontaliers s’annoncent aussi plus nerveux.

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