Les premiers spermatozoïdes in vitro arrivent

SciencesUne start-up lyonnaise vient de mettre au point un procédé qui viendra peut-être un jour à bout de l’infertilité masculine.

Il faut vérifier, en premier lieu chez l’animal, que les spermatozoïdes obtenus en laboratoire sont capables d’être fécondants et peuvent donner naissance à des rongeurs viables et normaux.

Il faut vérifier, en premier lieu chez l’animal, que les spermatozoïdes obtenus en laboratoire sont capables d’être fécondants et peuvent donner naissance à des rongeurs viables et normaux. Image: Corbis

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Une «première mondiale», une «prouesse technique», rien que ça. La start-up lyonnaise Kallistem vient d’annoncer en fanfare la toute première spermatogénèse humaine in vitro jamais réalisée. Autrement dit, l’équipe affirme être parvenue à créer des spermatozoïdes flambant neufs, hors du corps, à partir de cellules dites «immatures».

L’enjeu est de taille: cette avancée médicale pourrait permettre à certains hommes infertiles de ne plus être obligés de recourir à un don de sperme pour concevoir un enfant. Ils ne sont pas les seuls concernés. Les jeunes garçons prépubères soumis à un traitement stérilisant, certaines chimiothérapies par exemple, pourraient enfin devenir parents une fois adultes.

Kallistem n’en est pas à son premier buzz. Au mois de mai, les chercheurs Philippe Durand, directeur de Kallistem, et Marie-Hélène Perrard avaient osé la même annonce, un poil trop prématurée, dans l’espoir de lever des fonds.

Jeudi, sous l’égide du CNRS, ils ont rendu publiques quelques précisions sur la technologie utilisée: un dispositif de culture inédit, nommé Artistem, permettant de conserver la structure du tube séminifère – c’est-à-dire la zone du testicule où se déroule la spermatogénèse – et de maintenir les échanges entre les cellules reproductrices et les cellules nourricières, jusqu’à produire des spermatozoïdes.

Un tiers des hommes stériles concernés

«Cela représente un espoir formidable pour des patients auxquels nous n’avions pour le moment pas de solution à proposer», se réjouit le professeur Hervé Lejeune, directeur de l’Unité d’andrologie du Service de médecine de la reproduction à l’Hôpital universitaire de Lyon et membre du conseil scientifique de Kallistem. «Il existe deux catégories d’hommes stériles: ceux qui ne produisent pas assez de spermatozoïdes – ces derniers sont dirigés vers la fécondation in vitro – et ceux qui n’en produisent pas du tout. Parfois, il ne s’agit que d’une obstruction, et dans la majorité des cas, on arrive quand même à en dénicher quelques-uns avec une biopsie testiculaire. Mais environ un tiers des azoosmermiques ne possèdent que des cellules germinales immatures et sont forcés de faire appel à un donneur pour concevoir un enfant. Ce sont ceux-là qui seraient principalement concernés par cette découverte», précise le spécialiste de l’infertilité masculine.

Une grande prudence

Après publication dans une revue scientifique internationale et si les essais cliniques s’avéraient concluants, ces travaux pourraient permettre à près de 120 000 hommes adultes à travers le monde de transmettre leur propre patrimoine génétique. Mais avant que les banques de sperme ne mettent la clef sous la porte, la route est encore longue. «Nous espérons commencer les essais cliniques d’ici deux à cinq ans, souffle Hervé Lejeune. Le brevet a été déposé en juin et les travaux?précliniques sont en cours. Nous attendons le feu vert des autorités régulatrices, mais il faudra lever des fonds et ajouter quelques années de mise au point avant que cela ne fonctionne.»

L’une des craintes? Que cette thérapie cellulaire n’abîme le matériel génétique. Car si les spermatozoïdes produits in vitro ressemblent à leurs congénères, rien ne permet d’affirmer que les gènes s’expriment correctement et que la descendance s’avérera normale. Pour le moment, Isabelle Streuli, responsable de l’Unité de médecine de la reproduction et d’endocrinologie gynécologique des Hôpitaux universitaires de Genève, préfère donc rester prudente: «Naturellement, si ces résultats se confirmaient, ce serait une grande avancée, mais j’attends que ces travaux soient soumis à des pairs. La spermatogenèse est une procédure complexe, qui se déroule en plusieurs étapes, et nous sommes encore loin d’une application clinique. On ignore si ces spermatozoïdes ont une capacité fécondante. Sans oublier que l’objectif principal reste que la grossesse se déroule normalement et que l’enfant à naître soit en parfaite santé.» En attendant, les hôpitaux devront continuer à faire appel à des donneurs de sperme, même si ces derniers se font de plus en plus rares.


Un espoir pour les jeunes garçons cancéreux

«Je ne suis pas étonnée, ces dernières années il y a déjà eu des travaux encourageants réalisés sur des animaux. Mais si elle était confirmée, ce serait une excellente nouvelle pour mes jeunes patients. En plus c’est à Lyon, juste à côté!» s’enthousiasme Fabienne Gumy-Pause, médecin adjoint agrégé de l’Unité d’onco-hématologie pédiatrique des Hôpitaux universitaires de Genève. Elle a de quoi se réjouir: l’annonce de cette avancée médicale tombe pile au moment où le protocole de recherche intercantonal dont elle est responsable vient d’être accepté par le comité d’éthique.

Il s’agit d’un pari sur l’avenir: préserver la fertilité des très jeunes garçons en congelant des tissus testiculaires avant qu’ils ne subissent un traitement gonadotoxique. «Pour simplifier, nous conservons ces tissus et donc les cellules immatures qu’ils contiennent dans l’espoir que plus tard, un jour, une technologie médicale permette de les utiliser pour créer des spermatozoïdes. Ce qui donnerait la possibilité à ces patients, une fois devenus adultes, d’avoir des enfants par fécondation in vitro», précise la chercheuse. Le programme n’en est qu’à ses débuts puisque la première congélation a eu lieu en mai. Les prélèvements issus de trois autres jeunes patients devraient rejoindre le laboratoire dans les mêmes conditions d’ici peu.

Cette intervention n’est pas proposée à tous les patients devant subir une chimiothérapie «Deux groupes multidisciplinaires, entre les HUG et le CHUV, évaluent au cas par cas le risque de stérilité face à une chimiothérapie à venir. Les traitements sur la moelle osseuse par exemple provoquent une infertilité chez 80% des sujets, donc nous discutons avec nos jeunes patients et leurs parents de l’opportunité d’effectuer une biopsie «pour plus tard». Mais malheureusement, ce n’est pas pris en charge par l’assurance-maladie, il va falloir trouver des financements.» Qu’en est-il des filles? Un protocole similaire existe depuis 2006 pour congeler des tissus ovariens. Et Fabienne Gumy Pause espère que bientôt une technique permettra la maturation d’ovocytes in vitro . Ces ovules «de laboratoire» pourront alors être réimplantés chez ces femmes devenues adultes et leur permettre de devenir maman. C.D.

(TDG)

Créé: 18.09.2015, 19h30

La spermatogénèse, un processus complexe

Jusqu’à l’annonce de Kallistem, il était impossible de reproduire une spermatogénèse hors du corps.
De quoi s'agit-il? En temps normal, tout se déroule bien au chaud dans les testicules et débute avec les spermatogonies. Ces cellules germinales de base constituent le premier stade cellulaire de la spermatogenèse et restent inactives jusqu’à la puberté. A ce moment-là, elles sont en contact avec la membrane basale du tube séminifère et, à grands coups de divisions cellulaires successives, elles initient la différenciation en spermatozoïdes. Un processus long, qui prend 72 jours chez l’homme pubère, contre 34 chez l'ami souris. Jusqu’à l’annonce de la société de biotechnologie lyonnaise, les chercheurs n’avaient réussi à obtenir que des gamètes incomplets, de forme anormale. Selon les rares informations mises à disposition par l’entreprise – aucune étude scientifique avec des résultats détaillés n’a encore été publiée – c’est un bioréacteur qui a permis de réaliser cette maturation. Le dispositif Artistem est un tube en polymère flexible d’un centimètre de diamètre environ, rempli d’un hydrogel à base d’eau et de chitosane — une substance obtenue à partir de la chitine, principal constituant de la carapace des crustacés. L’équipe y a inséré les fameux tubes séminifères, bien serrés les uns contre les autres, comme dans le confort d’un testicule. C.D.

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