Médecins déprimés devant les caméras

DocumentaireLa financiarisation des hôpitaux durcit les conditions de travail. Exemple à Paris avec le cinéaste Jérôme Le Maire.

Le film du réalisateur franco-belge Jérôme Le Maire, soutenu par la télévision suisse, sort dans les salles de Suisse romande cet été.

Le film du réalisateur franco-belge Jérôme Le Maire, soutenu par la télévision suisse, sort dans les salles de Suisse romande cet été. Image: DR

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Hôpital Saint-Louis, l’un des plus importants de Paris. Difficile de préciser l’heure, du jour ou de la nuit, il n’y a quasiment pas de fenêtres, juste la lumière des néons. Le matériel semble bon, les chirurgiens utilisent des pinces connectées à des écrans. Les normes d’hygiène paraissent respectées, les salles d’opération sont nettoyées entre chaque intervention. Et pourtant, on n’a guère envie de s’y faire soigner.

Pas en tout cas après avoir vu Burning out - Dans le ventre de l’hôpital, un long-métrage documentaire de Jérôme Le Maire coproduit avec la télévision suisse. Le réalisateur belge y décrit une ambiance de travail considérablement effritée. Des aides-soignants aux chirurgiens en passant par les administrateurs, tous semblent au bord de la rupture. Plus du tout inspirés par leur travail. Jérôme Le Maire, qui se balade avec sa caméra à travers les blocs opératoires, ne fait aucun commentaire: il laisse la parole au personnel, sans lésiner sur les gros plans. Quasiment tous les visages sont marqués.

«Je ne travaille plus par passion. Je suis dans un système qui est devenu fou», indique un médecin. «Le sens de notre travail, il est éclaté», confie un collègue. «On n’a pas le temps de s’organiser avec les cadres, de se parler. Chacun est dans son coin, dans sa souffrance, parfois ça pète.»

Des paroles et des images qui laissent entrevoir un «dysfonctionnement organisationnel» – les mots d’une anesthésiste – qui dégrade l’ambiance. Des scènes de tension laissent la place à des pleurs ou à des rires nerveux. Les journées sont longues, les visages fatigués, le métier désenchanté. La spirale négative: l’optimisation poussée par la direction engendre des départs, des arrêts de travail, des absences qui pèsent sur les collègues. «Avec l’organisation qu’on a, on fait notre travail à moitié car on ne fait plus d’enseignement, indique un chirurgien. Ça va retomber sur l’hôpital.»

Pour améliorer la situation, des cadres ont lancé un audit externe qui semble ne rien donner. Les impératifs financiers paraissent être la cause de tous les maux: pour tourner, l’établissement doit remplir ses salles au maximum, quitte à les surcharger, au détriment des conditions de travail. Vers la fin du documentaire, le personnel fait grève pour éviter les burn-out, lit-on sur une blouse. Un médecin débordé qui avait pris un congé sabbatique de six mois pour souffler revient et indique qu’à ses yeux rien ne semble avoir changé durant son absence. Comme s’il n’y avait pas de solution.

Jérôme Le Maire dénonce-t-il une situation caractéristique des hôpitaux en France, voire en Suisse? Il ne le dit pas dans le film. Et il n’était pas disponible pour commenter cet article. Le film, primé au festival Visions du Réel, à Nyon, sort dans les salles de cinéma romandes cet été. (TDG)

Créé: 12.06.2017, 09h44

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