Comment détecter le burn-out

Santé au travailL’Institut de médecine du travail en Suisse romande développe une méthode basée sur la fréquence cardiaque.

L’épuisement professionnel est un mal sournois pas toujours facile à détecter.

L’épuisement professionnel est un mal sournois pas toujours facile à détecter. Image: MAXPPP

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L’épuisement au travail est devenu l’ennemi public numéro un. Des études réalisées en Suisse montrent que le stress est en hausse permanente (lire ci-contre). Lorsqu’il devient pathologique, c’est le burn-out. «Ce phénomène est perfide: ses conséquences sur la santé ne sont visibles que tardivement, s’inquiète Patrik Hunziker, directeur de l’Institut de médecine du travail en Suisse romande (Ifa). Une personne peut vivre durant des années dans une tension extrême sans le réaliser… Et un jour, elle passe à la caisse.»


Le casse-tête du diagnostic

Certes, mais comment prévenir ce mal du siècle et le diagnostiquer avant l’épuisement total? Pour les spécialistes, c’est un casse-tête. Traditionnellement, ils soumettent les actifs à des questionnaires d’auto­évaluation. Mais beaucoup (se) cachent la vérité et amenuisent leurs risques. Pour dépasser cette difficulté, l’Institut de médecine du travail (Ifa) s’est tourné vers une technique avant-gardiste développée en Autriche: la mesure de la variabilité de la fréquence cardiaque. Enregistrées durant vingt-quatre heures, vos constantes permettent de déterminer si le stress est déjà un problème.


Mesurer votre énergie

En Suisse, plus de 800 employés de quatre entreprises ont participé aux premiers tests. Durant une journée, ils portent un électrocardiogramme et se livrent normalement à leurs activités. L’appareil mesure le rythme cardiaque, sa variabilité et la respiration. Les médecins peuvent ensuite déduire de ces données l’activité des systèmes sympathique et parasympathique. Le premier fournit l’énergie, stimule et tient éveillé. C’est aussi lui qui génère le stress. Le second assure le repos, la régénération et garantit notamment la qualité du sommeil.

L’équilibre entre ces éléments est chamboulé chez les personnes trop stressées. On peut ainsi déterminer que quelque chose ne tourne pas rond et repérer un épuisement. «Ces informations indiquent quelle est votre énergie vitale de façon générale, précise Patrik Hunziker. Elles sont mesurées durant vingt-quatre heures mais sont la conséquence d’un processus beaucoup plus long. Par exemple, le fait d’avoir passé une bonne ou mauvaise nuit lors du test ne joue pas de rôle.»

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Le résultat se présente sous forme de lignes bleues, orange et jaunes (voir ci-dessus). Il est analysé par un médecin qui discute ensuite le profil établi avec le patient. Cette lecture révèle une multitude d’informations. Là, des pics jaunes indiquent que le sujet traverse plusieurs phases de sommeil profond durant la nuit: c’est bien, il récupère. Ici, on voit une petite pointe du système parasympathique vers 14 h. Traduction, le cadre fait la sieste. Chez un autre, le système sympathique est à plat en fin de journée: il a tout donné et ne peut plus aller de l’avant. On discerne encore le cas d’une personne qui n’a plus de sommeil réparateur. Ou celui d’un patient dont la stimulation cérébrale disparaît par moments du radar. Explication: il s’ennuie au travail.


«Informations venant du corps»

Les données réservent des surprises. Certains employés disent tenir le coup alors que leurs constantes indiquent un épuisement superavéré. «Au terme de nos entretiens, toutefois, personne ne s’est opposé à nos conclusions», assure Patrik Hunziker. Peter, cadre supérieur dans un groupe électronique, s’est prêté au jeu. «J’ai fait un burn-out en 2011 qui m’avait éloigné du travail durant six mois, explique-t-il. Je pensais avoir récupéré: mon objectif était de faire le point sur mon état de santé autrement qu’en discutant avec un psychologue. Je voulais aussi des informations venant de mon corps.»

L’examen a confirmé que le quinquagénaire a trouvé un bon équilibre entre vie privée et vie professionnelle, avec un sommeil réparateur et «des batteries bien rechargées au matin». Mais il a aussi révélé un problème cardiaque quand Peter faisait du vélo. «Au final, on a découvert que mes artères étaient bouchées à 80%, raconte-t-il. Je n’avais aucun symptôme, mais il a fallu effectuer six pontages. Je suis encore en train de récupérer de l’opération.»

Quand on lui demande ce qu’il tire de cette expérience, un cadre d’une autre grande entreprise répond: «La vie signifie se réjouir d’être là, de travailler et de récupérer. Le vieux dicton «Un esprit sain dans un corps sain» est vrai.» Cet homme a appris qu’il devait prévoir suffisamment d’exercice et de temps de récupération. Quand le temps le permet, il se rend à vélo au travail et pédale ainsi sur 56 kilomètres. Et désormais, il a ajouté une chaise longue à ses outils de jardinage…


Burn-out ou dépression?

Cette analyse, qui coûte 500 francs, est en partie prise en charge par certaines assurances complémentaires. Les psychothérapeutes de l’Ifa l’emploient avant d’entamer une thérapie. Ils la répètent ensuite au terme de la prise en charge pour confirmer une amélioration. Patrik Hunziker espère surtout que davantage d’entreprises la proposeront à leurs employés.

Que se passe-t-il en cas de mauvais résultat? La prise en charge peut être légère, en fournissant par exemple des conseils pour mieux dormir ou intégrer des temps de régénération dans son quotidien. Ou beaucoup plus lourde. L’extrême étant d’éloigner la personne épuisée du travail. «C’est un autre avantage de cette métho­de: elle permet de différencier le burn-out de la dépression, souligne Patrik Hun­ziker. Dans le premier cas, nos données mon­trent que le patient a littéralement épuisé son énergie vitale.»

La dépression et le burn-out sont en effet difficiles à distinguer lors d’une consultation et, souvent, les diagnostics sont confondus. Or ces troubles n’agissent pas de la même manière sur le cerveau et leur traitement devrait aussi être différent. En cas de burn-out, le patient doit souvent être éloigné durant une longue période de son travail, s’il est la cause principale de son problème. En cas de dépression, ce n’est pas forcément la solution et les médecins pourront par exemple privilégier un temps partiel. Parfois même, le travail est bénéfique, puisqu’il structure et donne un sens à la journée. (TDG)

(Créé: 03.11.2015, 11h58)

L’épuisement en quelques points

Origine
Trois critères définissent le burn-out: l’épuisement émotionnel, la baisse de performance, la dépersonnalisation ou cynisme. «Des études ont montré que le stress sévère et chronique est nocif pour les cellules du cerveau, décrit Patrik Hunziker. La taille de l’hippocampe se réduit et les télomères (ndlr: qui envoient des signaux aux connexions nerveuses) se raccourcissent ou disparaissent. C’est pour cela que le traitement d’un burn-out prend du temps: ces enzymes doivent se reconstruire.»

Pression
Selon une enquête de Travail.Suisse, 40% des employés se sentent souvent ou très fréquemment sous pression. En 2010, une étude du Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) révélait déjà que 34% des personnes actives se disaient souvent, voire très souvent stressées – elles n’étaient que 27% en 2000. Le phénomène, en hausse constante, est lié à une dégradation de l’état de santé général (douleurs dorsales, maladies cardiovasculaires…).

Épuisement
Dans la même étude du SECO, un quart des personnes actives disent se sentir concernées par l’affirmation «Dans mon travail, j’ai de plus en plus souvent le sentiment d’être vidé émotionnellement», 21% se disent «plutôt concernées» et 4% «tout à fait concernées». Dans une étude présentée en 2014 par Promotion Santé Suisse, 16,1% des actifs se disaient déjà «légèrement épuisés», 17,9% «assez épuisés» et 6,1% «très épuisés».

Visualiser le problème le rend plus concret

La firme ABB participe à cette opération, au moins jusqu’à fin 2016. Tous les collaborateurs ont la possibilité d’arranger un rendez-vous médical online. Leurs supérieurs peuvent aussi suggérer des personnes à tester: ils ne sauront pas alors si la requête a été acceptée par l’employé.

«Nous sensibilisons le personnel à ces questions, mais la communication et la formation ne permettent pas un dépistage précoce du burn-out, explique Markus Gamper, responsable de la communication. Cet électro­cardiogramme peut mesurer les effets du stress dès l’apparition des premiers symptômes, la plupart du temps avant que les principaux concernés en aient conscience.»

Les ingénieurs ont l’habitude des faits et des chiffres. «Et ils les entendent bien quand ceux-ci peuvent en plus être visualisés, poursuit Markus Gamper. L’implication des personnes stressées et leur volonté de changer leur comportement nous ont positivement étonnés.» Le but est de leur conseiller les meilleurs instruments pour gérer leurs problèmes, mais l’opération a aussi permis de déceler d’autres soucis de santé comme l’apnée du sommeil, des problèmes cardiaques et des dépressions.

«Il est important que les entreprises sensibilisent leurs collaborateurs et leurs cadres à la problématique du burn-out, conclut Markus Gamper. Cette méthode est un bon complément à d’autres outils, comme les questionnaires: elle a un sens pour les personnes qui présentent un risque face au stress.»

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