Internet favorise l'hypocondrie. Les médecins s'inquiètent

SantéUne étude mandatée par Swisscom révèle qu'une écrasante majorité de Suisses recherche des informations médicales sur Internet. Certains d'entre eux deviennent même des hypocondriaques du Web ou procèdent à des auto-diagnostics. Les professionnels de la santé tentent d'intégrer et de réguler ce phénomène.

85% des Suisses recherchent des informations médicales sur Internet

85% des Suisses recherchent des informations médicales sur Internet Image: DR

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«Bonjour! Voilà, je souffre de brûlures d'estomac et en surfant sur le net, j'ai vu que c'était un des symptômes de la maladie de Crohn». Ce témoignage édifiant, publié sur le forum de Doctissimo.fr, n'a rien d'original. Ce site web regorge de questions d'internautes angoissés après avoir recherché sur Internet une explication à certains symptômes parfois bien banals. L'histoire pourrait prêter à sourire... si elle ne concernait pas 85% d'entre nous, comme le démontre une étude de Swisscom. La firme téléphonique est allée à la rencontre de 1000 Suisses, qui pour les presque neuf dixièmes ont déjà réalisé une recherche Internet dans le but d'obtenir des informations médicales. Un tiers des sondés auraient même modifié leur traitement médical sans l'aval de leur toubib après avoir consulté... le Web. Confrontés à ce phénomène récent, mais d'une ampleur chaque année plus importante, les médecins pointent les dérives d'un non-encadrement de la cybermédecine et plaident pour une meilleure régulation.

Internet, un outil à double tranchant

«Internet est un outil à double tranchant», déclare le docteur Schneider, président de l'Association des Médecins du canton de Genève (AMG). «Il existe de très bonnes infos, utiles et cohérentes, qui peuvent éventuellement rassurer une personne ou au contraire lui faire prendre conscience qu'il y a un problème. Mais ces informations sont parfois noyées sous une masse d'articles médicaux dont le but est purement commercial. Ces articles sont peu objectifs et donc dangereux.»

Célia Boyer est la directrice de l'association Health on the Net, dont le siège est à Genève. L'association, qui travaille main dans la main avec les Hôpitaux Universitaires Genevois (HUG), tente depuis 1996 de trier l'information médicale sur le Web. «Nous avons instauré un certificat de qualité que nous décernons aux sites proposant des informations médicales sérieuses et respectant nos principes», explique Célia Boyer. «Ces sites sont ensuite mis en avant par les moteurs de recherche. Derrière ce travail d'évaluation, nous faisons également en sorte que les internautes puissent avoir accès plus facilement à ces informations.»

Le docteur Khazaal, médecin adjoint agrégé aux HUG, se félicite de son côté de la «démocratisation de la médecine à travers l'Internet. Cette transparence permet au patient d'ouvrir le débat avec son médecin traitant. Néanmoins, l'information médicale sur le Web s'avère globalement d'une qualité plus que médiocre.» Méfiez-vous donc des articles colporteurs de mauvaises nouvelles, dont le but premier semble être le marketing plutôt que la santé. Mais au-delà de la crédibilité des sources d'informations sur la Toile, les professionnels de la santé s'inquiètent également du risque croissant «d'auto-diagnostic» de la part du patient.

Deviendrions-nous cybercondriaque?

Célia Boyer est en effet désemparée par l'attitude de certains patients, qui «entrent dans le cabinet du médecin en déclarant tout de go: "Voilà, j'ai ça, donc donnez-moi ça". Le médecin est dès lors tenu à un fastidieux travail de déconstruction de cet auto-diagnostic, ce qui alourdit les consultations.» Le docteur Khazaal ne peut que corroborer ce constat. «De plus en plus de patients arrivent avec des idées préconçues, et il n'est pas toujours facile de procéder à un examen normal.»

En sus de ces difficultés, Internet provoque également un phénomène d'hypocondrie assez particulier. «Les moteurs de recherche ont tendance à référencer en priorité les maladies graves. Ainsi, quelqu'un qui cherchera quoi faire en cas de toux ou de maux de tête risque bien de se retrouver avec les symptômes typiques d'un cancer des poumons ou d'une maladie génétique extrêmement rare», déplore Célia Boyer. On parle alors de "cybercondrie" pour désigner ces hypocondriaques du Web.

Le docteur Schneider confirme que «les médecins sont confrontés à une surcharge de travail générée par ces angoisses», qui sont la plupart du temps sans fondement. «Même si les informations dénichées sur le Net sont de qualité, elles ne sont pas personnalisées et ne correspondent souvent pas à l'état du patient. Il faut garder une attitude critique envers ces informations, mais ne pas hésiter à en discuter avec son médecin», conclut le docteur Khazaal. Gardez-vous donc de jouer au docteur sur le Net... (TDG)

(Créé: 02.02.2012, 11h41)
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