Primates
Parler la langue des singes
Par Anne-Muriel Brouet. Mis à jour le 27.01.2012 1 Commentaire
Face à un danger, le cri d’alarme que pousse un chimpanzé tient compte de ce que savent ses congénères. (Image: EPA)
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C’est une des règles de la communication humaine: quand on parle à quelqu’un, on tient compte de son interlocuteur. Votre médecin ne va pas vous décrire ce qu’il voit par la fenêtre. Votre patron ne va pas vous raconter son dîner de la veille. Eh bien, les chimpanzés font de même: ils s’adaptent à leur auditoire. Ainsi, face à un danger, le grand singe ne donne pas le même signal d’alarme si ses congénères connaissent ou ignorent la menace, a découvert une équipe de chercheurs comprenant le Suisse Klaus Zuberbühler.
Cela peut paraître trivial. C’est fondamental dans la compréhension de la communication de notre «cousin». «Cela nous montre que les chimpanzés ne produisent pas seulement un signal en fonction d’un stimulus mais qu’ils tiennent compte d’une audience qui a besoin d’être informée», précise Klaus Zuberbühler, qui quittera en mars l’Université de Saint Andrews, en Ecosse, pour occuper la première chaire de primatologie du pays à l’Université de Neuchâtel.
Depuis que les généticiens ont trouvé un gène associé à l’apparition du langage, FOXP2, on sait que les chimpanzés – chez qui la molécule produite par FOXP2 diffère de celle de l’homme de deux acides aminés sur 715 – ne sont pas capables d’apprendre notre discours. Des tentatives avaient lamentablement échoué dans les années 50, notamment avec le singe Viki. Au milieu des années 60, Allen et Beatrix Gardner, de l’Université du Nevada, ont eu plus de succès en enseignant le langage des signes à Washoe. Mais on avait toujours établi que la communication se limitait à des aspects matériels et concrets.
Des «hoos» d’alerte
Les avancées génétiques ne nous expliquent pas pour autant comment le langage est apparu chez l’humain, but premier de la recherche sur notre «cousin» le singe. En collaboration avec ses collègues de l’Université de Saint Andrews, le psychologue suisse a donc privilégié l’approche qui consiste à écouter et comprendre le langage des singes plutôt qu’à leur inculquer le nôtre. Dans la forêt de Budongo, en Ouganda, où vivent environ 700 chimpanzés, les chercheurs se sont concentrés sur une trentaine d’animaux. Ils ont placé un faux serpent venimeux sur la route d’un primate. Lorsque celui-ci l’aperçoit, il fait un bon en arrière et, de façon dissociée, pousse des «hoos» pour prévenir ceux qui suivent d’un danger. «Si les autres chimpanzés connaissent l’endroit du danger, l’éclaireur produit moins de cris d’alarme, précise le chercheur. Contrairement à la plupart des animaux qui donnent des signaux d’alerte, la réaction émotionnelle et la vocalisation sont dissociées, et cette dernière est le résultat d’une réaction intelligente.»
Et le langage nous fut donné
L’étude de Klaus Zuberbühler, publiée en décembre dans la revue Current Biology, montre donc que le primate n’est pas une simple machine qui produit des sons par réflexe, mais qu’il est capable, comme l’humain, de tenir compte de ce qui se passe dans la tête d’un autre spécimen de son espèce. «Il faut maintenant poursuivre nos recherches pour s’assurer que l’on ne peut exclure d’autres interprétations», ajoute le primatologue.
Si des ingrédients semblent exister dans la tête du chimpanzé pour aboutir à une communication complexe, on est encore loin de pouvoir expliquer comment le langage est venu à l’homme. «Il a dû y avoir une transition graduelle sur plusieurs centaines de milliers d’années», suggère le chercheur.
La séparation entre l’homme et le chimpanzé remonte à environ 6 millions d’années. Deux thèses se côtoient pour expliquer notre habileté à parler. La première soutient qu’il y a eu une étape de geste avant la parole. La seconde postule que le langage est venu directement de l’évolution des vocalisations plus primitives, telles que celles que l’on peut encore observer chez les grands singes. D’où l’intérêt de les traiter comme un modèle de nos ancêtres, «même si on ne voit que le produit fini et que l’on n’a que peu d’informations sur la façon dont les changements ont eu lieu», remarque Klaus Zuberbühler. (TDG)
Créé: 27.01.2012, 22h46
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1 Commentaire
Les humains ne sont pas fondamentalement différents des autres animaux. Nous sommes des animaux et nos comportements fondamentaux sont très semblables de ceux de la plupart des grands mammifères.
Malheureusement, des croyances religieuses nous font croire que nous sommes supérieurs, que la nature est à notre service et que nous avons tous les droits. Alors nous pillons et saccageons...
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