Implants
Le fondateur de PIP admet la tromperie devant la police
Mis à jour le 06.01.2012 1 Commentaire
Plainte de la Caisse Nationale d'Assurance Maladie
Multiplication des plaintes
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Jean-Claude Mas a admis devant les enquêteurs, sans aucun regret apparent, avoir produit un gel de silicone issu d’une formule de sa production et dissimulé à l’organisme certificateur.
Pour lui, ses prothèses ne présentent cependant «aucun risque pour la santé». «Je savais que ce gel n’était pas homologué, mais je l’ai sciemment fait car le gel PIP était moins cher (...) et de bien meilleure qualité», a expliqué Jean-Claude Mas en octobre aux gendarmes, selon un PV d’audition consulté jeudi.
Le fondateur de PIP explique que «dès 1993», deux ans seulement après la création de sa société, il «donne l’ordre de dissimuler la vérité» à l’organisme certificateur allemand TÜV, bien avant la mise sur le marché des implants aujourd’hui incriminés.
Pour ceux-là, la fraude commence «dès 2001», quand le silicone est à nouveau autorisé en France pour les prothèses mammaires, selon les déclarations aux enquêteurs de Thierry Brinon, directeur technique arrivé en 2006 via une petite annonce.
Au bout de sa période d’essai de six mois, on lui aurait expliqué que le gel principalement utilisé était de fabrication «maison» et non pas le gel américain Nusil déclaré à TÜV. Jean-Claude Mas a précisé aux gendarmes que 75% des implants étaient remplis de gel PIP, 25% seulement avec du Nusil.
«L’unique motivation» de la fraude étant d'«augmenter sensiblement la rentabilité de l’entreprise», explique Thierry Brinon: ainsi en 2009, le prix du gel PIP était de 5 euros par litre, contre 35 euros pour le Nusil, soit une différence de 10 euros par implant et un gain d’un million d’euros par an pour une production de 100'000 prothèses.
Gain partiellement englouti dans des procès en Angleterre et aux États-Unis. Le directeur financier Claude Couty, entendu également, confirme: «le prix d’achat du Nusil était largement supérieur à celui du gel Brenntag (un des fournisseurs de composants du gel PIP). Les commandes chez Nusil étaient souvent de 100'000 euros alors que celles de Brenntag étaient comprises entre 10'000 et 30'000 euros.»
Brouiller les pistes
Comment les contrôles ont-ils été déjoués, pendant si longtemps?, s’étonnent les enquêteurs.
«TÜV annonce sa visite dix jours avant... C’était de la routine, je donne l’ordre de dissimuler tous les documents ayant trait au gel PIP non homologué, et concernant les containers, les employés se débrouillaient pour les faire disparaître», explique Jean-Claude Mas.
PIP avise TÜV des modifications de packaging par exemple. Mais pas de celles concernant le gel, «vu qu’il n’existe pas...»
Pour Thierry Brinon, «tant que ces organismes inspecteront avec préavis systématique, toute déviance industrielle pourra être cachée.»
Un gel bricolé
Que contenait ce fameux gel PIP? «Une base de formulation du Dr Arion (chirurgien que Jean-Claude Mas rencontre dans les années 80, ndlr), que j’ai améliorée en changeant les températures, les pourcentages (de produits introduits), afin de rendre le produit plus cohésif», raconte Jean-Claude Mas.
Mais assez vite le produit montre ses limites, selon Thierry Brinon. D’autant qu’on économise aussi sur la qualité des enveloppes. Résultat, les ruptures d’implants s’additionnent et des chirurgiens s’inquiètent.
«Bon nombre de personnes dans l’entreprise, connaissant la fraude, sont convaincues que la qualité du gel PIP en est la cause et même Jean-Claude Mas qui vantait son gel comme son troisième enfant commençait à en douter», poursuit Thierry Brinon.
Étouffer l'affaire
Le patron décide alors de mettre au point un gel «PIP2», promettant «un superbe voyage» au chimiste qui lui trouverait la solution.
Mais en 2009, le nombre de ruptures croît «entre 30 et 40%», souligne Claude Couty, «avisé par les courriers des chirurgiens et par notre département commercial.»
«Mon rôle a été de payer les indemnisations aux patientes. De mémoire sur une période d’un an (2009-2010), j’ai payé entre 60'000 et 70'000 euros», pour environ 100 à 150 patientes.
Les cadres commencent alors à prendre leurs distances, mais «Jean-Claude Mas décidait de tout», se justifie Claude Couty.
D’autant que pour le fondateur de PIP, ses prothèses ne présentaient «aucun risque pour la santé», a redit celui-ci aux enquêteurs, voyant dans les plaignantes «des personnes fragiles ou qui font ça pour le fric.»
Lui «vivait bien à l’époque», sa rémunération fixée à 30'000 euros par mois. (AFP/Newsnet)
Créé: 06.01.2012, 08h33
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1 Commentaire
Ce qui l'a dit c'est, en substance : "ben quoi ? J'ai trompé l'agence de vérification, j'ai magouillé pour maximiser mes profits, rien de plus normal...". C'est un cynique, un business man intéressé uniquement par les millions qu'il peut gagner. C'est un homme tout à fait en phase avec son temps et la société capitaliste libérale. Sa différence avec tous les autres c'est qu'il le dit sans détour.. Répondre


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