Google Flu Trends vaincu par ses poussées de fièvre

Vie NumériqueLa firme de Mountain View a fermé son site de suivi des épidémies de grippe et de dengue. Explications.

Difficile de distinguer la grippe d’un simple rhume. Résultat: Google Flu surestime l’importance des épidémies.

Difficile de distinguer la grippe d’un simple rhume. Résultat: Google Flu surestime l’importance des épidémies. Image: CORBIS

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Quand les big data toussent, Google Flu Trends s’enrhume. Lancé en 2008, cet outil de suivi des épidémies de grippe tire sa révérence. Le moteur de recherche a annoncé fin août qu’il mettait fin à l’aventure. Pourquoi? Probablement parce qu’en huit ans d’existence, ce logiciel n’est jamais parvenu à établir des prévisions fiables.

Retour en arrière. Nous sommes à la fin de l’année 2008. Google.org – la branche philanthropique de la firme de Moutain View – présente une application révolutionnaire: Google Flu Trends. Elle prétend suivre les épidémies grippales en temps réel. Comment? En analysant les requêtes des internautes. En d’autres termes, lorsque vous cherchez des mots clés comme «grippe», «paracétamol» ou «maux de tête», le logiciel en déduit automatiquement que vous êtes atteints par le virus.

Docteur Google et mister alerte

Pour vérifier la pertinence de ce principe, les ingénieurs de l’entreprise comparent leurs données avec celles des autorités de surveillance américaines (Centers for Disease Control and Prevention, CDC). Leurs résultats, publiés en février 2009 dans la prestigieuse revue Nature, montrent une corrélation presque parfaite. Non seulement Flu Trends donne une estimation des épidémies proche de celles des CDC mais, en plus, le service semble les détecter plus précocement.

Un détail qui a de l’importance: chaque année, l’épidémie de grippe tue 250000 à 500000 personnes dans le monde. Un outil permettant de détecter les malades plus tôt ouvrirait la voie à une meilleure prise en charge. «Nous pouvons dès à présent estimer avec précision le niveau de l’activité grippale hebdomadaire dans chaque région des Etats-Unis, se félicitent les employés de Google dans l’article de Nature. Notre approche peut (…) détecter les épidémies dans toutes les zones où une grande partie de la population utilise le Web.»

De fait, l’entreprise déploie vite Flu Trends dans l’ensemble du monde, notamment en Suisse, ainsi qu’un autre outil similaire dédié au suivi de la dengue. Mais la mécanique se grippe. Plusieurs études montrent rapidement que le système ne marche pas aussi bien que prévu. En 2013, par exemple, les médias alertent sur un risque de pandémie grippale. Résultat: les requêtes sur Google s’affolent ce qui conduit Flu Trends à surévaluer de 50% l’événement par rapport à la réalité. En mars 2014, une étude publiée dans Science, révèle que les prédictions de pics d’épidémie réalisées par le moteur de recherche sont fausses pour 100 des 108 semaines écoulées depuis 2011. L’entreprise surestime systématiquement les pandémies. «La raison est simple: presque tout le monde croit que le moindre rhume est une grippe», résume les auteurs de l’article de Science.

«Google Flu était une tentative élégante de suivre les épidémies, mais il n’a jamais été utilisé par les centres de contrôle, explique le docteur Samuel Cordey, responsable du Centre national de référence pour l’influenza, qui a pour mission la surveillance virologique de la grippe en Suisse. La recherche de symptômes sur Internet ne vaut pas une analyse épidémiologique sérieuse, qui répond à davantage de questions. Google ne peut dire que «oui, il y a la grippe dans cette région». Ou, «non elle n’est pas là». Nous, nous cherchons d’autres éléments.»

Des réseaux de surveillance

En Suisse, plus de 200 cabinets médicaux, répartis dans tout le pays, déclarent chaque semaine à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) le nombre de leurs patients présentant une affection grippale (suspicion d’influenza). «Mais cela ne suffit pas, précise Samuel Cordey, car les symptômes de la grippe sont difficiles à distinguer de ceux d’un simple rhume. 80 de ces médecins envoient donc aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) des frottis naso-pharyngés pour des analyses virologiques. Ces dernières vont nous permettre de confirmer les cas et de caractériser le virus. Des éléments qu’un outil comme Google ne peut fournir.»

Dans le monde, 136 centres répartis dans 106 pays assurent un suivi similaire. Les données, partagées avec l’OMS, permettent de disposer d’une vision globale de l’avancée des pandémies, de prédire les souches qui circuleront lors de la prochaine saison et, ainsi, d’élaborer les vaccins.

Une aide pour les pays du Sud

Mais si Flu Trends n’a rien apporté aux pays développés, l’analyse des big data pourraient venir en aide aux Etats qui ne disposent pas d’un système de surveillance performant.

Une étude publiée en janvier 2012 dans l’American Journal of Tropical Medicine and Hygien montre que Twitter et les flux RSS se sont révélés plus rapides et plus précis que les médecins pour détecter le début de l’épidémie de choléra, qui a fait 6500 victimes en Haïti, en 2010. Selon les auteurs, l’utilisation de ces données informelles aurait pu permettre la mise en place précoce d’une stratégie efficace et ainsi sauver des vies. (TDG)

Créé: 04.09.2015, 21h16

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