Climat: un accord et des records

Sciences et technologies2015 est l’année la plus chaude jamais enregistrée. Le réchauffement a dépassé la barre des 1 °C par rapport à 1880.

L’accord signé à Paris est une première historique. «Nous venons tout simplement de changer d’époque», se félicite une climatologue neuchâteloise.

L’accord signé à Paris est une première historique. «Nous venons tout simplement de changer d’époque», se félicite une climatologue neuchâteloise. Image: AFP

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Comme la ville de Genève, les journaux ont leur marronnier officiel. Chaque fin d’année, ils se remplissent de pages prospectives ou rétrospectives. En décembre dernier, la direction avait mis le cap sur l’avenir – un choix risqué puisqu’il s’agit de prévoir ce qui arrivera (ou pas). J’écrivis alors un article intitulé «La protection du climat, grande cause de 2015» (voir notre édition du 27 décembre 2014).

Un an après, presque jour pour jour, la rédaction en chef a choisi de proposer des rétrospectives pour les derniers numéros de 2015. L’occasion était trop belle de jouer la carte de la prophétie autoréalisatrice puisque, effectivement, le climat a été au cœur de l’actualité. Mais il n’en sera rien. D’abord cette «prophétie» était des plus simples à prévoir, en raison de la 21e Conférence des parties sur le climat (COP21), qui s’est tenue du 30 novembre au 11 décembre à Paris. Ensuite, parce que je n’imaginais pas, à l’époque, à quel point 2015 constituerait une année charnière en matière de réchauffement. L’année de tous les records.

2015, année climatique

Premier record: entre janvier et novembre, la température moyenne à la surface des eaux et des océans a dépassé de 0,87 °C la moyenne du XXe siècle, atteignant le plus haut niveau jamais enregistré depuis 1880 et dépassant le précédent record atteint en 2014, selon un rapport des National centers for environmental information publié fin novembre. Les températures atmosphériques, quant à elles, ont franchi cette année la barre symbolique des 1 °C de réchauffement par rapport à 1880.

Bien sûr, les climatosceptiques pourront rétorquer qu’il s’agit d’une anomalie limitée dans le temps. Mais ce n’est pas le cas. Selon une étude de cinq ans, menée par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et dévoilé le 25 novembre, les années 2011 à 2015 représentent la période de cinq ans la plus chaude jamais enregistrée depuis l’ère préindustrielle. Un phénomène durable.

Tristes nouvelles pour la planète

Dernier record: en moyenne mondiale, le seuil des 400 parties par millions (ppm) de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère a été franchi – une première à l’échelle humaine. En effet, pour retrouver trace d’une concentration proche de celle actuelle, il faut analyser les carottes glaciaires et remonter jusqu’au pliocène, il y a 2,6 millions d’années! Les premières mesures directes de CO2 atmosphériques n’ont été réalisées qu’en 1958, par le géochimiste américain Charles David Keeling. A l’époque, la quantité s’élevait à 320 ppm. Mais les scientifiques estiment qu’elle ne dépassait pas 280 ppm juste avant la révolution industrielle. Depuis, la concentration n’a fait qu’augmenter: de 0,7 ppm par an dans les années 60 à 2 ppm par an au cours de la dernière décennie.

Bref, «l’état du climat mondial en 2015 fera date (…) et c’est une triste nouvelle pour notre planète», a résumé dans un communiqué le secrétaire général de l’OMM, Michel Jarraud, avant d’ajouter: «Il est possible de limiter les émissions de gaz à effet de serre, qui sont à l’origine du changement climatique. Nous disposons des connaissances et des outils nécessaires pour agir. Nous avons le choix, ce qui ne sera pas le cas des générations futures.»

Un accord historique

Lors de la COP21, un pas important a été fait dans cette direction. 196 parties (195 pays et l’Union européenne) ont approuvé un accord, visant à maintenir le réchauffement climatique «nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels» et de poursuivre «l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C». Une première historique. «C’est remarquable d’y être parvenu. Personnellement, je ne l’aurais jamais imaginé, félicite la climatologue Martine Rebetez, professeure à l’Université de Neuchâtel et à l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage WSL. Nous venons tout simplement de changer d’époque. Enfin, les pays ont pris conscience de l’urgence climatique. Enfin, les mentalités ont changé. Enfin!»

Bien sûr, l’accord de Paris sur le climat ne devrait pas permettre de maintenir l’envolée du thermomètre planétaire sous la barre des 1,5 °C. Sachant que nous sommes déjà à 1 °C, rester sous les 2 °C représente déjà un challenge immense. Mais pour la première fois, les pays du monde entier se sont donné un objectif climatique commun. Bien qu’imparfait, ce texte constitue une avancée immense.

Autre bonne nouvelle sur le front du climat, les émissions de CO2 issues de la combustion d’énergies fossiles se sont stabilisées en 2014 et devraient baisser légèrement – d’environ 0,6% – en 2015, selon une étude publiée dans la revue Nature Climate Change début décembre. Une première mondiale en période de croissance économique.

2016, année climatique?

L’année prochaine, dans un an jour pour jour, viendra à nouveau l’heure d’écrire des prospectives ou des rétrospectives. Si c’est cette dernière option qui l’emporte, il sera de bon ton de titrer à nouveau «La protection du climat, grande cause de 2016». Pas que les journalistes apprécient particulièrement d’écrire sur ce sujet, mais l’urgence est là. Il suffit de regarder en ce mois de décembre, les cimes désespérément vertes de nos montagnes et les stations de ski désertées pour s’en apercevoir: la protection du climat doit être (et sera?) la grande cause de toutes les années à venir: 2016, mais aussi 2017 ou 2050. (TDG)

(Créé: 28.12.2015, 08h41)
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