Stratégie énergétique 2050: Robert Cramer face à Michel de Rougemont

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Oui ou non à la Stratégie énergétique 2050? La nouvelle loi devrait offrir à la Suisse les moyens de se passer de l’énergie nucléaire, disent ses partisans, à l'instar de Robert Cramer, conseiller aux Etats, sans renoncer à notre confort. Les opposants, notamment Michel de Rougemont, ingénieur , Auteur de «Réarmer la raison», dénoncent un monstre bureaucratique qui met la Suisse en danger.

Energie: un argument surprenant

Robert Cramer, Conseiller aux Etats

La Suisse aura le privilège de voter sur sa politique énergétique le 21 mai, c’est un privilège probablement unique au monde. Ce ne sont pas quelques spécialistes et promoteurs qui décideront, mais toute la population, suite à un travail minutieux du parlement, où toutes les objections auront été examinées. A l’opposé d’un système centralisé et tolérant, voire encourageant, le gaspillage de l’énergie à grande échelle, l’objectif désormais est de faire reposer notre politique énergétique sur les économies d’énergie, l’augmentation de l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Cela doit permettre non seulement de sortir du nucléaire, mais aussi de diminuer notre dépendance aux hydrocarbures, lesquels sont responsables de l’émission de gaz à effet de serre. Or, dans l’argumentation des opposants, il est une assertion assez étrange, pour ne pas dire hypocrite. Je ne pense pas ici à l’absurde polémique sur le prix de l’électricité – où des coûts imaginaires sont allégués alors que les coûts réels figurent expressément dans la loi – mais à l’argument relatif à l’indépendance énergétique. Je n’arrive pas à comprendre comment on peut sérieusement avancer qu’une politique de l’énergie visant à économiser l’énergie, c’est-à-dire en consommer moins, puisse nous rendre plus dépendants de l’étranger. Au contraire, une telle politique permet de développer des savoir-faire locaux et des secteurs d’activité indigènes plutôt que de dépenser pour l’importation. De même, une politique visant à développer les énergies renouvelables implique d’avoir recours à des ressources locales: solaire, biomasse, éolien, géothermie… Oui, disent les opposants, mais cela ne suffira peut-être pas, dans le domaine de l’électricité, à remplacer entièrement le nucléaire. Je réponds que cela dépend du sérieux avec lequel nous nous mettrons au travail, mais il est évident qu’il est préférable à tous égards de développer ce programme, favorable à la protection de l’environnement, à l’économie et à une politique de l’énergie tournée vers l’avenir, plutôt que de ne rien faire. A moins que l’on rêve de construire de nouvelles centrales nucléaires (lesquelles dépendent d’uranium provenant de l’étranger), fantasme hypocrite, dont je ne suis pas loin de soupçonner les ennemis de la stratégie énergétique. S’opposer à une politique de l’énergie le 21 mai, c’est finalement s’opposer à notre indépendance énergétique. Pour ma part, je voterai résolument oui.

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Transition énergétique nécessaire?

Michel de Rougemont, Ingénieur , Auteur de «Réarmer la raison»

La campagne touche à sa fin sur le retoquage de la Loi sur l’énergie, premier paquet d’un gros et long saucisson appelé Stratégie énergétique 2050. On y discute bien des détails mais pas sa raison d’être. Quelle est la nécessité de se lancer dans une transition énergétique? Ne nous trompons pas, il n’y a pas de fondement économique ni de justification écologique à la base de telle équipée. Il ne s’agit pas seulement de l’élimination définitive de l’énergie nucléaire du paysage technologique ou de réduire les flatulences carbonées, ce qui n’aurait, selon les projections des mêmes experts du GIEC qui dénoncent l’effet de serre anthropique, aucun effet correctif notable sur l’évolution du climat, et ce d’autant plus que personne ne saurait affirmer ce qu’est un bon ou un mauvais «climat global». Il faut essayer de décrypter les intentions présidant à ces grandes manœuvres. La fin des grandes idéologies a laissé un énorme vide qui reste encore à combler, surtout dans les sociétés industrielles riches et développées qui, postmodernité oblige, ne se trouvent plus de grande cause ni d’ennemi de bonne taille servant d’épouvantail, et qui se sont désillusionnées de la science et de la technique. Alors il faut se saisir de toute opportunité qui permettrait d’ouvrir la porte à une reprise de pouvoir, la plus collectiviste possible, bien entendu. Le développement ne faisant plus tant recette, d’autres concepts s’imposent comme nouvelle pensée unique en un méli-mélo de démographie dite galopante, d’environnement prétendument massacré et de valeurs spirituelles perdues. Tous les dirigeants politiques de tous bords se sont précipités, à l’instar de notre conseillère fédérale Doris Leuthard. Ils ont mis en piste leurs administrations, fait taire les esprits critiques, rempli les arrosoirs à subvention et autres incitations, organisé la propagande, pour… planifier l’implanifiable. Les arbres cachent maintenant la forêt, comme dans cette SE2050 mal fichue où presque chacun devrait y trouver son beurre. Il est tabou de dire qu’une telle stratégie n’a pas de sens, qu’il est irresponsable de se lancer dans des mauvais mais grandioses projets captant trop de nos intelligences et de nos ressources, que notre créativité n’a pas à être bridée ainsi. Comment peut-on laisser resurgir cette folie planificatrice, qu’on croyait enterrée avec les victimes des grandes erreurs du siècle dernier, soviétiques et maoïstes? Alors qu’aucune dispute n’a lieu à propos de ces nouveaux dogmes, il faudrait maintenant nous y soumettre. Pourquoi ne pas les tuer dans l’œuf? Ce serait bien plus raisonnable.

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(TDG)

Créé: 17.05.2017, 08h21

Robert Cramer, Michel de Rougemont



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