Quand le président devient chef de bande

Image: Olivier Vogelsang (archives)

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Aux Etats-Unis, en France, en Turquie, on observe un très regrettable et dommageable glissement de la fonction présidentielle pour la ramener au rôle de chef de bande.

Un président est, avant tout, le garant des institutions appelé à procéder aux nécessaires arbitrages et, s’il lui appartient de donner une ligne, de définir une politique, il doit, avant tout, être le président de tous les citoyens. Donald Trump est une caricature présidentielle qui confond le devoir du président de diriger le pays avec l’affirmation d’une volonté personnelle méprisant les avis contraires aux siens. Erdogan a transformé, par référendum, la fonction présidentielle en Turquie en celle de chef de bande, avec ses amis et ses ennemis, alors que le président doit être, par essence, celui de tous ses concitoyens. En France, si la campagne est détestable, c’est, pour une large part, dû au fait que les différents candidats, loin d’avoir une vision rassembleuse de l’avenir du pays, se comportent en chefs de parti cherchant à promouvoir une vision personnelle, sans tenir compte de l’immense variété des intérêts privés qui doivent trouver un cadre dans l’intérêt public. Il appartient aux partis, aux députés, à la presse, aux syndicats, aux associations et surtout aux citoyens d’exprimer leurs idées, leurs programmes pour l’avenir. Certes, le président – candidat puis élu – l’est-il sur un programme, sur une certaine idée de l’avenir qu’il a le devoir de mettre en œuvre, par simple fidélité à ses promesses électorales. Mais le président ne doit jamais oublier ceux qui n’ont pas voté pour lui, il ne doit jamais les rejeter ou les mépriser, voire les emprisonner comme le fait Erdogan. Le président insuffle une direction générale mais ne doit pas se comporter en agitateur public. Trump confond la nation avec une société anonyme où seule compte la majorité des actionnaires; Erdogan occulte, par ses rêves sultanesques, la riche diversité de son peuple et il est inquiétant que les candidats français cherchent si peu à rassembler et surtout à diviser.

Un président incapable de respecter ses concitoyens et de garantir les équilibres internes de son pays et les équilibres de politique étrangère fait courir des risques graves de troubles internes et de guerres. Il rabaisse la fonction présidentielle à celle de chef de bande. Pourvu que les citoyennes et les citoyens français ne tombent pas, par la faute de leurs dirigeants, dans le piège mortel d’une société que celui-là même qui devrait en garantir la cohésion ne vise en réalité qu’à la détruire! (TDG)

Créé: 20.04.2017, 16h48

Laurent Moutinot. L’ancien conseiller d’Etat a publié en 2014 son troisième récit de voyage.



La rubrique L’invité(e) est une tribune libre (3000 signes, espaces compris) sélectionnée par la rédaction. Avant d’envoyer votre contribution, prenez contact assez tôt à courrier@tdg.ch, afin de planifier au mieux son éventuelle publication. Retrouvez ici tous les invités de la Tribune de Genève

(Image: Olivier Vogelsang (archives))

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Macron vainqueur
Plus...