Pour une poignée de milliards

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La réforme proposée de la prévoyance tient certes du bricolage – toutes les propositions de ce genre sont des bricolages – mais les oppositions qu’elle suscite de tous côtés trahissent ce simple fait: les Suisses dans leur grande majorité ne sont pas prêts à entendre la vérité, savoir que le vieillissement démographique, inéluctable, soumet les régimes de retraites quels qu’ils soient à des coûts de plus en plus élevés. La question fondamentale n’est donc pas de les diminuer, mais de les répartir de la façon la plus acceptable. Considérons simplement l’AVS. Le meilleur moyen d’appréhender une certaine neutralité dans la distribution des efforts nécessaires à son renflouement serait de financer son découvert par une hausse substantielle de la fiscalité indirecte, seule à même de toucher l’ensemble des générations, y compris celle des rentiers actuels, et de manière plus équitable que les manipulations de telle ou telle tranche d’âge, sexe ou autres catégorisations avancées dans le projet Prévoyance 2020. Ce n’est pas la faute des baby boomers d’être venus au monde si nombreux. Pour autant, il serait injuste qu’ils ne participent pas, fût-ce indirectement, à l’effort collectif. Relever davantage que prévu, pour ce motif-là, un taux de TVA pour l’instant bien plus bas qu’ailleurs (8% contre une moyenne européenne de 20%), n’entamerait que marginalement le revenu des contribuables finals, qui sont encore et toujours les ménages.

«Que les frontières s’ouvrent plus largement, et afflueraient aussitôt des cohortes de contributeurs supplémentaires à l’AVS, efficaces car – pour la plupart – jeunes, instruits et, ce qui ne gâte rien, désireux de travailler.»

Même si les ordres de grandeur effraient, ce ne serait pas la mer à boire. Le Conseil fédéral avait proposé pour boucher le trou de l’AVS de relever par étapes la TVA de 1,5 point, ce qui aurait selon les estimations ajouté près de 6 milliards au rendement futur de cet impôt, lequel a rapporté l’an dernier à peu près 22,5 milliards. Bien qu’une ponction de cet ordre sur le revenu (à peine 2 francs par jour et par tête, même pas le prix d’un café) n’eût équivalu qu’à moins de 1,8% des dépenses de consommation finale des ménages (336 milliards en 2014, derniers chiffres publiés), elle a été jugée inacceptable. Au final, on est revenu à deux hausses successives de 0,3 point, qui ramèneront à peine plus de 2 milliards en 2030. Une paille, et du coup beaucoup d’énervement autour des autres mesures destinées à pallier la maigreur de cette minime contribution au financement de l’AVS : «Touche pas à ma retraite !», «NON à la hausse de l'âge de la retraite - NON à la baisse des rentes!». Autrement dit, non à tout. Ce que ce front du refus, porté par un référendum qui a abouti, signifie en dernière analyse, c’est qu’on s’imagine qu’il existe quelque part, au fin fond des finances publiques, un truc qui permettrait de résoudre le problème sans avoir à débourser un sou. Ce truc existe bel et bien, mais il se situe aux antipodes des attentes de la majorité: l’immigration ! Que les frontières s’ouvrent plus largement, et afflueraient aussitôt des cohortes de contributeurs supplémentaires à l’AVS, efficaces car – pour la plupart – jeunes, instruits et, ce qui ne gâte rien, désireux de travailler. Mais il paraît que nous sommes déjà trop nombreux. Alors, point final aux vraies solutions, et continuons, comme d’habitude, de bricoler.

(TDG)

Créé: 10.07.2017, 15h52

(Image: Pierre Albouy)

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