Mais où était donc passée la Suisse des moutons noirs ce dimanche 12 février?

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Les Suisses ne sont donc pas aussi prévisibles que certains le pensent, même sur le thème des étrangers. Les citoyens qui sont capables d’approuver une initiative contre des minarets (qui n’existent pas) ou une autre contre l’immigration massive peuvent aussi dire oui – et sans ambiguïté – à une naturalisation facilitée pour les enfants étrangers de la troisième génération.

C’était ce dimanche 12 février et ce oui-là rend l’atmosphère un peu moins étouffante. Pas tant parce que ce qui était proposé au peuple est révolutionnaire. On parle de quelques milliers d’étrangers (1446 à Genève) parlant le français ou un dialecte suisse alémanique avec l’accent local et à qui on rend l’accès au passeport un peu plus facile et moins cher. Rien de plus.

Il n’empêche. C’est une bouffée d’air frais dans un monde qui sent de plus en plus le renfermé. Le trend actuel est plutôt au repli sur soi et à la défense de l’identité nationale. Quelle identité au fait? Malgré mon respect pour le paysan schwytzois, je ne vois pas par quel miracle j’aurais davantage de valeurs communes avec lui qu’avec mon vieux camarade d’école primaire italien. Non, désolé, il n’y avait pas de Mexicains.

Mais ne boudons pas notre plaisir. Car le oui du 12 février à près de 60% était loin d’être acquis. L’obstacle principal à franchir était celui de la majorité des cantons. Lors d’un précédent scrutin en 1994, c’est ce qui avait été fatal à un projet similaire, la majorité de la population (52,9%) l’ayant accepté. En 2004, ni la majorité du peuple ni a fortiori celle des cantons n’avaient été atteintes. Il est vrai que c’est une naturalisation automatique pour la 3e génération qui était sur la table.

Et les Genevois dans tout ça? Avec une constance assez remarquable, ils ont répété que oui, pour eux cela ne posait pas de problème. En 1994, 70,5 des votants l’ont dit, 70,8% en 2004 et, finalement, 74% le 12 février 2017. Inutile de rouler les mécaniques, tous les cantons romands votent peu ou prou pareils (bon, le Valais pas toujours).

A ce stade, l’unique question en suspens est celle-ci: que s’est-il passé dans les six cantons alémaniques qui ont basculé dans le camp du oui dimanche? Les Argoviens, Schaffhousois et autres Lucernois auraient-ils été contaminés par «l’esprit sain» du vivre ensemble? Ou ont-ils simplement cédé de guerre lasse?

Il existe en réalité une autre hypothèse, peu rassurante. Moins efficace que d’habitude, la campagne de l’UDC n’aura cette fois pas convaincu les «Neinsager» compulsifs de se déplacer aux urnes. Comme quoi, il ne faut pas toujours dire du mal de l’abstentionnisme.

(TDG)

Créé: 16.02.2017, 20h11

Eric Budry,
Rubrique Genève

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