Nora, pionnière farouche sur le chemin de l’égalité

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Les cheveux lâchés et une frange épaisse ont remplacé son triste chignon. Nora porte un manteau orange, un jeans moulant. Nous sommes en 1972, et la jeune femme, tout sourire, glisse dans l’urne son premier bulletin de vote. Les femmes ont enfin obtenu le droit de vote. Tout est bien qui finit bien.

Derrière la fiction, c’est une incroyable page de l’histoire suisse que nous raconte «L’Ordre divin». Le film de Petra Volpe, actuellement en salle, conte la vie de Nora, une jeune femme ordinaire de la campagne alémanique. Entre la panosse, l’Eglise et les soins du ménage, elle est très loin des remous qui agitent la fin des années 60. Mais sa vie va basculer lorsqu’elle lit le premier tract en faveur du suffrage féminin. Nora réfléchit, elle se documente. Et la vérité lui saute aux yeux. De cette vie-là, sans droits civiques, elle ne veut plus.

Nora la douce se mue en militante. Et lorsqu’on veut la convaincre que le vote des femmes est contraire au projet divin, elle ne s’énerve pas. Elle dit simplement non. Nora a contre elle non seulement le poids des mentalités, mais aussi tout un corpus législatif qui consacre les inégalités entre les sexes. Elle veut travailler? Il lui faut l’accord de son mari, seul détenteur de l’autorité familiale. Adulte et mère de famille, c’est une enfant aux yeux de l’Etat. Et c’est bien comme ça, lui martèle son entourage. Dans «L’Ordre divin,» la plus farouche opposition aux droits civiques des femmes vient justement d’une femme, célibataire endurcie, cheffe d’entreprise et visiblement parfaitement émancipée!

Nora, si loin, si proche. Que dirait aujourd’hui la fringante octogénaire qu’on l’imagine être devenue? S’émerveillerait-elle de voir ses petites-filles majoritaires à l’université? Ou serait-elle révoltée par la persistance des inégalités salariales et du plafond de verre qui limite toujours l’accession des femmes dans les hautes sphères de l’économie? Serait-elle heureuse de la redistribution des rôles dans la famille, ou s’inquiéterait-elle de la fragilisation économique des femmes retraitées?

Avec Nora, on peut mesurer le chemin parcouru. Le sexisme a lentement quitté les tables de la loi. Le droit de vote des femmes est acquis depuis 46 ans. Ont suivi l’article constitutionnel sur l’égalité, puis la loi fédérale qui va ancrer l’interdiction des discriminations.

L’avancée est nette aussi sur le plan des mentalités. Plus personne n’oserait plus tenir les discours misogynes des années 60. Pourtant le sexiste ordinaire a trouvé refuge derrière le rempart de l’humour, d’où il ne manque pas de resurgir à la première occasion. Une ex-miss suisse désignée pour coanimer des débats politiques, et c’est la déferlante des clichés, entre potiche blonde et promotion canapé!

Même en 2017, une femme n’est pas – encore – un homme comme un autre. «Les droits des femmes sont des droits humains», martelait Nora. C’était il y a 42 ans.

(TDG)

Créé: 09.06.2017, 13h19

Judith Mayencourt s'enthousiasme pour le film «L'ordre divin».

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