Discutable, le fédéralisme conjoncturel!

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A en croire le BAK bâlois, peut-être aussi le Créa lausannois et pourquoi pas le KOF zurichois, la reprise conjoncturelle s’affirmerait partout en Suisse sauf à Genève. La différence serait même suffisamment significative pour que la Radio romande en ait fait l’autre jour ses titres et organisé un débat sur le sujet entre deux ténors locaux.

Une croissance d’un petit 1% ici, d’un peu moins de 2% là-bas, justifie-t-elle qu’on en fasse tout un plat, qu’on en tire la grave conclusion qu’ici ça va mal alors qu’à 60 km tout va pour le mieux? Ce fédéralisme de la prévision conjoncturelle, et cette manière de calculer à la décimale près la probabilité de croissance, laissent songeur.

D’abord, les rythmes de l’activité économique ne s’arrêtent pas aux frontières cantonales. Les experts de l’Office fédéral de la statistique ne s’y sont d’ailleurs pas trompés qui ont défini des aires régionales: région lémanique, espace Mittelland, Suisse du Nord-Ouest, et ainsi de suite. Des séparations logiques s’imposent plutôt entre espaces métropolitains, régions de montagne, zones de campagne, et les découpages administratifs les plus crédibles sont de préférence à chercher du côté des NUTS («nomenclature des unités territoriales statistiques») d’Eurostat ou des TL («territorial levels») de l’OCDE.

Ensuite, les hauts et les bas de l’activité économique dans un pays aussi petit que le nôtre doivent également beaucoup aux influences de sa périphérie immédiate. Ce n’est pas un hasard si le commerce genevois souffre pendant que le Lucernois se porte comme un charme: nos détaillants des bords du Rhône ne sont ni plus ni moins bêtes que leurs collègues de Suisse centrale, mais ils doivent affronter le tourisme d’achat tandis que les résidents des bords du lac des Quatre-Cantons ne vont pas jusqu’au Tessin pour acheter leurs salades. Or les chiffres d’affaires du commerce de détail et du commerce en général sont une des composantes majeures des indices sur lesquels sont basés les modèles de prévision.

Vient enfin, et surtout, la question des marges d’erreur en matière d’estimation du produit intérieur brut. Non seulement, à l’instar des météorologues qui se battent avec des isobares en perpétuel mouvement, les économétriciens doivent faire avec les caprices d’une multitude de variables qu’ils se croient obligés de prendre en compte, mais les données elles-mêmes qu’ils collectent avant de les mouliner dans leurs ordinateurs arrivent avec retard et sont constamment sujettes à révision. De sorte que le 1% d’augmentation du PIB initialement estimé peut fort bien après coup s’avérer en réalité plus proche de 0,5% ou de 1,5% pour cette seule et unique raison, sans qu’il y ait lieu pour autant de redouter une rechute de la demande ou se féliciter d’une accélération de la croissance.

Reste que Genève, et il n’est nul besoin d’affiner les prévisions pour s’en convaincre, va au-devant de sérieux défis conjoncturels. Même si son tissu économique est plus diversifié que celui de l’arc jurassien, sa dépendance assez unilatérale à l’égard de la gestion de fortune, de l’horlogerie de luxe et du négoce de matières premières, trois secteurs exposés en ce moment à des vents contraires, lui vaut d’aborder l’avenir proche avec quelques soucis de taille à se faire en matière budgétaire. (TDG)

(Créé: 09.01.2017, 22h47)

Marian Stepczynski, chronique économique

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