Christ est-il vraiment ressuscité? Isabelle Graesslé et Pierre Emonet disent leur foi

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La résurrection de Jésus est l’acte de foi central des chrétiens En ce temps où la rationalité n’a pas éclipsé toutes les croyances, nous avons demandé à deux théologiens – Isabelle Graesslé, ancienne directrice du Musée de la Réformation à Genève et Pierre Emonet, prêtre, jésuite, directeur de la Revue Choisir – leur réponse à la question: Le Christ est-il vraiment ressuscité?

Est-il vraiment ressuscité?

Isabelle Graesslé, théologienne, ancienne directrice du Musée international de la Réforme à Genève

Derrière cette question insistante pointe le doute: comment peut-on affirmer la résurrection du Christ alors que scientifiquement, la mort constitue une rupture biologique qui entraîne la décomposition du corps en un processus irréversible? La résurrection du Christ, au matin de Pâques, serait donc une légende, un mythe destiné à affubler d’une stature divine un rebelle religieux, un maître à penser pleuré par ses adeptes? Derrière cette question pressante pointe aussi la menace: si le Christ n’est pas «vraiment» ressuscité, alors c’est tout le christianisme qui s’écroule. Paul, premier théologien de l’histoire chrétienne, ne s’y est pas trompé: «si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide est votre foi» écrit-il aux chrétiens de Corinthe. Alors, comment dire l’indicible? Comment circonscrire cette folie au cœur d’un langage sérieux? Comment balbutier cet excès qui dépasse toutes les limites? Les rencontres du ressuscité donnent quelques indices. En effet, il est étonnant que les témoins de ces scènes d’évangile disent tous et toutes ne pas l’avoir reconnu. Comme si le visage du maître s’était démultiplié, intériorisé, transformé. Et même là, certains doutent encore… Et quand ils le reconnaissent, c’est à une parole, un geste. Mais au moment où on veut le saisir, l’objectiver, il disparaît.

Une transformation radicale a donc eu lieu. Marie dans le jardin du tombeau a beau vouloir le retenir, le ressuscité la supplie de ne pas le ramener à ce qu’ils ont pu vivre dans leur vie charnelle. Les disciples d’Emmaüs, cheminant de longues heures avec lui, voient leurs yeux s’ouvrir lorsqu’il rompt le pain et partage la coupe avec eux. Mais la matérialité de sa présence leur échappe désormais. C’est là l’un des sens de la résurrection, et non le moindre: ne cherchez plus au dehors ce qui se trouve au-dedans de vous. Ne vous identifiez pas à la seule matérialité du monde. Ne vous limitez pas à votre être mortel. Il y a, en chacun-e de vous, des étincelles d’éternité. Et le temps qui nous est donné nous permet de nous éveiller à ce qui ne meurt pas. Alors, oui, il est vraiment ressuscité. Au sens où la trace de cet homme exemplaire a été réveillée, sa présence a été relevée. Pour signifier qu’au cœur de notre histoire, il est un espace de liberté plus grand que notre histoire. Quelle est alors cette trace? Qu’est-ce qui, finalement, ressuscite? Simplement le tissage de tous nos actes de bonté, de tout l’amour que nous aurons donné et reçu. Une sorte d’accomplissement de nos plus beaux moments.

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La première réponse est le doute

Pierre Emonet, prêtre, jésuite, directeur de la Revue Choisir

Le Christ est-il vraiment ressuscité? La première réponse, la plus raisonnable, est le doute, celle des femmes qui ce matin-là se hâtaient vers le sépulcre pour achever un ensevelissement un peu bâclé deux jours auparavant. Lorsqu’elles constatent que la tombe est vide, elles en concluent logiquement que le cadavre ne s’est pas échappé par ses propres moyens, qu’il a été enlevé, peut-être volé par des personnes malintentionnées. Que s’est-il passé? Perplexes, elles n’en savent rien.

Brusquement tout bascule. Elles découvrent que le mort est bel et bien vivant. Un souvenir s’est imposé, un ange leur a rafraîchi la mémoire: ce Jésus n’avait-il pas dit et redit qu’il allait mourir et qu’il ressusciterait après trois jours? Eh bien, c’est fait! Comme promis, il est vivant, et vous précède sur les chemins de la vie.

La résurrection se situe au-delà des regards. Aucun témoin direct, pas de reporter pour raconter ni de médecin légiste pour vérifier. Seules des rencontres comme des éclats de vie qui renversent la situation. Incrédules, les femmes en deuil, les disciples enfermés dans leur désarroi, ne se trouvent pas en présence d’un fantasme surgi de leur imagination. Celui qui se manifeste est bien Jésus de Nazareth, le crucifié. Les traces de la Passion sont là, qui en témoignent. La résurrection n’est pas la réanimation d’un cadavre comme certains sont tentés de le croire, un ensemble de cellules rendues à la vie spatio-temporelle. Pas de continuité biologique ou physiologique comme l’ont cru Marie qui veut l’étreindre comme autrefois, et Thomas qui prétend vérifier la consistance de la chair. Détrompés, l’un et l’autre sont renvoyés à un autre style de présence. Immatérielle. Ce Ressuscité qui apparaît et disparaît sans se déplacer, qui traverse portes et fenêtres fermées, que ses anciens amis ne reconnaissent pas au premier abord, seuls les yeux de la foi le reconnaissent. La nouveauté est en eux!

Les disciples en deuil sont désormais ardents, convaincus, joyeux, capables d’affronter le monde entier. Cette vitalité vient d’au-delà d’eux-mêmes. Transformés en profondeur, ils font l’expérience d’une présence plus forte que la mort. La victoire de la Vie. Le mal, la mort, tout ce qui handicape et tue n’a pas le dernier mot. Mystérieuse et si réelle, la résurrection du Christ fonde leur espérance: c’est finalement ce qui est de Dieu, la Vie, qui aura le dernier mot, telle une promesse tenue envers et contre tout.

* https://www.facebook.com/pierre.emonet1

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Créé: 13.04.2017, 11h03

Isabelle Graesslé, théologienne, ancienne directrice du Musée international de la Réforme à Genève et Pierre Emonet, prêtre, jésuite, directeur de la Revue Choisir, à Carouge.



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