Le théologien de Jean-Paul II

PortraitRencontre avec le cardinal Georges Cottier, né à Carouge, et qui habite depuis vingt-six ans au cœur de l'Etat pontifical.

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La fenêtre donne sur la résidence du pape François. Nous sommes au Vatican, dans le salon du cardinal Georges Cottier. Voilà vingt-six ans qu’il habite au cœur de l’Etat pontifical. C’est Jean-Paul II, dont Rome commémore la mort ce jeudi, qui l’a fait venir auprès de lui: il l’a nommé théologien de la Maison pontificale.

La frêle apparence du cardinal est trompeuse. Sa voix est forte et nette. A bientôt 93 ans, ce padrone du Vatican est infatigable. Tout en dirigeant la revue religieuse Nova et Vetera, il vient de publier un traité philosophique et un livre d’entretiens en italien, Selfie. Dans ce petit ouvrage, il envisage l’hypothèse que des femmes deviennent cardinales – «pour autant que le cardinalat ne soit pas lié au sacerdoce». L’éditeur Artège prépare une traduction française.

Au-dessus de son canapé, trois aquarelles représentent le Salève et les bords de l’Arve. «Elles ont été peintes par mon père Louis Cottier», explique le cardinal. «Son nom a été donné à un parc de Carouge. Il était horloger, mais aussi peintre du dimanche et passionné d’histoire. Un frère et une sœur habitent encore à Genève.»

Corriger les discours du pape
Mgr Cottier a 67?ans lorsqu’un téléphone bouleverse sa vie religieuse. «C’était le nonce apostolique. Il m’a dit: «Le pape vous a nommé.» Le père Cottier part donc le rejoindre à Rome en été 1990 avec son confrère dominicain Charles Morerod. Le futur évêque de Lausanne, Fribourg et Genève a alors 27 ans. «Nous avons loué une camionnette pour transporter tous mes bouquins jusqu’à Rome», se rappelle Mgr Cottier. Mais il ignorait pourquoi le pape l’avait appelé.

Il l’explique aujourd’hui: «Mon travail consistait à revoir du point de vue théologique tous les discours que prononçait Jean-Paul II. Selon les thèmes abordés, ils étaient rédigés par des collaborateurs différents. S’il s’agissait d’œcuménisme, le pape s’adressait par exemple au Conseil pour l’unité des chrétiens. Il fallait également faire attention à ne pas faire dire au pape des choses qu’il ne devait pas dire: il ne devait pas intervenir d’autorité sur des questions encore discutées.»

Jeune homme, Georges Cottier a comme guide spirituel l’abbé Journet, fondateur de la revue Nova et Vetera. Il admire ce «monument de la résistance spirituelle», l’un des premiers à s’être élevé contre le nazisme. «L’idée de devenir dominicain est née à l’université», précise-t-il, entre 1941 et 1944. «A cette époque, la Suisse était très isolée, rappelle Mgr Cottier. Le rédacteur en chef de Temps Présent, Stanislas Fumet, est venu à Genève donner une conférence sur Baudelaire. Il nous a parlé de la situation réelle en France occupée (lire encadré). Nous habitions à côté mais nous ignorions que le gouvernement censurait les livres. L’horreur des camps s’est révélée bien après.» Dès 1945, il prend l’habit dominicain à Paris et devient frère Marie-Martin, puis enchaîne avec des études de théologie à Rome où il est ordonné prêtre.

Couvent interdit à Genève
Il fonde ensuite un couvent à Annemasse avec d’autres dominicains. La loi interdisait en effet d’en ériger un à Genève. Ses supérieurs lui demandent de passer un doctorat en philosophie et il choisit d’étudier «l’athéisme du jeune Marx». Cette thèse inaugure une carrière académique, mais aussi des rencontres en URSS pour le compte du Vatican, au sein du conseil pontifical chargé du «dialogue avec les non-croyants».

En 1962, malgré la loi, les dominicains s’installent à Cologny, où la communauté vit encore. Le concile Vatican II débute la même année. Le père Marie-Martin en est témoin comme expert privé, puis assiste à la dernière session comme expert du Concile au côté du cardinal Journet.

Cinquante ans plus tard, Mgr Cottier vit l’élection du pape François et le renouveau qu’il apporte à l’Eglise. Il s’en réjouit: «Le pape a vu qu’il y a au Vatican certaines coutumes héritées du temps de l’ancien régime. Le faste de certains cardinaux. Il veut beaucoup plus de simplicité.» Il cite en exemple la Ford Focus choisie par François.

A 100 mètres de l’appartement du pape, le troisième cardinal genevois de l’histoire prépare déjà un nouveau livre. Sur la mort et la résurrection.

(TDG)

Créé: 02.04.2015, 11h20

Bio express

25 avril 1922 Naît à Carouge, où il passe son enfance, rue Vautier.

1944 Licence en grec, latin et littérature française à l’Université de Genève.

1945 Prend l’habit dominicain à Paris.

1959 Soutient une thèse en philosophie sur «L’athéisme du jeune Marx» à l’Université de Genève.

1961 Avec d’autres dominicains, il fonde un monastère à Annemasse.

1962-1965 Expert privé au concile Vatican II; assiste à la dernière session comme expert du Concile.

Été 1990 Se rend à Rome, à l’appel de Jean-Paul II, qui en fait son théologien.

2003 Jean-Paul II le nomme cardinal.

2015 Parution de «La mémoire des sources» et du livre d’entretiens «Selfie».

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