«Le vélo, c’est le moyen de transport du XXIe siècle»

Initiative populaire fédéraleUne initiative populaire fédérale est lancée à Berne pour promouvoir le vélo et l’inscrire dans la Constitution. Genève a accepté un texte du même type il y a cinq ans. Mais sans grands effets…

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Est-ce une provocation? Oui, mais bon enfant. Le jour même où le Salon de l’auto de Genève ouvrait ses portes au public, les fans de vélo lançaient hier à Berne une initiative populaire fédérale «Pour la promotion des voies cyclables et des chemins et sentiers pédestres». Une cinquantaine de cyclistes, roulant sur un vaste tapis rouge déroulé sur une place de la vieille ville, ont appelé à la révolution ou plutôt à la «vélorution» comme on pouvait le lire sur une banderole.

Cette proclamation de foi pourrait laisser croire que les sympathisants des deux-roues ont un petit vélo dans la tête. C’est le cas, mais pas dans le sens où on l’entend généralement. Comme l’avoue sans ambages le président du comité d’initiative, le conseiller national Jean-François Steiert (PS/FR), les initiants ambitionnent rien de moins qu’une révolution culturelle: «Nous voulons certes plus d’infrastructures, mais surtout le vélo doit prendre plus de place dans les têtes. C’est le moyen de transport du XXIe siècle. Il ménage l’environnement, il est bon pour la santé et économise de la place sur les routes et dans les transports publics.»

Faisons un petit tour de piste pour découvrir les enjeux autour de cette initiative.

Ce que demande exactement l’initiative

Elle contient trois articles. Le plus important stipule que «la Confédération encourage et coordonne, dans le respect des compétences des cantons, les mesures prises par les cantons et par les tiers visant à aménager et entretenir des réseaux cyclables sûrs et attrayants et à communiquer sur ceux-ci». Les initiants veulent en fait obtenir et même renforcer pour les pistes cyclables ce qui a été accompli pour les sentiers pédestres. Ces derniers figurent déjà dans la Constitution fédérale actuelle.

Le boom des vélos électriques et le nombre de kilomètres parcourus

Parlons chiffres. La Suisse compte 9 itinéraires cyclables nationaux et 54 régionaux. La longueur du réseau des pistes cyclables dans les principales villes s’établit comme suit en 2013: Zurich 205 km, Berne 125 km, Bâle 120 km, Genève 113 km et Lausanne 43,8 km. C’est à Bâle que la distance journalière parcourue à vélo est la plus grande. A Lausanne, elle est très faible, ce qui s’explique notamment par la topographie en pente de la ville. Pour ceux qui peinent dans les montées, signalons que les vélos électriques sont en plein boom. Il s’en vend environ 50 000 par année et on en compte près de 250 000 sur les routes suisses. Le propriétaire type d’un vélo électrique est un homme actif de 53 ans, menant une vie saine et habitant un village ou une agglomération.

Le vélo nettement plus dangereux que le train ou la voiture

Le vélo est nettement plus risqué que le train. Les CFF ont récemment calculé que pour un décès en train (pour une distance égale parcourue), le risque de mourir grimpe à 15 en voiture et à 140 à vélo. Il monte à 298 pour la moto. Le renforcement de la sécurité des pistes cyclables est un point fort de l’initiative. La conseillère nationale Anne Mahrer (Verts/GE) avoue qu’elle ne circule pas en ville sur un deux-roues car elle a trop peur (lire ses déclarations ci-dessus).

Ceux qui soutiennent l’initiative…

Une coalition d’associations actives dans les domaines de la mobilité et de l’environnement, dont l’ATE, est la cheville ouvrière de l’initiative. Elle a jusqu’au 3 septembre 2016 pour récolter les 100 000 signatures nécessaires. Elle peut s’appuyer sur les partis de gauche, les Vert’libéraux et sur quelques élus de droite. Outre la sécurité, les initiants vont insister sur l’argument santé. «Cette initiative est la plus grande campagne de prévention jamais lancée, déclare Yvonne Gilli, conseillère nationale (Verts/SG) et médecin. Le manque de mobilité des gens coûte 1,4 milliard par an en frais médicaux.»

… et ceux qui s’y opposent

L’UDC est le seul parti dont aucun membre ne figure dans le comité d’initiative. Le conseiller national Yves Nidegger (UDC/GE) reconnaît volontiers que le vélo, c’est bon pour la santé. «Mais ce n’est pas un moyen de transport national ou international. Cela reste très local. Or il y a une tendance à tout vouloir centraliser. En tant que fédéraliste convaincu, je me raidis.» Le conseiller fédéral Ueli Maurer, pourtant adepte convaincu de la petite reine, ne soutient pas non plus l’initiative. Il la trouve inutile car il estime le réseau cyclable satisfaisant (voir ci-dessus). (TDG)

(Créé: 05.03.2015, 23h04)

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A Genève, l’initiative pour les pistes cyclables est en berne

L’exigence de l’initiative vélo lancée hier sur le plan suisse rappelle furieusement une initiative cantonale que les Genevois ont acceptée, de justesse (50,3%), en mai 2011. Soutenue par la gauche et une partie du centre droit (PDC, Vert’libéraux), cette initiative «Pour la mobilité douce» exigeait de sécuriser les cheminements piétonniers et de doter tout le réseau routier primaire et secondaire du canton de pistes ou bandes cyclables. Seule la moitié environ en est équipée, selon la Direction générale des transports (DGT), et le scrutin n’a guère amené de progrès.

Problème, selon les tenants du texte: les moyens ne suivent pas. Constatant la fonte des budgets dévolus aux pistes cyclables, le député PS Roger Deneys a déposé en 2013 un projet de loi leur affectant 20 millions de francs. Il est en attente de traitement par la Commission des finances. «La mobilité douce est aux oubliettes», déplore-t-il.

«C’est surtout un problème de financement, confirme Alexandre Prina, chef de la planification à la DGT. Les crédits d’aménagement routier, dont dépend la réalisation de pistes cyclables sur les routes cantonales, ont été divisés par quatre ces dernières années.»
En 2013 toujours, l’Etat a publié son plan directeur de la mobilité douce, qui dresse un tableau peu reluisant de la situation du vélo à Genève. Si le réseau cyclable s’est étoffé, il est discontinu et tend à s’interrompre là où il était le plus difficile à réaliser, c’est-à-dire sur les sites les plus contraints où il est le plus nécessaire. Quand elles existent, ces pistes sont mal respectées, ce qui incite certains cyclistes à braver eux-mêmes la loi, dégradant l’image de leur mode de transport. Le stationnement sécurisé manque. Or les fréquents vols dissuadent les utilisateurs potentiels.

Mais l’Etat n’a pas abandonné la petite reine. Parmi 32 améliorations du trafic réalisées en 2014 par la DGT, 12 s’avéraient bénéfiques à la bicyclette, dont 8 exclusivement. Pro Vélo pointait toutefois la modicité des moyens financiers engagés. Dans son récent projet de loi sur la mobilité, l’Etat ébauche un nouveau remède pour sécuriser les vélos en ville. Il s’agirait de séparer les flux en spécialisant des artères dans le trafic motorisé, tout en vouant des axes parallèles à la mobilité douce. «Cette parade doit être étudiée car elle pourrait offrir des itinéraires plus sûrs et confortables et même plus rapides, au moins par endroits», estime Alexandre Prina. Marc Moulin

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