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Ville de Genève

Musée d'art et d'histoire: «Urgence, il faut bouger!»

Par Olivier Francey, Anna Vaucher. Mis à jour le 22.06.2012 18 Commentaires

Rémy Pagani et Sami Kanaan tendent de sauver le projet Nouvel de rénovation du plus grand musée genevois

Interactif

Valeur artistique

Certains remettent en cause la qualité artistique de la collection Gandur ou insistent sur le fait que 40 millions seraient finalement une somme modique pour mettre en valeur une collection personnelle durant 99?ans…

Sami Kanaan: Je ne me prononcerai pas sur les qualités artistiques de cette collection, ce n’est pas mon métier. Mais effectivement, on sait que pour les collectionneurs, exposer des pièces dans le domaine public est une manière de les valoriser. Mais encore faut-il les revendre derrière, ce qui ne sera pas le cas de Gandur puisqu’il ne sera plus là dans cent?ans. C’est vrai par contre que ses descendants pourront les récupérer. Dans un monde idéal, un don aurait constitué une meilleure solution, mais ce n’est pas le choix qui a été fait et nous nous y tiendrons. Et au fond, de nos jours, cent?ans, c’est une éternité.

Sami Kanaan et Rémy Pagani, ministres de la Culture et des Constructions. (Image: Iuncker)

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Quatorze ans, c’est le temps qu’aura passé le dossier du Musée d’art et d’histoire (MAH) entre les mains des magistrats municipaux successifs, quand ce n’est pas dans leur tiroir. «Urgence, il faut bouger!» déclarent de concert Rémy Pagani et Sami Kanaan. L’image des deux conseillers administratifs côte à côte est frappante: il s’agit aujourd’hui de convaincre les adversaires de la rénovation et l’extension du Musée d’art et d’histoire (MAH). Une posture aux allures de plaidoyer face aux attaques des protecteurs du patrimoine que sont la section genevoise de Patrimoine suisse et l’association Action patrimoine vivant (APV).

Des attaques? Ces associations s’en défendent et le clament de manière itérative. «Nous ne sommes pas contre le projet Nouvel, mais contre le fait que d’autres alternatives n’aient pas été explorées», expliquait le 4 mai dernier dans nos colonnes Christian Grobet, l’un des membres de l’APV.

Les points qui posent problème sont essentiellement de nature patrimoniale. La surélévation du bâtiment qui doit permettre à un restaurant panoramique de s’installer est contestée, au vu d’un article de la Loi sur les constructions et les installations diverses. «C’est un gadget», dira même Christian Grobet. L’ancrage de planchers en acier – par le biais de pieux de 16?centimètres – dans la cour intérieure du musée pose aussi problème, puisqu’il «abîme la chair du bâtiment historique». Enfin, «en l’absence d’étude technique, affirme l’APV, la faisabilité de la structure n’est pas garantie».

Voilà pour les griefs qui limitent aujourd’hui considérablement la marge de manœuvre des deux magistrats, la menace d’un référendum étant prise «très au sérieux». Sans rénovation, c’est la «fermeture assurée», argue Rémy Pagani. Sans extension, c’est la perte de l’apport des fonds privés de Jean Claude Gandur (entre 40 et 50 millions) et de la manne promise par la Fondation pour l’agrandissement du MAH (10 millions). «Une simple rénovation sans extension coûterait 80 millions au contribuable, contre 60 millions si elle est accompagnée par l’extension nécessaire à l’accueil de la collection Gandur», argue Jean-Yves Marin, directeur du MAH. Un argument à l’odeur de contrainte, estiment certains opposants et conseillers municipaux. Raison pour laquelle le conseiller administratif et son collègue de la Culture Sami Kanaan se sont battus pour obtenir un crédit d’étude supplémentaire. Une démarche suffisante? Interview.

Le supplément du crédit d’étude, voté au Conseil municipal en mai, est passé de 2,4 à 2,9 millions de francs. Pourquoi?

Sami Kanaan (SK): Pour parvenir à ce vote majoritaire, nous avons procédé à des compromis. L’un d’eux consistait à ajouter 500?000?francs pour étudier différentes options d’extension, notamment à l’extérieur du bâtiment. C’est ce que préconisent les associations de défense du patrimoine puisqu’elles ne sont pas d’accord sur la manière dont le projet Nouvel intervient dans la cour intérieure.

Rémy Pagani (RP): Nous avons demandé aux architectes de renégocier le projet Nouvel actuel, en prenant en compte les remarques patrimoniales. Leur travail consiste désormais à construire une solution originale pour aboutir à un compromis, en se concentrant sur l’intégration de la cour des Casemates ou de la Haute Ecole d’art et de design. Ils nous le rendront d’ici à la fin de l’année. Nous nous laisserons trois mois pour négocier avec tous les milieux concernés avant de repartir au Conseil municipal pour obtenir cette fois les crédits de réalisation, qui vont se situer autour de 130 millions.

On risque de renoncer à offrir à Genève un véritable geste architectural…

SK: La priorité est d’aboutir à un projet qui recueille une large majorité.

Les multiples urgences font que personne n’est vraiment en mesure de négocier?

SK: Nous sommes liés par une convention à la Fondation Gandur, qui stipule que le premier coup de pioche doit être donné en 2018. Et l’état du bâtiment avive la pression. Genève paie maintenant le fait qu’elle n’a pas pris ses responsabilités avant. Si nous ne parvenons pas à un accord, il faudra en assumer les conséquences.

RP: Chaque année qui passe nous coûte davantage d’argent. Sur 127 millions, l’augmentation des coûts est terrible. Le point positif est que nous sommes pris dans des logiques finalement favorables à tous. Notre but est de parvenir à une rénovation, celui des défenseurs du patrimoine est de sauver ce bâtiment et les architectes ont envie de réaliser ce projet. Nous espérons que toutes ces énergies-là, pour l’instant centrifuges, deviendront centripètes.

Au fond, vous soutenez politiquement ce projet car vous n’avez plus d’autre choix?

RP: Eh bien oui, sinon c’est extrêmement simple, nous devrons fermer le musée.

Où en est la demande de classement du bâtiment lancée par Patrimoine suisse Genève?

RP: Le Conseil administratif l’a refusée. Elle est maintenant entre les mains du Conseil d’Etat. Le Département des constructions doit faire la synthèse de tous les préavis. Mais un classement n’empêche pas l’évolution d’un bâtiment. C’est plus compliqué, mais cela ne signifie pas que l’on ne peut plus y planter des clous.

Le projet Nouvel a été déposé il y a quinze ans. Et nous en sommes encore à voter des crédits supplémentaires. Y a-t-il des conséquences à en tirer?

SK: Tous les dossiers sont différents, mais il y a une prise de conscience: on ne peut pas laisser pourrir notre patrimoine comme ça. Nous héritons de plusieurs décennies de négligence collective, d’hésitations, d’atermoiements, et le MAH en est un bon exemple. Le projet a été mis dans le tiroir pour différentes raisons, Alain Vaissade (ndlr: magistrat en charge de la Culture de 1991 à 2003) a décidé de le ressortir, avant de le remballer pour se concentrer sur le Musée d’ethnographie, à la suite de l’échec du projet place Sturm, avant que Patrice Mugny (ndlr: magistrat en charge de la Culture de 2003 à 2011) ne le ressorte vers 2005. Il aurait alors effectivement pu repartir à zéro. Mais ce qui est fait est fait, il faut maintenant aller de l’avant.

Certains remettent en cause la qualité artistique de la collection Gandur ou insistent sur le fait que 40 millions seraient finalement une somme modique pour mettre en valeur une collection personnelle durant 99?ans…

SK: Je ne me prononcerai pas sur les qualités artistiques de cette collection, ce n’est pas mon métier. Mais effectivement, on sait que pour les collectionneurs, exposer des pièces dans le domaine public est une manière de les valoriser. Mais encore faut-il les revendre derrière, ce qui ne sera pas le cas de Gandur puisqu’il ne sera plus là dans cent?ans. C’est vrai par contre que ses descendants pourront les récupérer. Dans un monde idéal, un don aurait constitué une meilleure solution, mais ce n’est pas le choix qui a été fait et nous nous y tiendrons. Et au fond, de nos jours, cent?ans, c’est une éternité. (TDG)

Créé: 22.06.2012, 09h44

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18 Commentaires

Empro Girod

22.06.2012, 11:22 Heures
Signaler un abus 15 Recommandation 0

Grobet, les vieux nomenklaturistes ont toujours été contre ce dont il ne pouvaient pas eux même profiter en attribuant les mandats... D'autre part, non seulement ils détestent l'art auquel ils ne comprennent rien, l'horreur et massacre du Collège de Calvin est le reflet de ces sinistres personnages. Grobet a toujours déteste les terrasse et la convivialité, la plus belle terrasse une épouvante. Répondre


Mathilde Lavenex

22.06.2012, 11:32 Heures
Signaler un abus 11 Recommandation 0

D'un côté un magnifique projet architectural et une fabuleuse collection en perspective pour Genève ; de l'autre une belle bâtisse mais comme il y en a des milliers et un musée qui devra fermer ses portes, donc finalement une vieille carcasse sans beaucoup d'intérêt dont on se demandera pendant 50 ans ce qu'on pourrait bien en faire. Et il y en a qui hésitent ???!!!!! On croit rêver... Répondre



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