L’éditorial
Frontaliers, on vous aime!
Par Pierre Ruetschi. Mis à jour le 16.03.2012 199 Commentaires
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MCG et UDC ferraillent sur les frontaliers de longue date. C’est leur fonds de commerce. Puis, l’année dernière, le Conseil d’Etat a ouvert une petite brèche en direction d'une «préférence cantonale», insistant sur la nécessité de prendre en compte les chômeurs genevois avant d’embaucher un frontalier. Non sans logique. La discussion sur l’égalité de traitement à l’embauche est devenue vive. Enfin, il y a un mois, c’est Bernard Gruson, le patron des HUG, qui allume la mèche: il faut éviter de nommer des frontaliers à des postes de cadres à l’Hôpital. Ils sont surreprésentés et trop nombreux. Cette consigne parfaitement assumée étonne: n’est-ce pas le même Bernard Gruson qui a soutenu voilà dix-huit mois, contre l’avis du collège des professeurs, le recrutement d’un médecin parisien pour reprendre la tête des soins intensifs alors qu’un excellent candidat genevois pur sucre faisait l’unanimité aux HUG? Comment expliquer la volte-face dans sa politique de gestion du personnel? La consigne étonne, mais elle détone aussi, bruyamment: cette mesure perçue comme «antifrontalière» a contribué à crisper les rapports transfrontaliers rendus déjà hautement sensibles par les diverses crises (mobilité, sécurité, logement) qui divisent par-dessus la frontière.
Inutile de préciser que le climat sera tendu aujourd’hui à l’ouverture du congrès du Groupement européen transfrontalier (34?000 membres). Le Conseil d’Etat n’avait pas prévu de s’y rendre. Il s’est heureusement ravisé en dernière minute, y dépêchant David Hiler pour donner la réplique.
Depuis des décennies, les relations entre Français voisins et Suisses suivent la courbe des montagnes russes. On se chamaille et on se réconcilie, souvent, un peu comme en famille. Mais là, ce regain d’acrimonie tombe vraiment mal. Car le 30 juin prochain, les autorités des deux côtés doivent signer le projet d’agglomération 2 qui scellera l’avenir commun de la construction métropolitaine.
Il est donc temps de rappeler quelques évidences en ce jour de grand-messe transfrontalière.
La première: les frontaliers ont besoin de Genève, puissant créateur d’emplois royalement rémunérés à l’échelle des salaires français. La dynamique régionale, y compris dans la couronne voisine, est dépendante de la vitalité économique genevoise. Deuxième évidence: Genève a besoin des frontaliers. N’importe quel entrepreneur le confirmera. Sans les 94?000 travailleurs qui traversent chaque jour la frontière, Genève s’arrêterait, à commencer par l’Hôpital qui serait privé de près de 90% de son personnel infirmier. La concurrence sur le marché de l’emploi s’est bien sûr aiguisée et à l’occasion elle tourne au dumping social qui exige un renforcement des mesures d’accompagnement. Mais pas de contingentement.
Evitons d’accabler les frontaliers dont plus de 30?000 d’ailleurs sont Suisses. Car, au-delà de la force de travail qu’ils procurent dans des secteurs où l’offre des résidents est nettement insuffisante, les terres voisines et ses frontaliers constituent une véritable aubaine pour le canton. Si Genève peut s’offrir une telle crise du logement, c’est parce que la France voisine joue les pompiers. Le manque à construire genevois – le canton ne construit même pas la moitié des 2500 logements annuels promis – est compensé par un bétonnage massif en France voisine. Et ses communes le font au prix fort. Car, financièrement, ce ne sont pas elles mais bien Genève qui tire le plus grand avantage des frontaliers par la grâce de l’impôt à la source, système quasi unique en Europe. Le canton conserve deux tiers de l’impôt perçu sur le revenu du frontalier (un tiers est rétrocédé) alors que les charges qu’il implique ne s’élèvent qu’à un quart de celles engendrées par un résident genevois. Le calcul est vite fait. Et il convient d’en rappeler l’équation quand la crise fait germer les idées simplistes. Frontaliers, on vous aime. (TDG)
Créé: 16.03.2012, 07h09
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199 Commentaires
Le gouvernement genevois, effectivement, aime les frontaliers, le peuple genevois, lui, en a marre, mais marre de quoi? Marre de l'abus! Les frontaliers ont toujours existé à Genève et ça faisait beaucoup moins de bruit à l'époque. Les infrastructures genevoises ne sont pas adaptées à cette augmentation MASSIVE de frontaliers (dont beaucoup ne sont même pas de la région!) Répondre
Quel lamentable échec social cette libre circulation. C'est consternant ! On va vers de plus en plus d'arrêts maladie pour cause de dépression, des personnes se sentant victimes de mobbing (tant du côté genevois que français) qui ne pourront plus tenir face au stress et à la pression. Ces accords sont définitivement à revoir, ils menacent la cohésion sociale, et le patronat s'en fiche évidemment ! Répondre
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