Pénuries d'eau, «un crime de guerre» pour l'ONU

SyrieLe régime syrien prive d'eau potable les habitants de la capitale Damas. L'ONU condamne.

Des habitants de Damas font le plein d'eau potable à une fontaine publique, le 3 janvier 2017.
Vidéo: AFP

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L'ONU dénonce comme un «crime de guerre» la privation d'eau potable infligée aux 5,5 millions d'habitants de la capitale syrienne Damas, où la pénurie s'aggrave en raison de combats entre régime et rebelles.

Ces combats en cours depuis deux semaines à Wadi Barada, localité rebelle située à 15 km de Damas où se trouvent les principales sources d'eau potable pour la capitale, constituent une violation de la nouvelle trêve en Syrie censée ouvrir la voie à des négociations sous l'égide de la Russie, la Turquie et l'Iran, en vue d'un règlement du conflit.

Même si les violences ont cessé sur la plupart des fronts ou baissé d'intensité à la faveur du cessez-le-feu entré en vigueur le 30 décembre, elles continuent de tuer des civils. A Jablé (ouest) notamment, un fief du régime, l'explosion d'une voiture piégée a fait 15 morts, essentiellement des civils, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Sabotage

Bastion du régime de Bachar el-Assad, la capitale syrienne a été relativement préservée de la guerre ravageant le reste du pays, mais ses habitants sont durement touchés par une grave pénurie d'eau depuis le 22 décembre

Le régime accuse les rebelles de «contaminer au diesel» les réserves d'eau de Wadi Barada et de couper l'approvisionnement. Mais les insurgés affirment que les bombardements du régime ont détruit les infrastructures.

A Genève, Jan Egeland, chef du groupe de travail de l'ONU sur l'aide humanitaire en Syrie, a jugé difficile de savoir quel camp était responsable de cette situation. «A Damas seule, 5,5 millions de personnes ont vu leur approvisionnement en eau coupé ou bien réduit parce que les sources de Wadi Barada sont inutilisables en raison des combats ou d'actes de sabotage ou des deux», a-t-il dit.

«Nous voulons enquêter sur ce qui s'est passé, mais avant tout, nous voulons rétablir l'eau», a-t-il poursuivi. «Le sabotage et la privation d'eau sont évidemment un crime de guerre, car ce sont les civils qui la boivent et ce sont des civils qui seront touchés par des maladies si elle n'est pas rétablie».

Déluge de feu

Conséquence de la pénurie dans la ville, le prix de l'eau minérale a flambé: un pack de six bouteilles de 1,5 litre est passé de 650 livres syriennes (1,3 USD) à 1.000 livres (2 USD). «Je n'ai pas pu prendre de douche et faire de lessive depuis une semaine. Je préfère garder le peu d'eau dans mon réservoir pour la cuisine et la vaisselle», explique Riham, employée de 49 ans habitant un quartier nord de Damas.

Depuis le 20 décembre, les troupes du régime, aidées par le Hezbollah libanais, cherchent à reprendre aux rebelles Wadi Barada, soumise à un déluge de feu, selon l'OSDH. Le régime affirme que le groupe djihadiste, Fateh al-Cham, exclu de l'accord de trêve, y combat avec les rebelles, ce que ces derniers nient. L'opposition syrienne en exil a, elle, appelé le Conseil de sécurité de l'ONU à faire cesser «immédiatement» les «violations du régime».

Deux bombardements

Le groupe Fateh al-Cham est l'ancienne branche syrienne d'Al-Qaïda, qui avait officiellement rompu avec sa maison-mère en juillet.

L'armée américaine a affirmé jeudi avoir tué une vingtaine de combattants d'Al-Qaïda dans deux bombardements, dimanche et mardi près de Sarmada, dans la province d'Idlib (nord), contre un bâtiment d'où des djihadistes «ont commandé des opérations terroristes», selon le Pentagone. D'après des sources locales, ces bombardements ont visé des membres de Fateh al-Cham.

Le conflit en Syrie, qui a fait plus de 310.000 morts depuis mars 2011, a provoqué une grave crise humanitaire. Plus de la moitié des Syriens ont été déplacés, leurs maisons détruites et leurs biens perdus. Certaines villes ont été assiégées pendant des mois et manquaient de tout.

Intensité moindre

C'est la Turquie, soutien des rebelles, et la Russie, alliée du régime syrien, qui ont parrainé le nouvel accord ayant permis l'instauration de la trêve, avant des négociations de paix prévues fin janvier à Astana au Kazakhstan.

Selon le directeur de l'OSDH Rami Abdel Rahmane, l'intensité des combats a nettement baissé depuis le début du cessez-le-feu «malgré les violations», et «le bilan des pertes humaines a beaucoup baissé».

«Les adversaires évitent l'escalade pour ne pas être accusés par leurs parrains d'être responsables de l'échec de la trêve», selon lui. Pour Karim Emile Bitar, chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris) à Paris, «les cessez-le feu en Syrie sont devenus un moyen de continuer la guerre par d'autres moyens. Pour l'instant le dernier est branlant mais ne s'est pas effondré». (afp/nxp)

Créé: 06.01.2017, 05h04

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