A l’Opéra des Nations, une «Norma» terne et sans souffle

Opéra Mise en scène indigente et distribution sans éclats ont éteint la tragédie de Vincenzo Bellini.

Alexandra Deshorties incarne le personnage de Norma

Alexandra Deshorties incarne le personnage de Norma Image: GTG/Carole Parodi

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C’est un effet d’illusion qui a opéré pendant un temps court, très court. Au lever de rideau, on a cru à la matérialisation d’une ambition théâtrale ferme et quelque peu radicale, dont le trait le plus marquant aura été celui de transposer Norma loin des contextes traditionnels, loin des costumes et des décors convenus. Qu’a-t-elle donné à voir donc la scène de l’Opéra des Nations vendredi soir, à l’heure de la première de la tragédie lyrique de Bellini? Un écosystème très asséché, tout d’abord. Soit un temple chrétien aux allures de cour intérieure délabrée et aux couleurs sans âme, avec ses bancs éloignés du public et sa balustrade donnant accès a un ample autel où officie la prêtresse Norma. Peu avenant, le dispositif intrigue, il interpelle mais s’essouffle à une vitesse prodigieuse, victime de son monolithisme - aucun mouvement de décors n’intervient durant les deux heures et plus de spectacle! Victime aussi d’un message scénique qu’on peine à lire.

Car, dans ce cadre aride, il aurait fallu une direction de jeu aiguisée pour conférer des formes saillantes au drame que vit une protagoniste tiraillée entre son amour pour l’ennemi romain Pollione et la nécessité de délivrer son peuple du joug de l’occupant. Or, cette déchirure qui la mènera au sacrifice ne trouve dans la mise en scène signée par Jossi Wieler et Sergio Morabito (reprise à Genève par Magdalena Fuchsberger), aucune incarnation crédible. Les protagonistes déambulent ainsi sur les planches, on les devine parfois désemparés, incapables de donner de l’épaisseur dramatique à la trame.

Cette faille majeure se laisse apercevoir tout particulièrement auprès d’Alexandra Deshorties, qui fut une tragédienne accomplie en Medea en 2015, mais qui s’affiche aujourd’hui avec moins de prestance dans le rôle-titre. Visiblement tendue - elle sera en larmes au moments des saluts au public - la soprano a peiné à se libérer. Son «Casta diva» dévoile certes de belles couleurs et des legatos souples mais ne transmet pas la charge émotionnelle attendue. Plus loin, la Québécoise brille dans le registre grave et dans le medium, mais fouette aussi les pavillons d’un aigu excessif et peu nuancé. A ses côtés, Ruxandra Donose est une Adalgisa de belle prestance, précise et poignante, tout particulièrement dans les duos avec Norma au deuxième acte. Partout ailleurs, la distribution se révèle inadéquate.

A commencer par Rubens Pelizzari, un Pollione à la voix forcée et au timbre peu raffiné; en passant par Marco Spotti, Oroveso sans magnétisme ni envergure; et en terminant par Sona Ghazarian, Clotilda, dont la projection besogneuse et le chant effiloché ont laissé songeur. Dans cette déconfiture musicale, se sauve le Choeur du Grand Théâtre, noble et nuancé. Et le chef John Fiore, dont la direction avisée a conféré à l’Orchestre de la Suisse romande un entrain tonifiant, des articulations agiles et de beaux phrasés.

«Norma», de Vincenzo Bellini, Opéra des Nations, jusqu’au 1er juillet. (TDG)

Créé: 17.06.2017, 13h37

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